Le Mali
Institutions
Coopération
Education
Art & Culture
Tourisme
Presse
Urbanisme
Horoscope
Météo
Formation
Editorial
Liens



 
  Les Echos
Jeamille Bittar devant le procureur anti-corruption : Montrer pattes blanches ou signer sa mort politique

Le passage du président de la Chambre de Commerce et d’industrie du Mali (CCIM) devant le juge anticorruption doit lui permettre de se laver des accusations de malversations à la tête de l’institution qu’il dirige depuis 7 ans. Au cas échéant sa carrière politique prendra un sacré coup pour s’estomper à jamais.

L’information a fait le tour de la capitale le mardi 3 janvier 2012 en fin d’après-midi et relayée par notre confrère l’Indépendant dans sa parution d’hier mercredi. Jeamille Bittar double président de la CCIM et du Conseil économique, social et culturel (CESC) a été entendu par le procureur de la République près le Tribunal de la Commune III en charge du pôle économique chargé de la lutte anticorruption.

Son audition par le procureur Sombé Théra est relative au sulfureux dossier de mauvaises gestions de deniers publics à la CCIM décelée par le Bureau du Vérificateur général dans son rapport 2008. Les mêmes manquements ont été mis sur la place publique par la Cellule d’appui aux structures de contrôle de l’administration (Casca) dans son rapport 2010. Le pôle économique qui est dans son rôle en a été saisi.

Le Végal aussi bien que la Casca épinglent la gestion des exercices 2007, 2008 et 2009 du président de la CCIM pour un manque à gagner de 1,3 milliard de F CFA. Les deux structures de contrôle mettent le doigt sur des manquements à l’orthodoxie financière. Il s’agit de l’inexistence de manuel de procédures administratives, comptables et financières, du non enregistrement des dépenses avant leur paiement, du mauvais archivage des documents, de la non comptabilisation des recettes générées par la vente des imprimés commerciaux et des services foires et parcs des expositions de Bamako.

Autres mauvaises pratiques dans la gestion de l’argent public constatées par les deux rapports portent sur l’octroi de frais de représentation sans base juridique au président de la CCIM, aux 8 présidents des délégations régionales et aux membres du bureau consulaire pour un montant estimé à 143 millions de F CFA. De 2008 à 2009, des indemnités de frais de téléphone s’élevant à 37 849 577 F CFA ont été accordées à certains membres de l’institution sans support légal. L’octroi des crédits de fonctionnement d’une valeur de 487 millions de F CFA aux délégations régionales est également mis en cause.

En plus de tout ce qui est rapporté ci-dessus par les rapports de vérifications, Jeamille Bittar doit s’expliquer sur des frais de mission d’un montant de 89 243 030 F CFA qui n’ont pas été justifiés, sur des dépenses de 121 019 000 F CFA faites sans pièces justificatives, sur des dépenses d’une valeur de 57 626 280 F CFA payées sur la base de facture pro format ainsi que des livraisons d’imprimés jugées fictives pour 4 590 000 F CFA.

La TVA non reversée d’un coût de 66 017 000 F CFA, l’achat d’immeubles à Mopti et à Kidal pour le siège des délégations régionales de ces villes pour 292 044 000 F CFA comptabilisés en charge et non en immobilisation et pour lesquels les revenus fonciers estimés à 732 000 F CFA n’auraient pas été reversés sont d’autres charges relevées contre le premier responsable de la CCIM.

Le procureur anticorruption saisi du rapport de la Casca depuis 2010 a-t-il fait une interpellation de son propre gré ou à la demande du principal concerné ? La question taraude les esprits. En tout état de cause la carrière politique de Jeamille Bittar est liée à cet imbroglio judiciaire. Le double président de la CCIM et du CESC déclarait la semaine dernière dans les colonnes de notre confrère « Le Prétoire », qu’il était pressé de passer devant le procureur Sombé Théra. Une déclaration qui signifiait qu’il a lui aussi des preuves tangibles contre les rapports de vérification du BVG et de la Casca.

Bittar qui s’est lancé dans la politique ces dernières années, a une ambition présidentielle. Il a créé l’Union des Mouvements et associations pour le Mali (Umam) pour soutenir sa candidature à la présidentielle d’avril 2012. Mais il a momentanément mis dans son sac son projet à la faveur de la 1re Convention nationale du parti pour le développement économique et la solidarité (PDES) dont il est le 1er vice-président.

Les différents protagonistes du parti ont signé la paix des braves. Ils ont trouvé le modus vivandi de choisir le candidat du PDES au cours d’une convention qui sera convoquée à la mi-janvier. La machine judiciaire est-elle mise en branle pour que Bittar soit fixé sur son sort avant la grande messe qui s’annonce dans deux semaines ? Tout le questionnement est là.

Abdrahamane Dicko

05 Janvier 2012

 

Dans la même rubrique :


© 1999-2019 - Afribone Mali SA - Tous droits réservés