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  Editorial
Histoire de blé, de pain et de farine au Mali, un dossier complet !

Bien de nos compatriotes ont souri, entendant le témoignage d’un Tchadien sur RFI disant : « A cause de la guerre, tout est devenu cher, même le pain est monté à 200 F CFA ! ».

Nous, sans guerre, nous avons à 300 F CFA la baguette.
La farine est une poudre obtenue en broyant et en moulant des céréales ou des graines. La farine, issue de céréales contenant du gluten, comme le blé, est un des principaux éléments de la nourriture de tous les peuples du monde. Elle est à la base de la fabrication des pains, des pâtes, des crêpes, des pâtisseries et de plusieurs mets préparés.
L’activité de fabrication de la farine s’appelle la minoterie. Le meunier est celui qui l’exerce. Avec les effets de facteurs exogènes comme le coût de l’énergie, la flambée continue des cours du pétrole... le pain est devenue cher au Mali. Du moins, selon les explications officielles et les arguments soutenus par les uns mais combattus par les autres, ce sont là les vraies raisons qui font que le pain, de 150 F CFA le gros pain, en l’espace d’une décennie, se retrouve à 300 F CFA.

Qui croire entre les importateurs de farine, les meuniers, les boulangers, l’Etat (à travers le fisc) ou tous les autres acteurs de la filière ? Qui roule qui dans la farine, ou qui nous met dans le pétrin, comme disait un confrère ?
Nous jetons une lumière sur un secteur, certes fortement médiatisé, mais dont les tenants et les aboutissants sont méconnus et changeants tous les jours.

« Que ceux qui ont faim aient du pain ! Que ceux qui ont du pain aient faim de justice et d’amour !" », disait l’Abbé Pierre. Pour peu que ce soit des gens qui nous privent de pain...,Alexis Kalambry



CULTURE DU BLE AU MALI
Des potentialités immenses à Diré et à l’ON

La région de Tombouctou et la zone Office du Niger (en cours d’expérimentation) sont des zones par excellence de la culture du blé et cela grâce à leurs nombreuses potentialités (fleuve Niger, mares, lacs). Diré et la zone Office offrent des possibilités de cultures en toute saison. L’essentiel de la production nationale vient de Diré et Goundam. Mais cette culture se fait avec des techniques traditionnelles de mise en valeur et l’utilisation des variétés de semences peu productives.

Si la volonté politique est réelle, notre pays sera un grand pays producteur de blé, dit Ousmane Diarra, ingénieur agronome. Introduite au Mali dès le 15e siècle par les Almoravides, conquérants venus du Maroc, la culture du blé a peu à peu gagné le reste du pays. Mais de nos jours encore, le pays produit moins de 10 000 tonnes par an.
Selon une étude, la production pourrait atteindre les 250 000 tonnes dans moins de cinq ans dans la seule zone de l’Office du Niger où la culture est en cours d’expérimentation. Faisant partie des trois grandes cultures au Mali, le blé ne demande pas un aménagement spécial du champ, ni un lourd travail d’entretien. Selon un agronome, le Mali peut même occuper une place de choix dans le gotha des grands pays producteurs de blé de la région Afrique. « A condition, ajoute-t-il, que la volonté politique soit ».
Il existe plusieurs sortes de blé, dont deux ont une importance économique réelle à l’heure actuelle. Il s’agit du blé dur, cultivé dans les zones chaudes et sèches et qui est généralement utilisé pour produire des semoules, couscous et pâtes alimentaires, et le blé tendre ou froment, le plus important, cultivé pour faire la farine utilisée dans la fabrication du pain.
Producteur historique de blé en Afrique subsaharienne pendant plusieurs millénaires, notre pays, aux dires de M. Diarra, ne cultive le blé qu’en faible quantité et avec de très bas rendements. «  Plusieurs facteurs constituent un frein au développement de cette filière dans notre pays dont, entre autres, le non-renouvellement des semences, la quasi-absence de mécanisation agricole, les subventions tant du blé européen qu’américain et l’absence d’infrastructures dans les sites actuels de production, augmentant considérablement les coûts de transports des intrants et d’évacuation de la production ».

Plus 200 000 tonnes possibles
Aujourd’hui, la céréale est essentiellement cultivée dans les cercles de Diré et Goundam (région de Tombouctou). Près de 45 000 ha se prêteraient à la culture irriguée du blé dans cette région où les superficies consacrées à sa culture ne représentent que 2244 ha, soit moins de 5 % des potentialités de la région. Les régions de Kayes et de la zone nord de l’Office du Niger disposent également de ressources hydriques importantes et de conditions agro climatiques favorables à la bléiculture.
La production du blé dans les cercles de Diré et de Goundam est actuellement de plus de 6000 tonnes dont la plus grande partie est transformée en farine artisanale et auto consommée.
Une Commission blé avait été créée par les autorités afin de donner une impulsion décisive à la filière à travers un partenariat direct avec le secteur privé. Avec un rendement attendu de 5 tonnes à l’hectare au minimum, dans un nouveau contexte cultural, le Mali sera alors capable de produire dans la seule zone ciblée des 50 000 ha de l’Office du Niger, 250 000 tonnes de blé par an. Ce qui aurait une conséquence certaine sur ses importations actuelles de blé étranger se situant autour de 80 000 tonnes par an pour approvisionner l’industrie locale de transformation du blé en farine. Amadou Sidibé


SIDY DAGNOKO, DG DE LA CMDB
« La culture de blé est l’alternative à l’importation de blé »


Les Grands moulins du Mali (GMM), le principal producteur de farine au Mali, a lancé l’expérimentation de la culture industrielle du blé au Mali en créant la Compagnie malienne pour le développement du blé (CMDB). Son DG, Sidy Dagnoko, retrace l’état des lieux et les perspectives.


Les Echos : Quel est l’état des lieux de la culture du Blé au Mali ?
Sidy Dagnoko :
Le constat est que la culture du blé au Mali évolue positivement. Nous sommes cette année sur une prévision de récolte de 10 000 tonnes, ce qui représente le double de l’année dernière. Mais il est à signaler qu’on est très loin de nos ambitions à savoir, produire 150 000 tonnes pour le besoin national et 1 000 000 de tonnes pour le marché Uémoa. Pour résumer l’état des lieux, on peut dire que l’espoir est permis mais les investissements et le travail à faire sont colossaux.

Les Echos : La culture de blé peut-elle être une alternative à la hausse du prix de la farine ?
S. D. :
Elle est la seule vraie alternative à l’importation du blé. Après une augmentation de 104 % des cours du blé en 2007, toutes les prévisions montrent que la tendance haussière des cours s’installe dans la durée. Produire donc sur place et en grande quantité sera un facteur déterminant dans la stabilisation du prix de la farine. Mieux, c’est une opportunité économique à saisir pour bâtir une filière économique agro-industrielle forte et intégrée.

Les Echos : Où en est la CMDB avec son projet de culture de blé au Mali ?
S. D. :
Nous comptons beaucoup sur les résultats des études agronomiques, climatiques et stratégiques qui seront, comme nous l’espérerons, lancées dans les prochains jours. Les rapports qui en sortiront nous permettront de bâtir une stratégie de développement viable pour la culture du blé au Mali. On se prépare activement pour la commercialisation de la campagne 2008-2009 pour laquelle nous avons déjà mobilisé plus de 500 millions de F CFA auprès des banques locales. A noter que cette année en plus de Diré, nous avons réalisé des campagnes tests à Selingué, Koutiala, Koulikoro, Mopti-Bayes, Kadiolo, Ségou, Kollé, Djoliba... Ces tests ont réussi et prouvent que le blé peut-être produit partout au Mali. Pour la campagne 2008-2009, nous comptons lancer une campagne massive et nationale de production de blé. Nous sommes aussi sur le terrain pour la mobilisation des ressources financières. Nos pré-études montrent un investissement de 4,8 milliards de F CFA pour la seule première phase du projet. Nous allons donc travailler avec tous les acteurs désireux de s’investir dans la culture du blé au Mali, continuer à solliciter l’accompagnement de l’Etat, mobiliser les partenaires au développement du Mali, rechercher les financements adaptés à l’activité aussi bien auprès des banques locales qu’auprès des institutions financières internationales. La presse sera évidemment tenue informée des résultats de la campagne 07/08 à sa clôture prévue pour fin mars.


Les Echos : Quelles sont les perspectives ?
S. D. :
Les perspectives portent surtout sur la réalisation d’une étude technique qui tracera le cadre de référence national pour la réalisation du programme blé Mali. L’AFD, en concertation avec l’Etat malien, entend jouer un rôle prépondérant dans ce travail. Nous préparons pour la fin de ce mois l’opération d’achat du blé produit pendant la campagne 2007-2008 avec 10 000 tonnes de blé sur le marché. Juste après, c’est-à-dire vers fin-mars, nous allons entamer les préparatifs de la campagne 2008-2009.
Propos recueillis par Abdrahamane Dicko


FLAMBEE DU PRIX DE LA FARINE
Des consommateurs et usagers se prononcent

Les consommateurs ne sont pas les seuls à encaisser les conséquences de la flambée des prix de la farine, des boulangeries et autres usagers en subissent les effets, c’est ce qui ressort de notre micro-trottoir. Réactions.

Boubacar Traoré (propriétaire de la boulangerie Binta) :
« J’ai commencé la boulangerie en 1992. A ce moment-là, le sac de 50 kg de farine se vendait à 11 000 F CFA. Le prix est périodiquement monté jusqu’à 16 000 F CFA en 2005. De 16 000 F CFA, le prix a atteint 17 000 F CFA en 2006-2007. Et présentement, un sac de 50 kg de farine est vendu à 22 000 F CFA. Avec ces montés graduelles, le prix du pain ne cesse d’augmenter. Pour qu’une boulangerie s’en sorte et tire le minimum de bénéfice de son travail, il faut qu’elle fabrique un certain nombre de baguettes de pain. En 1992, les boulangeries n’étaient pas nombreuses à Bamako alors qu’elles sont présentement nombreuses. En produisant beaucoup de pain alors qu’on n’a pas assez de clients, on risque de mettre beaucoup de pains non vendus dans la poubelle. C’est pour cette raison que beaucoup de boulangeries sont menacées d’écroulement ».

Karamoko Camara (détaillant) :
« On cède le kilo de la farine à 450 F CFA puisqu’on achète le sac de 50 kg à 22 500 F CFA. Il n’y a même pas trois mois, on achetait le sac à 15 250 et cédait le kilo à 350 F CFA. La flambée des prix nous donne la chair de poule. Selon les commerçants exportateurs, le dédouanement est plus cher, ce qui est à la base de tout. Le commerce de farine est devenu encore plus difficile. Beaucoup de femmes ont laissé tomber la farine de blé au profit de la farine de haricot. Je crois que la flambée de la farine au Mali est la suite logique de celle observée sur le marché international. Mais toujours est-il que l’Etat doit s’assumer ».

Abdoulaye Diarra (chef de famille) :
« On ne peut plus acheter du pain pour tous les membres d’une famille. Le prix a beaucoup monté. En plus, le pain a perdu son poids. C’est dans le but de soulager la population qu’on a initié le pain mixte. Cette initiative ne peut pas réussir. L’histoire du pain mixte n’a pas commencé aujourd’hui. « Mali bourou » qui était un projet de pain mixte a été échec. Aucun autre pain ne peut plus plaire à la population que le pain de blé ».

Sadio Sissoko (vendeuse de pâté) :
« Je ne gagne plus rien au négoce de la farine. Je continue à vendre le pâté parce que les clients en sont habitués. Pour ne pas crouler, je suis obligée de vendre d’autres aliments à côté ».
Propos recueilli par Sidiki Doumbia (stagiaire)



TAXE SUR LA FARINE
Une pression fiscale élevée

Tant que la pression fiscale à l’importation sur la farine n’est pas réduite, le renchérissement de la matière ne fera qu’accentuer.

Depuis un certain temps, le prix de la farine continue à prendre l’ascenseur. Ce qui a eu comme corollaire l’augmentation du prix du pain. A l’origine de cette augmentation du coût de la farine, un fiscaliste, sous le sceau de l’anonymat, évoque des facteurs endogènes et exogènes.

S’agissant des facteurs exogènes, c’est-à-dire des facteurs qui ne dépendent pas du Mali, notre interlocuteur l’attribue au coût élevé du blé sur le marché international. Etant donné que nous ne faisons qu’importer du blé, il va sans dire qu’une fois que le prix de cette denrée augmente cela va se ressentir.

En ce qui concerne les facteurs endogènes, ils tiennent au fait qu’aujourd’hui il n’y a que deux unités de traitement à savoir : les sociétés Grands moulins du Mali et le Grand distributeur de céréales. Aux dires de notre fiscaliste, le gouvernement est à ce jour partagé entre l’idée de protection de l’industrie locale et la libéralisation du secteur.
« L’Etat, en protégeant ces groupes, a des retombées, à savoir la sécurisation des recettes fiscales intérieures à travers l’impôt sur les traitements et salaires, les taxes sur salaires et l’impôt sur les bénéfices industriels et commerciaux ».
Toutefois, reconnaît notre interlocuteur, au-delà de la contribution fiscale des deux unités industrielles, il y a un facteur social relatif au nombre de salariés contribuant à résorber le chômage. Devant ce monopole de fait, il explique la non-libéralisation du secteur par la pression fiscale très élevée sur la farine au niveau du cordon douanier.

« Dans le temps, il y avait le taureau rouge. Pourquoi a-t-il disparu du marché ? Parce que tout simplement, la pression fiscale est élevée. Donc, la farine ne peut pas être concurrentielle sur le marché. L’Etat intervient dans le circuit économique. Pour cela, il lui suffit de taxer fort ou de détaxer selon qu’on veut favoriser ou défavoriser un groupe », explique le fiscaliste.
Entre la réduction de la pression fiscale à l’importation et l’idée de protection de l’industrie locale, des Grands moulins du Mali et le Grand distributeur de céréales, il est évident, que ni les GMM ni le GDCM ne peut à lui seul satisfaire les besoins nationaux.
Pour combler le gap, l’une des portes de sortie demeure la promotion de la culture du blé. Mohamed Daou



FILIERE PAIN AU MALI
Des milliers d’âmes sacrifiées

En concédant d’abord aux boulangers la réduction du poids du pain pour compenser la flambée du prix du blé, puis en optant, contre vents et marées, pour le pain made in Mali, les autorités ont réellement opté pour la solution la plus facile. Un choix fait au détriment de vrais et pauvres consommateurs, dont la préoccupation n’a pas été prise en compte dans ce « marché de dupes ». Entre le scepticisme des boulangers et le calvaire des populations s’est érigé un grand vide difficile à combler avec le maigre pouvoir d’achat des Maliens.

« Avec la rébellion, tout est devenu cher ici au Tchad et même le pain se vend maintenant à 200 F CFA », pouvait-on entendre s’exprimer des Tchadiens sur RFI au moment de la récente mutinerie dans leur pays. Ironie du sort, le pain que les populations locales aiment consommer se vend à 200 F CFA seulement alors que les Maliens remuent ciel et terre pour manger du « pain pour riches », désormais cédé à 300 F CFA.
En effet, le maigre pouvoir d’achat de nos populations, qui diminue de jour en jour, fait les frais de cette option acceptée par le gouvernement, qui a indirectement voulu faire « une distinction sociale avec deux pains de différentes qualités à des prix distincts ». L’écart est tellement criard entre les deux pains que celui made in Mali est « boycotté par les boulangers et boudé par les consommateurs ».
Selon des chiffres, le pain sert d’aliment de base à environ 98 % de Maliens. Ces millions de citoyens ont appris à leurs dépens cette hausse, car « le pain made in Mali ne peut jamais passer par la gorge », jugent plus d’un. « Le gouvernement sait bel et bien que s’il avait directement annoncé la hausse du pain sans passer par cette manœuvre sordide visant à divertir les Maliens, de vives protestations auraient eu lieu. C’est donc pour nous faire croire que l’Etat a fait de son mieux. De quel mieux s’agit-il si nous sommes à bout de souffle ? », s’est interrogé un consommateur stupéfait.

Solution palliative
Ce que les consommateurs ne comprennent pas, c’est que la «  solution palliative » proposée par le gouvernement ne s’était pas avérée judicieuse par le passé, les Maliens étant habitués à consommer le pain fait exclusivement de farine de blé et peu enclins à consommer un autre pain. Une idée qui soulève la question de la prise en compte réelle des préoccupations des pauvres consommateurs.
Les boulangers ne veulent prendre aucun risque pour fabriquer ce pain, car le boycott est patent. Non seulement, nous ont-ils informé, le moule de pain ne prend pas les ingrédients composés de blé et de céréales locales, mais surtout le danger de pertes énormes est aussi présents avec des consommateurs indifférents. « Nous n’avons pas voulu tenter cette nouvelle aventure parce que nous savons que ça ne marchera pas. Nous avons d’autres collègues qui l’ont fait, mais s’en sont sortis les mains vides. D’ailleurs depuis l’annonce de ce pain-là, aucun client n’est venu le demander ici », a témoigné un boulanger.
Un autre boulanger a révélé qu’un client a versé son venin sur lui à cause de la « mauvaise qualité » de Burunafama quand bien même, qu’il n’en est pour rien. « Vraiment, si c’est ce pain-là que vous nous proposez à 250 F CFA, mieux vaut fermer votre boulangerie, car elle n’a pas de raison d’être. Vous prenez inutilement notre argent en échange de rien du tout ». Ne parlons même pas des témoignages de boutiquiers et des vendeuses de brochettes à propos de la hausse du prix du pain usuel.

Comme « le malheur des uns fait le bonheur des autres », ce sont les vendeurs de galettes qui font de bonnes affaires ces derniers temps. Ainsi, l’on peut voir des attroupements autrefois rares devant leur commerce. «  A défaut du pain, il faut bien consommer de la galette » !
Ogopémo Ouologuem (stagiaire)



BOULANGERIE
Des problèmes liés à la qualité de la farine

Loin d’être un aliment de luxe réservé aux seuls nantis, le pain devient de plus en plus un aliment de base des Maliens car accessible à tout moment et à toutes les bourses. Il est aussi consommé de plusieurs manières (dans du lait, avec de la viande ou avec des frittes et de la sardine, etc).

Mais depuis quelque temps, à cause de la conjoncture économique qui a engendré la montée fulgurante du prix de la farine de blé, la spéculation est entrée avec fracas dans la filière pain. Le prix du pain augmente, la qualité se déprécie et le volume de la baguette et du gros pain fait une cure d’amaigrissement.
Malgré les dispositions ou les stratégies adoptées par le gouvernement en collaboration avec les professionnels du pain, force est de constater avec amertume que la qualité du pain laisse à désirer.
Selon Mamadou Sidibé, adjoint au gérant de la « Boulangerie Kadiatou » l’un des problèmes majeurs auxquels les boulangeries sont confrontées est l’approvisionnement en farine. « Sans farine pas de pain », dit-il. A l’en croire, sa boulangerie s’approvisionne aux Grands moulins du Mali (GMM) qui leur cédait le sac de 50 kg à 17 500 F CFA, mais poursuit-il, actuellement le même sac de 50 kg coûte 22 500 F CFA.

« Souvent au lieu de 50 kg, c’est 48 ou 47 kg qu’on trouve dans le sac  », déplore notre interlocuteur pour qui, la qualité du pain dépend de la qualité de la farine. « Il n’est pas rare d’entendre que la qualité du pain a baissé. Pour moi, c’est plutôt la qualité de la farine qui est en cause. Nous n’avons pas toujours la bonne qualité, sinon une bonne boulangerie ne veut faire que du bon pain pour les clients », précise-t-il.
S’y ajoutent d’autres problèmes non moins importants comme la livraison du pain. «  Nos livreurs sont confrontés à un problème de recouvrement cela se répercute sur nos recettes ». Idrissa Sako

Les métiers de la boulangerie et de la pâtisserie offrent, par la voie de la qualification, des évolutions de carrière importantes. Pour accompagner les boulangeries dans la voie de la qualité, la direction des GMM a initié une série de sessions de formation portant sur le management d’une PME et les ingrédients qui entrent de façon générale dans le processus de fabrication du pain. Les gérants des boulangeries ont été aussi formés sur les bonnes pratiques d’hygiène et le pétrissage. Une formation sur « enfournement et volume du pain » et « l’hygiène dans le processus de fabrication du pain », a été initiée.
A. S.


CHERTÉ ET QUALITÉ DU PAIN
Ce qu’en pensent des consommateurs


Ces dernières années, le pain a changé nos habitudes alimentaires. Il s’est imposé jusqu’à devenir notre aliment de base. Regards croisés de consommateurs sur ce produit tant prisé mais onéreux pour le commun des Maliens.

« Nous, associations de consommateurs, travaillons pour la bonne santé de nos populations. L’hygiène, la bonne tenue des vendeurs de la place sont des aspects auxquels nous tenons beaucoup. Nous faisons les contrôles avec l’autorisation des services sanitaires et de la mairie où nous nous trouvons. Notre travail n’est pas de critiquer, mais plutôt de dénoncer les mauvais actes des producteurs et des vendeurs de la capitale. Nous veillons sur la bonne santé des consommateurs de l’ensemble du pays. C’est la raison d’être de l’Association des consommateurs du Mali (Ascoma) qui a été créée par les populations et pour elles », déclame Ahmed Mohamed Diarra de l’Ascoma.

Selon M. Diarra, l’Ascoma n’a rien à reprocher au processus de fabrication de pain en tant que tel. « Nous avons fait des enquêtes et certaines boulangeries nous ont dit que c’est le prix de la farine qui a augmenté et c’est la raison pour laquelle ils se sont regroupés pour se mettre d’accord sur le prix de 300 F CFA la miche. Pour nous, le prix n’a pas d’importance si ça ne va pas à l’encontre de la santé de nos consommateurs, nous constatons cependant que la population n’apprécie pas beaucoup le goût du pain mélangé », souligne-t-il.

Quant aux boulangers, c’est pour faire face à l’augmentation du prix du blé qu’ils ont adopté comme mesure palliative le mélange du blé avec des céréales locales. M. Diarra estime que le pain mélangé aux céréales locales n’a aucun inconvénient sur la santé. « Nous avons fait appel à une nutritionniste, elle nous a dit que ce pain ne cause pas de mal car il ne constipe pas, alors que c’est la constipation qui cause toutes les maladies gastriques et même parfois des hémorroïdes internes ».
Des citoyens lambda ne partagent pas l’avis de l’Ascoma. Mme Diallo Awa Sissoko, secrétaire dans une société de la place, a un tout autre jugement sur la qualité du pain. « Je mange le pain comme tout le monde, mais maintenant, la qualité est très différente des années où il n’y avait pas beaucoup de boulangeries. Je mangeais le pain presque quatre fois par jour mais maintenant je ne le prends qu’une fois par jour pour éviter les brûlures d’estomac. J’en appelle aux autorités de faire attention et de prendre en compte la santé de la population, je sais que ça ne changera rien car je ne suis qu’une simple citoyenne ».

Une autre consommatrice, Assétou Touré, enseignante dans une école publique, s’en prend vertement aux autorités qu’elle accuse de démission. « Le pain est bien sûr notre alimentation de base. Le Mali est un Etat de droit. C’est le pays aussi de l’anarchie. Tout le monde fait ce qui lui plait, et qui lui est rentable au détriment de l’intérêt général ».

Certains citoyens avouent n’avoir jamais goûté le pain mixte de farine de blé et de céréales locales. Kadidiatou Coulibaly, étudiante, est de ceux-ci. Mais, reconnaît-elle, « le pain mixte peut bien marcher s’il est fabriqué avec précaution. Sinon, il peut aussi exposer la vie des pauvres consommateurs ».

Sété Traoré (stagiaire)

Les Echos du 15 février 2008

 

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