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  Editorial
Grands-mères des campagnes : Gardiennes de la Tradition, actives dans la production

Elles s’assurent de remettre le bâton relais du savoir entre les mains fermes des jeunes
Elles sont attachées à la fois à leur rôle de transmission du savoir traditionnel à la nouvelle génération et aux activités champêtres

La vieillesse est pénible à supporter lorsqu’on reste à ne rien faire. A Kangaba, les vieilles femmes sont très actives. Il est environ 20 heures dans la capitale du Mandé
historique. Sous le grand hangar de la famille Doumbia, une dizaine de grand-mères discutent à bâtons rompus.
Assises sur des nattes, elles sont entourées de groupes de petits enfants accroupis. Les bambins sont venus pour satisfaire leur curiosité.

Cette causerie à la mode ancienne ouvre une fenêtre sur les valeurs ancestrales de la communauté. Les vieilles paysannes expliquent le rôle des grand-parents dans la vie du village où les personnes âgées sont considérées comme des icônes, des miroirs de la société. Pour transmettre leurs connaissances aux mômes, les vieilles rivalisent de talent rhétorique en utilisant de belles tournures imagées. Elles font preuve d’une vivacité d’esprit étonnante. Elles jouent ainsi un rôle d’éducation des plus jeunes, explique Ba-Korotoumou Kouyaté. L’une des grands-mères raconte qu’autrefois toutes les jeunes filles du village passaient la nuit chez une seule vieille femme chargée de leur apprendre les bonnes manières, le savoir-vivre au foyer conjugal et dans le club des adultes.

La vieille qui reçoit les jeunes filles chez elle, reçoit souvent au cours de la nuit, le concours d’autres vieilles personnes. Elles viennent enrichir le programme des veillées. Les narratrices hors pair font défiler des séries de merveilleux contes. Elles revisitent leur propre expérience conjugale pour apprendre la vie de l’épouse parfaite à leurs filles. Apprendre à connaître le milieu et les hommes. Apprendre à communiquer. Apprendre à vivre ensemble. Et surtout apprendre à se comporter dans la société. La vie au village est une sorte de transmission de témoins comme dans une course de relais.

Les vieilles s’assurent de remettre le bâton relais du savoir, de la solidarité, de l’aptitude au travail bien fait, de l’esprit de sacrifice entre les mains fermes des jeunes. Le poète a raison qui a dit que la valeur n’attend point le nombre des années. Les vieilles éducatrices à l’oeil vif ne tolèrent aucune négligence dans l’hygiène corporelle. Le lien affectif tissé entre les générations des personnes âgées et leur progéniture est entretenu. Il devient indissoluble à la longue, même au-delà de la mort physique.

Les vieilles du village laissent toutes après elles leur être spirituel immortel, incarné à travers la transmission du nom des Wassa, Kamissa, Conimba, Nagnouma lors des premiers baptêmes de filles nées après leur départ dans les cieux. Dans les campagnes chaque vieille mère continue d’une manière ou d’une autre à apporter sa pierre à l’édifice communautaire. Personne ne faillit à ce devoir de génération.
Elles encouragent les cultivateurs et modèrent les élans immodérés des amoureux. Les vieilles mamans du village sans sanctionner avec des verges ou des paroles acerbes, font respecter les bonnes manières avec intelligence. Elles utilisent à cet effet des allusions, des chansonnettes négligemment distillées dans leur sillage lors de visites à dessein dans les familles et les assemblées de femmes.

Travaux champêtres

Pendant la journée, les grands-mères meublent leur temps en entreprenant des travaux champêtres pas très pénibles.
Dans les neuf communes de Kangaba (environ 65.000 habitants), les femmes de tous âges s’adonnent à l’agriculture, l’élevage, l’orpaillage, souligne le préfet Seydou Traoré qui reconnaît le rôle important des grands-mères dans le développement du village. Chaque femme adulte cultive un lopin de terre, consacré au maraîchage ou au riz.
Autre rôle vital des grands-mères dans les villages : le ramassage du bois mort. Elles portent les fagots sur leurs têtes ou à dos d’ânes. Quand elles se mettent en route pour rentrer, c’est une aubaine pour les jeunes de les écouter remonter le cours des temps en évoquant mille et une situations heureuses ou malheureuses vécues dans leur vie. “Ici au Mandé rien ne peut empêcher une vieille d’aller “courtiser” les champs, sauf la maladie”, explique Ba Djénéba Keita, présidente de l’association des femmes de Kaaba ou Kangaba. Cette solide septuagénaire pile encore du riz en compagnie de ces petites filles. Elle reste toujours utile à la maison. Assise sous un hangar, un bâton dans la main, elle produit du “datou”, célèbre assaisonnement alimentaire des villages du sud du pays. Ba Djénéba Kéïta empêche les mouches et les lézards de prélever leur part sur le délicieux condiment.

L’éternelle cultivatrice Mah Doumbia, 82 ans, vient de récolter une dizaine de sacs de riz. “La terre ne ment jamais”, enseigne la vieille, le sourire sur les lèvres. Ce n’est pas pour rien que nous sommes attachées à la terre. Jusqu’à la fin de notre vie, nous voulons inciter nos futures belles filles à suivre nos traces. L’importance accordée à la terre doit faire partie de nos valeurs.” Cette grand-mère est convaincue que le Mali se bâtira sur le socle agro-pastoral. “Nous n’avons pas de pétrole, ni de diamant. La seule richesse de ce pays est constituée de ses hommes et femmes qui grattent la terre”, confie fièrement Mah Doumbia qui lance un appel à tous ces petits-fils de la nation, sans emploi, de retourner à la terre. Elle donne le même conseil à tous ceux qui ont réussi dans leurs longues études. “Je le sais par expérience”, soutient la vieille Mah Doumbia la solide paysanne de plus de quatre-vingts ans.

Tout comme à Kangaba, les vieilles femmes sont très actives à Kayo et Manabougou, deux villages situés à une vingtaine de km de Koulikoro. Ici aussi nos grands-mères pratiquent les champs champêtres. Mais en ce moment, beaucoup d’entre elles vendent du poisson. “Nos villages sont situés au bord du fleuve Niger, explique la vieille bozo Salimata Sinanta, 72 ans. “Malgré notre âge avancé, nous avons plus de “valeur sociale” que vous parce que vous les jeunes d’aujourd’hui n’aimez pas travailler”, se vante la dynamique vieille bozo. “Je souhaite vous voir redescendre sur terre et prendre le chemin des champs”, me taquine-t-elle en expliquant que son âge avancé ne l’empêche pas de travailler physiquement parce qu’elle a la volonté de ne pas rester à ne rien faire. “La flemmardise n’était pas le genre de nos ancêtres”, insiste Ba Salimata.

Autre localité, autre réalité. Le témoignage de la vieille Fatoumata native de Niono révèle que les vieilles de la capitale du riz, après les récoltes, meublent leur temps en pratiquant la cueillette de l’encens communément appelé “guéni”. Cette une plante aquatique odorante sert à parfumer les cases et les habits.

A Plaboma dans le cercle de Bankass, vers la frontière burkinabé, les vieilles cultivent du sésame, signale Nastou, une ressortissante de cette localité.
On n’est jamais trop âgé pour être utile dans son milieu de vie.

Hadeye Traoré- L’Essor

16 novembre 2007.

 

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