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Fruits au carbure : Le revers du mûrissement forcé

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La mauvaise qualité des fruits est due à la cueillette prématurée

La mauvaise qualité des fruits est due à la cueillette prématurée. Il n’est pas sans danger pour les consommateurs et les services de contrôle sont désarmés face au problème.

Actuellement, le carbure de calcium, communément appelé “carbure” est très utilisé par les vendeuses de fruits
pour accélérer le processus de mûrissement de leurs marchandises. Ce produit chimique est librement vendu sur le marché.

Devant le phénomène, nombre de gens pensent que les fruits sont dénaturés et fades à cause du carbure. Certains pensent même qu’il a un impact négatif sur la santé. Cette vente est-elle autorisée ? Quel est son impact réel sur la santé ? Les fruits que nous consommons subissent-ils un contrôle ?

Oumar Diarra de l’Agence nationale de la sécurité des aliments (ANSA) explique que certaines substances chimiques sont utilisées pour le mûrissement des fruits comme l’éthylène ou le carbure de calcium. Mais c’est surtout l’éthylène, un catalyseur naturel, qui est autorisé par le Codex alimentarius, l’organisation internationale de l’élaboration des normes alimentaires. A Bamako, le carbure est le principal produit utilisé par les femmes pour le mûrissement de la papaye, de la goyave, de l’avocat, de la banane plantain et surtout de la mangue.

Apparemment, la vente de carbure n’est pas prohibée. Selon les données de la direction nationale du commerce et de la concurrence, les intentions d’importation de carbure sont estimées à 169 196 562 Fcfa en 2006 contre 138 209 351 Fcfa en 2005 et 249 030 632 Fcfa en 2004. Le carbure est importé d’Afrique du Sud, du Nigeria, de la Chine, etc.

Au marché de Médine, le kg coûte 700 Fcfa ; le demi kg 350 et le sachet, 100 Fcfa. Le prix du fût de 50 kg équivaut à 34 000 Fcfa. Au Dabanani, le fût de 55 Kg se vend à 33 000 Fcfa, celui de 50 kg à 30.000 Fcfa et le fût de 23 kg à 14 000 Fcfa.

Outre les fruits, le carbure entre dans la fabrication de poudre pour les fusils traditionnels. Il est également une source d’énergie très importante pour les mécaniciens, tôliers et menuisiers métalliques. Ses résidus, après utilisation, sont la plupart du temps récupérés par des gens qui l’associent à la chaux pour badigeonner les maisons.

Pour le mûrissement accéléré des fruits, les vendeuses emballent des morceaux de carbure dans des chiffons mouillés et les déposent au fond des récipients en les couvrant. Le carbure dégage alors de la chaleur qui garantit la maturité forcée.

Nos différents interlocuteurs ont fait savoir qu’au Mali, les études sur le carbure de calcium sont rares. Mais dans d’autres pays comme le Niger, le Canada ou en Europe, elles ont prouvé que le carbure qui produit un gaz (l’acétylène) n’est pas toxique. Sauf s’il est mal manipulé ou inhalé.

Pas d’arsenal juridique. Selon O. Diarra, ces produits ont fait l’objet d’évaluation de risque. En fait, ils restent en surface des fruits avant de s’évaporer. Ce qui peut constituer un risque pour l’environnement. A la suite d’une enquête qu’il a personnellement réalisée, il a conclu que le carbure n’est plus utilisé maintenant pour la banane au principal dépôt (au bord du fleuve) où on les soumet au mûrissement. Donc pas d’inquiétude à ce niveau.

Il explique que la banane que nous consommons provient en grande partie de la Côte d’Ivoire toute l’année. A l’arrivée, elle est accompagnée d’etephon ou de éthylène qu’on y pulvérise pour le mûrissement. En Occident, les fruits sont soumis à ce procédé parce qu’il fait froid. Les spécialistes estiment que quand la mangue atteint le mûrissement, elle n’a pas besoin de produit car au bout de trois jours, elle rougit à la chaleur naturelle.

Pour Seydou Sanogo, chef de la division législation et contrôle phytosanitaire à la direction régionale de l’agriculture, c’est la maturation physiologique des fruits qui est mise en cause. Les gens vendent cher les premiers fruits cueillis avant terme pour des considérations purement économiques en y mettant du carbure. La mauvaise qualité des fruits est due au fait que les fruits sont cueillis avant maturité physiologique.

Pour ce qui est du contrôle de la qualité des fruits que nous consommons, un service de contrôle existe mais c’est l’application qui pose problème pour plusieurs facteurs. Les responsables de la direction générale de l’agriculture indiquent que le district compte au total 11 postes de contrôle. Les agents sont au niveau des communes, des principaux points de sorties du district, de l’aéroport et de la gare. Au total, ils sont 45 contrôleurs pour un besoin de 81 agents.

Au niveau de chaque poste d’entrée, il faut 7 agents alors qu’on compte un maximum de 4 à 5 agents par commune et même deux par endroits. Ils attirent l’attention sur le fait que dans les autres pays, le contrôle phytosanitaire est craint alors qu’au Mali, il n’y a pas d’arsenal juridique. Le contrôle selon eux est une activité spécifique pour laquelle les agents ne sont pas protégés. Cela est valable pour tous les autres produits.

Commentant les difficultés liées au contrôle, Seydou Sanogo soulignera : “Les agents contrôlent, mais quel contrôle font -ils ?
Le contrôle est visuel. On travaille avec les mains vides. Pas de prélèvement sur les produits périssables. Les propriétaires de fruits sont eux-mêmes conscients de notre manque d’équipement. L’analyse de prélèvement sur d’autres produits qui ne sont pas périssables prend énormément de temps. Souvent, même si on a envie de sortir, on ne peut pas à cause du manque de moyens de déplacement. Or la présence des agents aux postes frontaliers est dissuasive. En conclusion, l’État a créé le contrôle sans moyens d’accompagnement. Les textes qui sont d’ailleurs à relire, ne font pas allusion au carbure
”.

Les contrôleurs veillent à l’utilisation des pesticides, patrouillent et saisissent en fonction de leurs moyens. Si le contrôle était équipé conformément aux textes, les fruits doivent être suivis jusque dans les champs. C’est à cause du contrôle visuel que le marché est inondé de produits de mauvaise qualité.
A cela il faut ajouter que les producteurs, particulièrement du Mandé, sont hostiles à toute idée de contrôle. Lorsque vous saisissez les produits vous vous retrouvez face à des interventions interminables qui rendent le travail inefficace.

Par manque de personnel, on ne peut pas aller vers les femmes. Mieux, il faut être accompagné par les forces de l’ordre. Sinon on peut vous agresser. Rien ne vaut un contrôle de rigueur, bien structuré et organisé pour le bien de la population. Le Niger, le Burkina et le Sénégal ont pris le problème à bras le corps.

Les responsables maliens du contrôle, quant à eux, souhaitent vivement la mise à disposition, par l’État, de moyens de déplacement adéquats, d’équipements techniques assortis de textes réglementaires adaptés ainsi que la construction d’infrastructures au niveau des postes frontières.

Il est bon d’accorder des indemnités aux agents qui passent la nuit aux postes frontières. Récemment, l’État a entamé des formations pour les agents sur le terrain. Les compétences existent, reste le matériel et il faut laisser les mains libres aux techniciens.

F. MAïGA

L’Essor du 27 février 2008.

 

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