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Franc CFA : Le débat relancé avec la déclaration dite de BAMAKO des “Etats généraux du franc CFA”

L’Afrique décide enfin de sortir de la zone FCFA par l’organisation d’une tribune à caractère contestataire sur la question. La ligne de départ de ce sprint contre la monnaie dite colonialiste est tracée à Bamako, lors des « États généraux du F CFA ». Une initiative de l’économiste togolais Kako Nubukpo, connu pour son franc parlé contre le franc CFA. L’objectif : trouver une monnaie qui pourrait « remplacer l’ancienne devise coloniale et servir l’intérêt général ». L’économiste togolais préconisent une année « de débats contradictoires féconds » dans chacun des 14 pays concernés pour « établir un bilan sérieux de cette monnaie ». Comme l’avait voulu le président Sylvanus Olympio, un autre togolais qui a pris cette initiative.

C’était en présence de l’altermondialiste et ex-ministre de la culture, Aminata Dramane Traoré, le philosophe Issa N’diaye, l’économiste camerounais Martial Ze Belinga, l’ancien ministre togolais des Finances Kako Nubukpo et l’ancien président de l’Assemblée nationale ivoirienne Mamadou Koulibaly. Selon ce dernier : ” La fin du franc, ce n’est qu’une question de jour ou de mois”. Il rappelle “qu’Il n’y a que l’Afrique noire qui est restée dans la zone CFA” ; en ajoutant que « la parité, la garantie de comptabilité, le mouvement de l’économie vers l’Europe profitent essentiellement aux entreprises françaises ». Avec cette poignée d’opposant farouche à la monnaie “françafricaine”, le débat-sensible soit-il- est relancé.

Un comité provisoire de coordination des états généraux du franc CFA et des alternatives a été créé. Les membres de ce dernier ont proposé une déclaration dite de Bamako, lue par Kako Nubukpo. Le texte dit entre autres que : « Cette monnaie n’a pas permis la transformation structurelle des économies qui l’utilisent et les échanges intra-communautaires dans les zones CFA demeurent de l’ordre de 15 % contre plus de 60 % dans la zone euro...la double répression monétaire et financière du fait de la prééminence de l’objectif de défense du taux de change fixe avec l’euro, au détriment du financement de l’économie intérieur en zone franc CFA ». En ce qui concerne les réserves de change déposées au Trésor public français, « censées en théorie assurer la stabilité du système, empêchent les États de réinvestir dans leur propre économies dont nombre sont défaillants. Ainsi les pays qui utilisent le Franc CFA sont aujourd’hui en queue de peloton des indicateurs de développement humain (IDH) même si certains pays affichent des taux de croissance au-delà des 5 % ».D’après les cosignataires de l’économiste togolais : “La monnaie, ce n’est pas que l’argent, elle a des dimensions politiques, économiques et culturelles”.

Le choix de l’enceinte du mémorial Modibo Keïta, le premier président du Mali indépendant, qui avait retiré son pays de la zone CFA avant que Moussa Traoré ne l’y ramène, en 1968 ; ne semble pas être un choix hasardeux. Beaucoup d’autres dirigeants ont poussé leurs pays à s’affranchir de la monnaie controversée comme l’Algérie, la Tunisie ou encore Madagascar.

Le sursaut africain contre le FCFA

Il est difficile de ne pas se souvenir de cette harangue professée par le président français Emmanuel Macron, en marge du Sommet du G5 à Bamako : "Si on ne se sent pas heureux dans la zone Franc, on la quitte pour aller battre sa monnaie, comme l’ont fait la Mauritanie et Madagascar. Il faut arrêter les déclarations démagogiques qui font du F.CFA le bouc émissaire des échecs des politiques économiques". Le débat est donc relancé depuis sur les réseaux et média sociaux. Le coup de maître est réalisé par Kemi Seba, le président du désormais parti politique “ Urgence panafricaniste”. Celui-ci avait été incarcéré à la prison centrale de Rebeuss à Dakar après ’avoir brûlé un billet de 5 000 F CFA lors d’un rassemblement, le 19 août à Dakar. Pour protester contre son incarcération, les fans et négationnistes du franc CFA ont imité le geste du “penseur panafricaniste” en brûlant eux aussi des billets de FCFA. Très récemment le dimanche 20 janvier 2019, une réflexion sur les causes de l’immigration clandestine africaine vers l’Europe du vice-président du Conseil italien des ministres, Luigi Di Maioa, qui dénonçait la politique africaine de la France à qui il impute la responsabilité des migrations irrégulières auxquelles sont forcés les Africains. En ces mots, il déclarait que « À partir d’aujourd’hui, ceux qui veulent débarquer en Italie, on va les emmener à Marseille. Je vais demander des sanctions contre les pays qui colonisent l’Afrique. La France imprime le Franc dans les colonies pour financer une partie de sa dette. Pour laisser les Africains en Afrique, il suffirait que les Français restent chez eux ».

Ce forum de Bamako est donc la continuité d’un combat, bien parti pour durer, avec le concours des économistes africains anti-FCFA, des écrivains et des leaders de la société civile du Mali, du Sénégal, de la Côte d’Ivoire, du Togo, du Burkina Faso, du Cameroun, etc.

Aïssata Keïta

Bamako, le 20 Février 2019

©AFRIBONE

 

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