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El Hadj Ag Gamou : « La guerre au Mali ne fait que commencer, croyez-moi »

Gao (Mali), envoyé spécial. Officier de l’armée malienne appartenant à la communauté touareg, le colonel Gamou joue un rôle important dans la contre-offensive menée contre les islamistes. Il plaide pour un indispensable travail de réconciliation. El Hadj Ag Gamou se confie pour la première fois, en exclusivité, à l’Humanité.

Habillé d’un treillis kaki, coiffé du turban caractéristique des Touareg, le colonel El Hadj Ag Gamou est très certainement une figure à part. Officier de l’armée malienne, il a été commandant de la garnison de Kidal puis de celle de Gao, de 1997 à 2012. Encerclé à Kidal, il a dû négocier avec le MNLA pour pouvoir sortir de la ville avec ses hommes. « Il y a eu beaucoup de pression sur moi, dit-il. Et avec le coup d’État, je n’ai plus eu de soutien. » Il trouvera refuge au Niger. Aujourd’hui basé à Gao, à la tête du GTA8 qui regroupe 700 hommes particulièrement aguerris, venus d’unités d’artillerie, de blindés et de l’infanterie, il joue un rôle important dans la contre-offensive menée contre les islamistes. Il n’est pas en soutien. Il fait partie du dispositif.

Sa présence et celle de ses hommes sont d’autant plus importantes qu’ils connaissent les secrets de la guerre, se revendiquent comme une force malienne et montrent que les Touareg sont loin d’adhérer aux revendications du Mouvement 
national de libération de l’Azawad (MNLA). Homme discret mais charismatique, le colonel Gamou a, en quelque sorte, une revanche à prendre sur ces rebelles qui l’ont obligé à quitter Kidal et Tessalit. Une revanche politique, pour le Mali. Il sait ce que sont les armes à la politique. Il sait faire parler les deux. Ils parlent des deux. Nous l’avons rencontré au bord du fleuve Niger, au lendemain de durs affrontements qui ont touché Gao. À l’endroit même où son unité s’est illustrée, El Hadj Ag Gamou se confie pour la première fois, en exclusivité, à l’Humanité.

Quel est votre rôle  ?

Colonel Gamou. Moi et mes hommes, nous sommes ici pour participer à la reconquête du nord du Mali. Nous nous sommes d’abord concertés avec les armées française et nigérienne, à Niamey. Depuis notre arrivée au 
Niger, nous avons aidé à la libération de plusieurs villes et ici, à Gao, nous participons au PC mixte France, Mali, Misma (la force composée de troupes de plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest– NDLR) pour la coordination des opérations. Nous avons déjà envoyé un détachement à 
Ménaka avec les Français, et un autre à Bourem avec la garde nationale malienne. Enfin, à la demande de l’armée française, j’ai détaché dix-neuf de mes hommes au nord, à Tessalit et dans la région de Kidal. Ce sont des Touareg des trois régions du Nord, qui connaissent très bien le terrain et servent de guides. La population est contente de voir qu’il y a des Touareg qui viennent la libérer. Les gens de Gao me connaissent bien et criaient  : « Gamou, Gamou… » lorsque nous sommes entrés dans la ville.


Après l’intervention française, 
on pensait que la question 
de ces groupes était réglée. 
Est-ce vraiment le cas  ?

Colonel Gamou. Les ennemis sont encore nombreux dans les trois régions du Nord, et armés, même s’ils ont subi de grandes pertes, surtout au niveau matériel. Ils se sont repliés dans la région stratégique qu’est le massif des Ifoghas où il y a de l’eau et où ils peuvent trouver un appui logistique à travers la frontière algérienne. C’est maintenant qu’ils vont s’organiser pour mener des attaques partout. La guerre ne fait que commencer, croyez-moi. Outre les attaques à Gao, il y a quelques jours, un attentat à la voiture piégée a été perpétré dans un village près de Tessalit, alors que, la veille, à Kidal, de la même manière, les soldats français et tchadiens étaient visés.

Comment voyez-vous l’avenir politique du Mali  ?

Colonel Gamou. Quand il y a une crise comme celle que connaît le nord du Mali, on sait qu’il y a un travail de réconciliation à faire. Les gens peuvent vivre ensemble. On ne peut chasser ni les Touareg, ni les Songhaï, ni les Arabes. Les problèmes viennent de l’extérieur. Il faut une véritable volonté de reconstruire et que chacun comprenne qu’on ne peut pas faire le Mali sans les Maliens. Ce n’est évidemment pas facile. D’autant qu’il y a des accusations portées de part et d’autre. Mais ce n’est pas la première fois que le nord du pays connaît des problèmes. C’est pour cela qu’il faut une pérennisation, une continuité de l’État, et que celui-ci soit sensibilisé aux problèmes.

Le Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA) pose néanmoins la question de la « libération » d’une partie du pays au profit des Touareg. Qu’en pensez-vous  ?

Colonel Gamou. Les Touareg ne sont pas nombreux. À Gao, les sédentaires (essentiellement les Songhaï– NDLR) sont plus nombreux que les Arabes et les Touareg réunis. Je ne vois donc aucune légitimité à demander un État lorsqu’on est minoritaire. Le Mali est un pays démocratique et laïc. Chacun est libre de revendiquer ce qu’il veut, mais par le dialogue. Les populations nomades ont toujours eu des députés à l’Assemblée et toutes les mairies du Nord sont dirigées par des Songhaï, des Touareg ou des Arabes. Moi-même, qui suis touareg, j’ai commandé les garnisons de l’armée malienne au Nord. On ne peut pas dire que nous, Touareg, nous avons été mis de côté. Il faut dire la vérité. Le MNLA, c’est n’importe quoi. À l’intérieur, on trouve des gens qui ont des agendas différents. Certains viennent de Libye, d’autres ont déserté l’armée malienne… Il y a une espèce de banditisme politique au nom des Touareg et des Arabes du nord du Mali. Le MNLA pas plus que le Mujao, Ansar Dine ou Aqmi ne représentent les populations. D’ailleurs, le Mujao n’a pas seulement recruté des Touareg mais aussi des gens du sud du pays, ainsi que des Nigériens et des Mauritaniens. Un Nigérien a même essayé de m’assassiner.

Le MNLA est néanmoins un mouvement laïc. Est-ce que ce fait ne le différencie pas des autres mouvements islamistes  ?

Colonel Gamou. En tant qu’officier de l’armée malienne, je considère que tous les groupes armés sont les mêmes. Le MNLA n’est pas une armée légitime. À Tessalit, ils m’ont tous combattu  : MNLA, Ansar Dine, Aqmi… Je ne peux donc pas dire que le MNLA est meilleur que les autres. Les commandants du MNLA ont rallié le Mujao. Le MNLA n’est rien d’autre qu’un porte-avions pour tous les djihadistes.

source : lhumanite.fr du 1 Mars 2013

 

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