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  L’Aube
Déstabilisation du nord Mali - Coup d’Etat : comment Sarkozy a réglé ses comptes avec ATT

C’est une évidence : la déstabilisation du nord du Mali est une des conséquences du conflit libyen. Mais, il n’en demeure pas moins qu’elle a été minutieusement préparée et exécutée par le désormais ancien président de la France, Nicolas Sarkozy, pour régler certains comptes (personnels ?) avec le président Amadou Toumani Touré, pour son « refus » à s’engager dans la lutte contre AQMI et surtout son refus de signer l’accord de réadmission proposé par l’Elysée aux pays africains. Au delà de la déstabilisation du nord, le coup d’Etat du 22 mars constitue le couronnement de basses manœuvres commanditées par des milieux français (proches ou à l’intérieur de l’Elysée) contre un chef d’Etat démocratiquement élu et qui était en fin de mandat.

Octobre 2011 :

Les forces de l’Otan bombardent quotidiennement les villes libyennes dont
Tripoli, pour faire chuter Kadhafi. Malgré les frappes aériennes, les forces
libyennes résistent et les rebelles s’enlisent. Ils ont du mal à percer les
lignes de défense de l’armée libyenne restée fidèle au guide de la révolution.
Pour anéantir cette résistance et abattre Kadhafi, les Occidentaux, sous la
conduite de la France, mettent au point une stratégie : la désertion des soldats touaregs. Ceux-ci sont constitués, en grande partie, de Maliens et de Nigériens. Ainsi, le Qatar aurait été chargé de cette mission de désertion. Dès lors, l’Emirat du Qatar (allié des Occidentaux), infiltre certains milieux touaregs en Libye et au Mali.

En janvier 2012, des amis du Mali, responsables de l’Emirat,
tentent de convaincre ATT de solliciter leur pays pour l’ouverture de
négociations entre les déserteurs et Bamako. Mais le chef de l’Etat malien
n’accepte pas. Pour lui, l’Algérie était déjà engagée dans le dossier du nord…

Outre des fonds colossaux mis à la disposition des
déserteurs, la France de Nicolas Sarkozy aurait promis aux touaregs (maliens), de les soutenir dans une éventuelle guerre de libération de (l’Azawad) au Mali. Des promesses intervenues dans un contexte où « le printemps arabe » soufflait sur certains pays du Maghreb. L’Elysée visait, en réalité, un double objectif : régler ses comptes avec le régime d’ATT et engager une lutte (par procuration) contre Aqmi qui détient des otages français. D’autant qu’à ce sujet, le Mali (ou le pouvoir d’ATT) avait irrité l’Elysée par son refus, contrairement au Niger ou à la Mauritanie. Entre Bamako et Paris, il existait, en effet, une divergence de taille autour de ce dossier. Ainsi, les soldats libyens (touaregs), sont poussés à
regagner le nord-Mali, avec un important arsenal militaire.

A Bamako, le pouvoir s’inquiète face à la situation. A plusieurs reprises, les autorités maliennes attirent l’attention de l’opinion internationale. Rien n’y fit. Alors, le président Amadou Toumani Touré dépêche à Kidal, le colonel Gamou, le chef d’Etat-major adjoint à la présidence. Il est chargé d’accueillir les Igmaden de sa tribu et de sensibiliser les autres soldats venus de la Libye. Si les Igmaden (au nombre de 500), acceptent la main tendue des autorités maliennes, les autres soldats (déserteurs), entrent très vite dans une logique de guerre.

Jonction avec le Mnla

En effet, ceux-ci font très vite la jonction avec le Mnla, un mouvement créé quelques mois auparavant et qui ne disposait d’aucun moyen militaire. Des milieux français (proches ou à l’intérieur de l’Elysée) soutiennent ce mouvement qui, à coup de propagandes, fait croire aux occidentaux qu’il avait pour objectif de « combattre Aqmi et les autorités maliennes ».

A Paris, le Mnla, aidé par les mêmes milieux français, mène une vaste campagne (médiatique) de dénigrement contre ATT et son régime. Le pouvoir de Sarkozy laisse faire. Mieux, le président français sortant trouve une marionnette, en la personne de Mohamed Ould Abdel Aziz, président mauritanien, qui joue le jeu… Ce dernier accueille à Nouakchott, les responsables du Mnla. A partir de là, tout s’enchaine.

Deux responsables mauritaniens (les chargés de la sûreté, et des services de renseignements), tous des fideles d’Abdel Aziz, encadrent, conseillent et appuient le Mnla. Des armes sont livrées au mouvement pour le soutenir dans son combat contre ATT. Le président mauritanien, en jouant le jeu de la
France, avait aussi l’intention de vider un contentieux avec son homologue malien. En effet, les deux hommes étaient en brouille depuis l’élection présidentielle en Mauritanie. Abdel Aziz avait sollicité le soutien du président Touré qui refuse une ingérence dans les affaires mauritano-mauritaniennes. Un refus qui resta au travers de la gorge de Mohamed Ould Abdel Aziz.

Février 2012 : le conflit au nord du Mali, (éclaté en janvier avec l’attaque de la localité de Ménaka) venait de connaitre ses premières atrocités avec les tueries de soldats à Aguelhoc.

A Koulouba, le président Amadou Toumani Touré ne cache pas son angoisse face à la détérioration de la situation sur le terrain. Au même moment, à Bamako, certains milieux militaires et politiques s’agitent et ciblent ATT. Les tueries d’Aguelhok leur servent de prétexte. L’opinion bamakoise est chauffée à bloc par ces milieux. Cela à coup de mensonges et d’une
intense campagne d’intoxication. Le président Touré est même accusé de
collaboration avec les rebelles ou encore d’avoir…« vendu » le nord. Une radio de la capitale va jusqu’à diffuser « le témoignage » d’un soldat (?) qui prétend qu’il était à Aguelhoc et qui porte de graves accusations à l’adresse du chef de l’Etat et au sujet de sa prétendue collaboration avec les assaillants.

Dans la garnison militaire de Kati, cette campagne contre Amadou Toumani Touré porte ses fruits. L’on pousse les femmes et enfants de soldats à marcher sur le palais. Le 3 février, des centaines de manifestants
arrivent devant les grilles du palais présidentiel. ATT, qui était dans son
bureau (au 1er étage) donne des instructions fermes à la garde
présidentielle : « pas un seul coup de feu contre les manifestants ». Sans le savoir, le président Touré venait de déjouer une première tentative de coup d’Etat.

Il eut (comme à son habitude) la sagesse de recevoir une délégation de femmes du camp pour recueillir leurs « doléances ». Le lendemain, ATT invite, de nouveau, les femmes de soldats à venir discuter avec lui. L’entretien est filmé et diffusé sur les antennes de l’Ortm. Quelques jours après, le président Amadou Toumani Touré, fait part à certains proches de ses doutes sur le rôle de la France dans la déstabilisation de son régime à travers la crise au nord. Il aurait confié à un conseiller ceci : « Je ne sais pas à quoi joue l’Ambassadeur de France au Mali. Nous avons des doutes sur lui et il les confirme, en tenant à chaque occasion des propos visant à jeter l’huile sur le feu au nord ».

Le conseiller aurait répondu « M. le président, ce diplomate est tout simplement en …mission de déstabilisation ». (lire ci-dessous l’article d’un confrère sénégalais). Le président Touré se savait dans le collimateur de l’Elysée. Et il avait des certitudes sur le rôle joué par la France dans l’éclatement de la rébellion dans le septentrion malien.

Rébellion et coup d’Etat

Alors, si la rébellion était soutenue à la fois par certains milieux français et la
Mauritanie pour déstabiliser le septentrion malien à travers le Mnla, le coup d’Etat intervenu, est la conséquence de toute une logique. Et l’ambassade de France à Bamako a préparé les esprits à cette éventualité dès le mois de février, lors de la marche des femmes de Kati. Ce jour, la représentation diplomatique française avait, très tôt le matin, avisé les Français résidents à Bamako notamment le personnel et les élèves de l’école (française) Liberté
A, à ne pas sortir de chez eux. Des instructions avaient été données (par sms) aux parents d’élèves de cette école.

L’ambassade de France était-elle dans les secrets d’une manifestation qui a surpris par sa spontanéité ? ATT, lui, savait qu’au de là du nord, Sarkozy avait certainement décidé de se venger…Une vengeance qui dépasse aujourd’hui la seule personne du président Amadou Toumani Touré. Car, c’est la nation malienne, elle-même, qui est en danger.

CH Sylla

L’Aube du 17 Mai 2012

 

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