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Crépissage de la mosquée de Djenné : les funambules du gratte-ciel de banco

Toute la ville se mobilise pour l’entretien annuel de la mosquée qui est le plus grand édifice du monde en banco. Le flambeau de la ferveur est transmis de génération en génération depuis des siècles

Djenné, le soleil n’est pas loin du coucher, mais ses rayons sont encore brûlants. Un petit garçon avance gaillardement avec un petit panier rempli de banco, sous les encouragements de son père.

L’homme d’âge mûr et son fils, à peine haut comme trois pommes, cèdent le chemin à un groupe de jeunes garçons qui avancent au pas de charge, précédés d’un batteur de tam-tam et d’un porte-drapeau.

"Nous portons le drapeau national parce que nous faisons un travail pour notre ville, pour notre pays", explique Bamoye Kontao, l’un des jeunes gens du quartier de Konofiya. Il explique que les fanions tricolores sont

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La navette des porteurs de banco

des signaux distinctifs des groupes de jeunes gens venus des différents quartiers de la ville.

"Les dimensions des drapeaux diffèrent selon les quartiers. Dès qu’un jeune arrive pour le transport du banco, en voyant les drapeaux, il sait à quel groupe il appartient", explique-t-il.

Avant d’arriver à la mosquée, distante de quelque 300 mètres, l’homme et son fils croisent d’autres groupes qui descendent dans le lit du fleuve à la recherche d’argile.

"Je fais comprendre à mon fils dès maintenant qu’il doit faire ce travail durant toute sa vie", indique le père tout en essuyant la sueur de son visage.

Ambiance de fête

Dans un nuage de poussière, les différents groupes de jeunes gens se croisent, au son des tam-tam mêlé aux cris pour se donner du courage. Afin de stimuler l’ardeur au travail des porteurs de banco, des hauts parleurs, accrochés sur leur parcours, crachent de la musique. Le choix musical est éclectique : du reggae de Bob Marley à la musique traditionnelle bozo en passant par Mah Kouyaté n°2 et même le “Coupé décalé”.

Transis de fatigue, les habits collés au corps par la sueur et la boue, les jeunes gens s’offrent de temps à autre un peu de repos à l’ombre des murs tout en se désaltérant avec de l’eau apportée par les jeunes filles.

Durant toute l’après-midi de mercredi, les jeunes des différents quartiers transportent ainsi du banco pour le crépissage de la mosquée, prévu le lendemain matin. Avant la tombée de la nuit, de gros tas de mortier encombrent l’esplanade de la mosquée.

Dès l’aube, jeunes et vieux convergent vers l’édifice religieux. Sitôt, terminée la prière du "Sobh", les travaux démarrent. Des échelles géantes sont placées contre les parois de la mosquée. Les porteurs de banco reprennent leur navette.

Par grappes humaines, des paniers de banco sur la tête, ils escaladent quatre à quatre un escalier raide et mal éclairé, pour accéder au toit de l’édifice. Leurs cris font écho à la musique déversée par des hauts parleurs accrochés aux maisons environnantes et même aux minarets de la mosquée.

Au cours des bousculades dans l’étroite cage d’escalier, certains perdent l’équilibre et renversent le contenu de leur panier. D’autres glissent sur le banco et tombent, manquant de se faire piétiner par la troupe déchaînée.

Ceux qui arrivent sur le toit avec leur chargement de mortier, approvisionnent les "barey" (les maçons), debout sur les piquets qui hérissent les parois de l’édifice. Le lifting commence par les minarets.

"Seuls les "barey" et leurs fils crépissent les minarets et le toit de l’édifice. Tout le monde peut badigeonner les flancs en restant au sol", explique Bamoye Kontao qui accepte de prêter son panier à un touriste français.

Christian, c’est son nom, remplit le récipient de banco, se mêle à un groupe qui s’enfonce dans l’escalier.

"C’est un travail communautaire. Il faut que j’y participe aussi", lance-t-il, sous le flash de l’appareil photo de Sandra, une Italienne, qui fait partie, tout comme Christian, du flot de touristes de différentes nationalités qui ont débarqué à Djenné la veille.

Une architecture unique au monde. "Je satisfais ainsi une curiosité touristique dont j’ai entendu parler depuis longtemps", confie une quadragénaire française, portant à bout de bras un seau d’eau, au milieu des dizaines de jeunes filles chantant au rythme des calebasses ornées de cauris.

Les alentours de la mosquée sont noirs de monde et baignent dans une ambiance de fête. Le soleil a commencé à envoyer ses premiers rayons qui sèchent déjà les minarets nouvellement enduits. Tout le monde travaille avec ferveur et enthousiasme.

Malgré la fatigue qui se lit sur les visages, pétrisseurs de banco, porteurs et crépisseurs travaillent avec beaucoup d’entrain, les habits couverts de boue.

Aux environs de 10 heures, le monumental bâtiment est badigeonné aux trois quarts. La partie non enduite est réservée à des quartiers qui feront leur part de travail un autre jour.

"Depuis plus de 50 ans, tout le monde ne fait pas le crépissage le même jour. En 1957, il y a eu des affrontements entre différents groupes. Dès lors, chaque quartier a sa zone bien délimitée pour le crépissage", explique le président de la commission d’organisation du festival Djennery, Amadou Cissé.

Le ministre de la Culture, Cheick Oumar Sissoko, qui a mis la main à la pâte, quitte la mosquée en pataugeant dans la boue, ses habits tachés de banco.

"Notre souci est de garder cette ferveur dans l’entretien de l’édifice. Les gens doivent comprendre l’importance de l’architecture en banco et continuer de s’en approprier", indique Cheick Oumar Sissoko.

Il promet dans la foulée l’appui du gouvernement à toute initiative conduisant les populations à s’approprier davantage cette architecture unique au monde.

Depuis le passage de Pascal Baba Coulibaly à la tête du département de la culture, chaque année, le gouvernement offre deux millions de Fcfa à la ville pour contribuer aux dépenses de l’organisation du crépissage.

Mystère

Le ministre Cheick Oumar Sissoko s’est félicité de l’initiative des organisateurs du festival Djennery dont l’objectif est justement la promotion du potentiel culturel de la ville célèbre, classée en 1988 par l’Unesco au patrimoine mondial pour l’originalité de son architecture en banco.

Le crépissage de la mosquée était le clou de cette manifestation culturelle dont la première édition s’est déroulée du 19 au 25 février. Les organisateurs du festival entendent profiter de l’engouement pour le crépissage de la mosquée, pour dynamiser le tourisme à Djenné.

Mais avant de pouvoir inscrire le crépissage de la mosquée au programme du festival, ils ont dû déployer des trésors d’arguments pour convaincre les notabilités de la ville d’en annoncer la date plusieurs mois à l’avance.

"L’annonce de la date est entourée d’un certain mystère. Nous avons expliqué aux notables tout le profit que la ville peut tirer du crépissage de la mosquée. Ils ont compris", se félicite Amadou Cissé.

Même satisfaction de la part de Souleymane Niaré, le gérant du campement hôtel de Djenné. "Beaucoup de touristes ont assisté au crépissage cette année parce que nous avons pu donner la date aux agences de voyage à l’avance", souligne-t-il.

Le crépissage de la mosquée est un événement de haute portée culturelle qui peut attirer dans la ville davantage de touristes que les 9800 visiteurs reçus en moyenne par an, indique le préfet Alassane Diallo.

Pour lui, cet événement constitue le ciment de la cohésion de la ville. Djenné est la seule ville de plus de 10 000 habitants au Mali où il n’y a qu’une seule mosquée, fait-il remarquer.

Le plus grand édifice en banco du monde- L’attachement des populations de Djenné pour leur édifice religieux n’a jamais faibli depuis des siècles, confirme Amadou Camara de la mission culturelle de la ville.

Cet attachement, ajoute-t-il, s’explique par l’histoire de la mosquée qui remonte à 1280. Koy Komboro fut le premier roi de Djenné à se convertir à l’islam.

Conquis par la foi, il décréta que l’islam serait désormais la religion d’État. Il détruisit son palais et fit construire à la place une mosquée majestueuse.

Quand la ville fut annexée par le royaume du Macina en 1818, le roi Sekou Ahmadou jugea que l’islam pratiqué à Djenné prenait trop de libertés sur les préceptes du Coran.

Il finit par détruire la mosquée de la ville, après en avoir interdit la fréquentation. Il fit construire sa propre mosquée que les populations boycottèrent en édifiant leurs lieux de culte.

Cette situation perdura jusqu’à l’arrivée des colonisateurs français. L’administrateur colonial de la ville, William Ponty, accepta à la demande de son ami, le marabout Almamy Sonfo, de reconstruire à l’identique l’ancienne mosquée du roi Koy Komboro.

Commencés le 15 octobre 1906, les travaux auxquels prirent part des villages environnants, furent achevés le 1er octobre 1907.

William Ponty mobilisa l’importante somme de 18 000 F de l’époque pour la construction de la mosquée. Afin de le récompenser de ce bienfait, les marabouts de la ville promirent de faire de lui, l’un des colonisateurs français les plus renommés.

Peu de temps après, il fut nommé gouverneur général de l’Afrique occidentale française (AOF) et se distingua si bien à ce poste que son nom fut donné en 1915 à une prestigieuse école installée au Sénégal.

Ainsi le nom de William Ponty passera à la postérité par l’entremise du curriculum vitae de la plupart des hauts cadres d’Afrique de l’ouest des années d’indépendance.

Cette mosquée est le plus grand édifice en banco du monde après l’effondrement du palais de Baam en Iran l’année dernière suite à un tremblement de terre”, révèle Amadou Camara.

L’édifice peut contenir jusqu’à 1000 fidèles. Il mesure 20 m de hauteur et forme un carré de 75 m de côté. Le toit soutenu par 100 piliers, présente 104 trous d’aération.

Si cet édifice monumental en banco dont le centième anniversaire sera célébré l’année prochaine, a toujours fière allure, c’est grâce aux travaux de crépissage effectués chaque année par les habitants de la ville.

"Tout "Djennenké" (ndlr les ressortissants de Djenné) doit participer au crépissage de la mosquée tant qu’il est présent dans la ville et en bonne santé", confie ce père qui tient tant à cultiver l’attachement à la mosquée chez son fils. Et le petit garçon semble boire ses paroles. C’est dire que la relève est assurée.

Envoyés spéciaux
B. TOURE
A. SISSOKO

l’Essor n°15403 du - 2005-03-02


La ville du banco

Djenné a été classé au patrimoine mondial par l’Unesco en 1988 pour la beauté de son architecture en terre unique au monde et pour la richesse de ses sites archéologiques. Afin de garder ce statut, les maisons doivent respecter les styles architecturaux typique de la ville. L’utilisation du ciment est bannie de la construction à Djenné. Ce qui pose le problème de la conservation des maisons en banco qui ont besoin d’un entretien régulier.
Après le classement de Djenné, un groupe de chercheurs hollandais a établi le constat du délabrement avancé, faute d’entretien, de nombre d’édifices de la ville. Comme principale explication de cet état de fait, ces chercheurs ont indexé la pauvreté.
Afin d’aider à conserver les édifices monumentaux en banco qui tombaient en ruines, les Pays-Bas ont apporté un appui financier de 350 millions de Fcfa. Cet argent a servi à financer le "Projet de restauration et de conservation de l’architecture de Djenné". Entre 1996 et 2003, une centaine de maisons et monuments de la ville ont été restaurés. "Nous avons retenu les maisons les plus anciennes qui ont une valeur culturelle. Ensuite, il a fallu ajouter des cas sociaux parce qu’on a constaté que beaucoup de gens, trop démunis, n’arrivent plus à entretenir convenablement leurs maisons", indique Amadou Camara de la mission culturelle de Djenné.

B. T.


Comment se loger à Djenné ?

Une chose est de faire venir les touristes, une autre est de leur offrir des structures d’accueil dignes de ce nom. A Djenné, les hôteliers tentent de relever ce défi en faisant le pari de la professionnalisation. "Nous avons organisé plusieurs sessions de formation dans le but d’améliorer le service", assure le patron du campement hôtel de Djenné Souleymane Niaré. "On constate des efforts de modernisation de la part des hôteliers de la ville", confirme le préfet Alassane Diallo.
Djenné compte 4 structures hôtelières (le campement hôtel, Chez Baba, l’hôtel Maafir, la résidence Tapama). Le campement hôtel est l’une des plus importantes structures d’accueil de la ville. Il offre 53 chambres dont une suite VIP et une mini suite. Il y a des chambres ventilées avec ou sans toilettes internes, des chambres climatisées avec ou sans toilettes internes. Les chambres sont tenues propres ; le service est sans reproche.
L’établissement hôtelier, anciennement géré par l’administration, est aujourd’hui en gérance libre par une SARL. Sa capacité d’accueil a été augmentée avec la rénovation de la Maison des hôtes (le pied-à-terre) qui accueille les délégations officielles. "Nous tenons à offrir un niveau de service digne du rang des officiels que nous recevons ici", assure Souleymane Niaré.
Le campement hôtel qui dispose aussi d’un restaurant pouvant accueillir jusqu’à 250 personnes, a reçu le mois dernier, les félicitations de l’Office malien du tourisme et de l’hôtellerie (OMATHO) pour sa "performance par rapport aux autres hôtels de la ville et par rapport à ceux de la région".
Souleymane Niaré compte sur le festival Djennery pour améliorer les 23 % de taux moyen annuel d’occupation des structures hôtelières de la ville.

B. T.

 

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