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  L’Aube
Bonjoiur mon président : mes adieux

Le parquet de Bamako a ouvert une information judiciaire contre des militaires dont de hauts gradés proches de l’ex-président Amadou Toumani Touré

Depuis près d’un an, la rubrique « Bonjour Mon Président » animée par Mamoutou Kéïta, promoteur de spectacles, nous a tenus en haleine. Notre chroniqueur nous livre ici un (dernier) récit épique dans lequel il fait ses adieux à « son président ». Dans cette Der, Mamoutou revient sur les derniers développements de la situation sociopolitique au Mali.

Nous sommes au mois de juin, et vous auriez passé le témoin à un président démocratiquement élu le 8 courant si le putsch n’avait pas eu lieu. Le 8 juin, c’est aussi la date à laquelle j’avais promis de cesser de vous écrire conformément à l’engagement que je m’étais donné de vous accompagner jusqu’au terme de votre mandat.

Rien, à mon avis ne sert de continuer de vous juger, de juger votre façon de gouverner puisque vous ne gouvernez plus. Je voudrais clore la rubrique Bonjour Mon Président par cette dernière publication qui sera le récit des dernières évolutions de la situation politique de notre pays et surtout les raisons d’une très mauvaise fin de mandat, un mandat dont beaucoup de Maliens (et vous) avaient des raisons d’être fiers et de se glorifier.

Vous et nous, tous avions mûri ensemble, dans notre tréfonds, le secret désir d’organiser avec la communauté internationale le feu d’artifice qui accompagnerait votre retraite du pouvoir. Dieu en a décidé autrement et nous devons lui rendre grâce de vous avoir sauvé la vie et de vous avoir permis ainsi qu’aux membres les plus proches de votre famille de quitter le Mali. Vous auriez pu être tué ou blessé ou arrêté et emprisonné avec tous ceux qui ont partagé le pouvoir avec vous.

Mon Président, lorsque quelque chose arrive à son terme, personne n’y peut rien. Vous avez suivi et subi votre destin. Et si un jour, on vous avait prévenu que vous ne termineriez pas votre mandat (peut-être vous l’a-t-on dit), vous vous seriez posé les questions : Comment ? Pourquoi ?

Rencontre de Ouaga : la honte nationale !

Aujourd’hui voilà que votre absence qui nous a mis au bord d’un gouffre nous pose de sérieux problèmes. Dont :

1. Le Mali se trouve incapable de régler chez lui ses propres différends, ce qui, en dehors des différents accords que nous avons signés sur la crise au Nord , une crise transfrontalière, jamais le Mali n’a eu recours à aucun pays voisin pour résoudre un quelconque problème de souveraineté nationale fut-elle d’une extrême gravité à l’exception de l’Algérie ou de la Libye qui ont été de tout le temps les terres d’accueil de rebelles , donc directement ou indirectement impliqués dans la gestion des différents conflits que notre pays a connus.
Au Mali il y a les griots, les musulmans, les chrétiens, les protestants, les « founè », les « mabos », les « garangués », les familles fondatrices de Bamako, les communicateurs traditionnelles etc. Aucune de ces couches socioprofessionnelles n’a pu parler entre les Maliens pour les réconcilier avec leur histoire, avec eux-mêmes, et il a fallu aller au Burkina Faso pour étaler nos divisions et nous donner en spectacle.
Quelle honte pour tous ces enfants qui ont suivi ce voyage historique en terre du Faso et qui a accouché d’un échec cuisant. Mais le Mali aurait pu et du s’entendre sur l’essentiel chez nous d’abord, si les hommes n’avaient pas mis en avant leurs propres intérêts. Devrons-nous, Mon Président, confier le destin de près de quinze millions d’âmes qui n’aspirent qu’à la paix et à un mieux-être, à des responsables qui ne pensent qu’à eux mêmes ? En cela je félicite le DR Cheick Modibo Diarra pour sa lucidité et son sens de la responsabilité pour ne retenir personne de ceux qui étaient à Ouagadougou dans son gouvernement.

2. Vous avez été renversé et voilà que le pays tombe dans une seconde violence avec une guerre bérets rouges contre bérets verts , des enfants d’un même pays, qui ont suivi la même formation de base dans l’armée et qui, au lieu de se concerter pour aller en guerre contre un ennemi commun au Nord , s’entre-tuent dans les rues de Bamako avec une impressionnante armada de matériels de guerre : des Brdm, des fusils d’assaut, des pistolets mitrailleurs, des lance-rockets et des chars. Toutes ces armes, Mon Président devraient trouver un meilleur terrain d’utilisation que les rues de Bamako sur lesquelles des chars se pavanaient ou paradaient, applaudis par des gens en mal d’occupation et qui y trouvaient motifs à satisfaction. Le nombre de ceux qui sont morts au cours de ces affrontements ne sera jamais connu. Ces armes auraient pu être économisées pour servir pour les causes justes surtout celles de la reconquête des deux tiers de notre territoire national occupé par des Afghans, des Pakistanais, des combattants d’Aqmi, en plus des envahisseurs connus.

3. Le docteur Cheick Modibo Diarra se trouve dans la situation (inconfortable ?) qui était la vôtre en 1991 avec un mandat de un an pour diriger la transition, organiser les élections et gérer le conflit au nord. Aujourd’hui, les bailleurs de fonds ne nous suivront pas dans cette situation politique équivoque L’aide militaire et financière nous sera difficilement acquise si nous ne déterminons pas notre position politique ; c’est pourquoi elle insiste pour une transition de courte durée qui nous permette d’aller à l’essentiel. Que peut-il faire le (pauvre) Premier ministre qui a sacrifié sa candidature pour le Mali ? Il est obligé de continuer à tout sacrifier pour se tourner vers cette transition dont dépendra sa carrière politique au Mali.

4. Mon Président, vous avez fait un pèlerinage aux Lieux saints cette année. En bon croyant, priez pour le Mali et les Maliens, priez surtout pour tous ceux qui, à la faveur de la nouvelle situation, vous ont trahi et vous vilipendent. Tellement l’on ne se gène plus de se métamorphoser d’un régime à un autre pour préserver ses intérêts vaille que vaille. Quels Maliens sommes-nous désormais ? Où est passée notre dignité de Malien d’hier qui nous imposait de refuser l’ignominie, le mensonge, la calomnie, la trahison et l’indignité. Heureux qui, comme Founefa cet illustre « Niamakala » (griot) qui a suivi l’un de nos anciens chefs d’Etat et qui avait juré de ne plus jamais suivre un autre président de notre pays jusqu’à la mort, et c’est ce qu’il fit jusqu’à son dernier souffle, savent rester dignes.

5. Il y a aussi cet autre évènement qui nous rattrapera toujours : des marcheurs ont porté la main sur le chef de l’Etat au point de le blesser, une attitude innommable et qui dénote du manque de foi et d’honnêteté des commanditaires qui devront répondre de leurs actes devant nos juridictions. Quel crime honteux !

Quels Maliens sommes-nous !

Notre société n’a jamais toléré un tel geste, ceux qui en sont coupables sont capables de frapper leurs propres parents sinon qu’ils en ont l’habitude et ils l’ont prouvé et si c’est pour petits billets de nos francs qui leur auraient été donnés par les commanditaires, alors nous devrons avoir peur de notre société et pour l’avenir de notre pays. Nos propres enfants seront capables un jour d’être des mercenaires contre nous-mêmes à cause de l’argent-dieu.

Un jour le tour des mêmes commanditaires qui recevront leurs gifles de ces enfants s’ils ne leur paient pas leurs salaires pour des besognes comme celles qu’ils ont exécutées contre le président de la République. En les encourageant, on ouvre la porte à toutes les dérives possibles. Son Excellence le Président de la République aurait pu perdre la vie dans cette agression physique et qu’auraient fait ces démons de la violence, eux qui ne rechignent point à voir ce pays se consumer, si dans les cendres qui restent ils peuvent trouver leurs intérêts.

Il faudrait que nous évitions d’aller à l’affrontement entre populations civiles, ce qui plongerait notre pays dans un cycle de violence irréversible dont les jeunes qu’on pousse dans la rue aujourd’hui ne peuvent mesurer les conséquences ; Ces adultes sans conscience ni foi ,ne passeront jamais le seuil du Paradis sans répondre de leurs actes gestes devant l’Eternel. Même s’ils sont des mécréants ils doivent avoir un cœur une âme, c’est en cela que l’état devrait sévir, mais puisque lui-même se trouve dans la rue il ne lui était pas possible d’intervenir ; autrement le Ministère de la sécurité intérieure devrait prendre toutes les dispositions nécessaires pour assurer la sécurité du Président de la République, et si cela n’a pas été fait ce serait alors une des erreurs les plus grossières et les plus graves que le gouvernement Diarra aurait commises. De tels dérapages doivent pouvoir être évités par un gouvernement. Car, ce qui est arrivé au président de la République peut arriver un jour au Premier ministre.

Faisons donc très attention pour ne pas basculer vers une société de non droit où tout est permis et où tout est possible.
Ce qui n’est pas à souhaiter pour notre pays qui risquerait d’être ingouvernable. Aujourd’hui, tout laisse à croire qu’on est encore loin de ce retour à une constitutionnalité normale, à une société où il fait bon vivre.

Nous devrons comprendre que quoi que l’on fasse nous sommes obligés de nous conformer à la volonté non seulement de la Cedeao, mais aussi à celle des Occidentaux qui ne peuvent plus tolérer en ce 21ème siècle un coup d’Etat dans un pays qui a eu au moins vingt ans de gouvernance démocratique.

Alors il est temps que nous nous ressaisissions pour ne pas aller au-delà de ce seuil de pauvreté et de misère qui s’accentue tous les jours davantage, et qui pourrait même porter un coup à la sécurité et à la stabilité de notre pays. Nous ne devrons pas pousser le peuple à se retourner contre son armée, cette armée épublicaine qui a juré de défendre l’intégrité territoriale de notre pays. Le temps est donc venu de se consacrer à cette tache, qui, au-delà du devoir s’impose à toute la nation comme une urgence, une priorité, une obligation. Il est donc temps que le Nord soit notre priorité.

Mon Président, tout laisse présager que nous sommes loin du bout du tunnel. Voilà donc, Mon Président, la triste situation dans laquelle votre départ a plongé notre pays : vous laisser derrière vous une démocratie très malade et qui mettra du temps à se relever de sa convalescence au cas où elle en guérirait, et l’homme politique vilipendé pour toujours.

Mon Président, tous les regards du monde entier sont tournés vers notre pays qui s’enlise inexorablement dans un bourbier argileux qui nous collera longtemps au pied et pour lequel nous devrons trouver l’antidérapant infaillible. Combien de voyages Djibril Bassolé, le représentant du médiateur de la crise malienne a effectués au Mali pour réconcilier les Maliens. Nous devrons rester sereins et attendre que nos partenaires, puissent nous libérer des démons qui nous hantent et nous empêchent de voir la souffrance de ces millions de Songhaïs, de Maures, d’Arabes, de Peulhs, de Tamasheks, de Bamanan, de Bozos.

L’armée républicaine doit se mettre au service de sa mission régalienne. Dites à vos soldats, Mon Président, que le pouvoir militaire ne ressemblera jamais à un pouvoir civil : d’un côté on donne des ordres et de l’autre on donne des instructions. Que les soldats aillent faire leur guerre au lieu de vouloir s’agripper à un pouvoir qui ne leur sera jamais donné (que par les armes). Leur insistance à vouloir rester au pouvoir par quels que moyens que ce soit pourrait conduire notre pays dans le chaos et les militaires eux-mêmes dans une situation difficile susceptible de se retourner contre eux. Nous n’avons plus besoin de troubles dans notre pays, le Nord est déjà une équation difficile.

Mon Président, voici le dernier bonjour qu’un de vos admirateurs que vous n’avez jamais vu, ni connu, mais qui a simplement apprécié votre bilan que, mêmes vos pires ennemis ne pourraient contester, un admirateur qui vous a toujours conseillé sur les errements et les dérives que connaissait votre pouvoir, mais qui vous a aussi félicité pour ce qu’il a constaté de bien dans votre gestion de tous les jours sans démagogie aucune, parce que n’ayant jamais cherché à vous rencontrer pour quels que problèmes que ce soit ni, vous, ni un de vos proches.

Et si chaque citoyen, par quels que moyens que ce soit, avait fait de même, le débat serait plus riche, plus fécond et plus productif. Et peut-être que vous auriez évité beaucoup d’erreurs dans votre façon de gouverner le Mali, un pays que vous aimez tant, que vous avez hâte de retrouver. Parce qu’il vous a tout donné et parce que vous aussi, vous lui avez tout donné.

Recevez Mon Président toute l’expression de mes sentiments de profond respect.

Que Dieu sauve le Mali ! Que triomphe toujours la vérité ! Au revoir Mon Président !

Mamoutou Kéïta

Promoteur de spectacle

L’Aube du 21 Juin 2012

 

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