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Analyse : Cheik Modibo Diarra victime de lui même

Le Premier ministre démissionnaire s’est révélé incapable de fédérer assez de forces politiques et sociales autour de lui pour faire progresser la Transition à un rythme soutenu et se protéger lui même

De quoi ou de qui Cheick Modibo Diarra a-t-il été victime ? De la confusion entourant les concertations nationales, du bras-de-fer incessant conduit avec les forces politiques, de sa prise en grippe par la galaxie de ses alliés d’hier, de son aura éteinte dans l’armée, de son crédit épuisé dans les chancelleries ? Certainement d’un peu de tout cela mais le Premier ministre sortant a surtout été victime de lui même, tant sur la forme que sur le fond.

La forme relèverait de l’anecdotique dans notre situation si la politique n’était aussi l’art d’arrondir les angles, un savoir-faire précieux en période de crise. De ce point de vue, le style abrupt du chef de gouvernement sortant a pu plaire dans l’opinion au tout début de son mandat lorsqu’il s’agissait de rassurer en marquant un retour déterminé de l’Etat. Mais au fil des mois, ce verbe imperméable aux nuances s’accordait de moins en moins avec, à la fois, l’image érodée de son porteur et une réalité qui exigeait des actes au moins à la hauteur des paroles. Cheick Modibo Diarra n’a pas réalisé combien ce décalage croissant était dommageable à sa crédibilité comme on a encore pu le mesurer lors de son interview martiale à son récent retour de N’Djaména.

Cette espèce d’aveuglement tient cependant peu du hasard. C’est la conséquence logique d’une conviction qui a guidé toute l’action de l’ancien Premier ministre. Celui-ci a, en effet, toujours considéré les formations politiques traditionnelles comme peu représentatives de la grande majorité de la population. Son discours se calait donc systématiquement sur le « peuple », par dessus les « élites » et, à l’occasion, contre elles.

Cette appréciation très sommaire de la politique et des rapports de force a eu des conséquences désastreuses sur le fond de l’action du chef de gouvernement démissionnaire. Celui-ci s’est, en effet, révélé incapable de fédérer assez de forces politiques et sociales autour de lui pour faire progresser la Transition à un rythme soutenu et, du coup, renforcer sa position et se protéger lui même. Il est vrai que Cheick Modibo Diarra avait affaire à des regroupements et des personnalités très divers, aux positionnements divergents, aux agendas personnels contradictoires.

Mais il est tout aussi vrai que dans un climat très demandeur d’union sacrée, le PM a gâché, au moins, trois belles occasions de constituer un puissant front national sur un programme consensuel : à sa nomination en avril, à sa reconduite à la tête du gouvernement d’union nationale en août et à son retour de l’ONU en septembre-octobre.

En ces trois circonstances, le Front uni pour la sauvegarde de la République et la démocratie (FDR) qui regroupe les partis fournissant le gros des députés et conseillers municipaux sans parler de la principale centrale syndicale et des associations établies de la société civile, lui avait fait des offres directes de collaboration. Des offres certainement intéressées qui auraient dû susciter une réponse non dénuée de calculs car toute l’habileté d’un bon politique est d’agir pour l’intérêt général sans perdre de vue le jeu des intérêts particuliers, les siens et ceux des autres.

Préjugés et insigne maladresse politique sont donc à la base de ces rendez-vous manqués, de l’isolement croissant du PM et des crispations qui ont suivi dont la dernière en date est le retrait de presque tous les poids lourds du paysage politique et associatif des concertations nationales ou leur alignement derrière une proposition de report. Cette péripétie, pour grave qu’elle soit, n’a cependant été que l’ultime goutte d’eau qui a fait déborder un vase plein à ras bord de rancoeurs et contentieux accumulés en seulement 8 mois.

Une « performance » qui explique le relatif détachement avec lequel une opinion, lassée par les cafouillages incessants (la primature a ainsi désavoué le ministre des AE dépêché à Ouagadougou pour des contacts préliminaires avec le MNLA et Ançardine), a accueilli le départ de Cheick Modibo Diarra et un passif qui situe les clarifications à opérer dans la perspective de son remplacement.

Le problème réside autant dans la personnalité du chef de gouvernement à nommer que dans la définition du périmètre de ses pouvoirs. L’interprétation littérale des « pleins pouvoirs » adoptée par le Premier ministre sortant, sur la foi des termes utilisés dans l’accord-cadre (« un Premier ministre de transition, chef du gouvernement, disposant des pleins pouvoirs … »), était fondamentalement porteuse de conflits dans un contexte encore largement normé par la constitution.

Une personnalité moins égocentrique, plus au fait du jeu institutionnel et au style plus collectif s’impose aujourd’hui. Un oiseau rare ? Non, juste un chef d’équipe de sang-froid, qui ne se trompe pas de boussole.

S. DRABO

Publié le 14 Décembre 2012

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