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Nul doute que la question qui focalisait toutes les attentions à la conférence nationale de l’Adéma-Pasj était la levée ou non des sanctions infligées à Soumeylou Boubèye Maïga et camarades. Le second point de l’ordre du jour, qui portait sur les problèmes de discipline au sein du parti, était très explicite sur l’enjeu de la réunion. Au sein de la famille des Abeilles, les avis n’en étaient pas pour autant moins partagés. Certains voulaient cicatriser les plaies et pardonner mais d’autres, plus rigoureux, appelaient à l’exclusion des indisciplinés. La conférence qui a voix souveraine en la matière a finalement décidé, à travers une motion, de donner mandat au Comité Exécutif pour trancher la question.

La 9ème Conférence nationale de l’Adé-ma-Pasj s’est déroulée dans une période charnière que le président du parti, Dioncounda Traoré, a située dans l’application de leur deuxième stratégie. La première qui a consisté à mettre en oeuvre les résolutions issues de la 7ème et 8ème conférence nationales avait pour but, a dit le président de l’Adéma, de soutenir ATT pour sa réélection et d’accorder au parti la victoire aux élections législatives.

Il s’est réjoui de ce tour de force de la Ruche qui est sortie majoritaire avec 46 députés en “récupérant”, a-t-il ajouté, la présidence de l’Assemblée nationale et celle du Haut conseil des collectivités territoriales. Ce constat a suscité des applaudissements dans une salle archi-comble du Centre international de conférence où le parti avait convié, samedi dernier les délégués de ses 55 sections de l’intérieur.

Pour la circonstance, le président du parti était entouré du secrétaire général, Marimantia Diarra ; du 2ème vice-président, Iba N’Diaye ; de la présidente du Mouvement des femmes, Mme Coulibaly Alima Traoré ; du président du Mouvement des jeunes, Fakoroba Coulibaly ; de Bocar Sall et de l’ancien député, Abdoulaye Frédérik Traoré.

Situant la conférence nationale dans le cadre de la deuxième stratégie qui motive la tenue de ladite assise, Dioncounda Traoré a expliqué qu’elle consiste à la reconquête du pouvoir, en remportant, d’abord, les élections communales de 2009 pour aboutir, ensuite, à la grande victoire des élections générales de 2012. Cette stratégie, a-t-il soutenu, marque l’étape de la vraie refondation du parti. Pourtant cette phase, a reconnu le président de l’Adéma-Pasj, laisse toujours planer le spectre de la division du parti.

Nul doute que pour les participants, l’épineux problème des sanctions infligées à certains militants restait la pomme de discorde. L’ordre du jour qu’il convenait d’adopter ne démentait pas cette problématique puisqu’il présentait deux points : présentation du rapport d’activités du Comité exécutif et problèmes de discipline au sein du parti.

Le député Ouali Diawara nous avait déjà annoncé, dans les coulisses, que le cas des militants sanctionnés devait être examiné, car, a-t-il ajouté, les militants avaient hâte que ce problème soit réglé. M. Diawara a précisé que les questions relatives à la levée des sanctions infligées à Soumeylou Boubèye Maïga – qui n’est pas n’importe qui dans le parti a-t-il ajouté et à certains de ses camarades – seront débattues.

Le retour de Soumeylou sera vite bien accueilli”, a affirmé le député élu en Commune I en expliquant qu’il y a un élan général dans le parti pour lever les suspensions. La conférence nationale, a indiqué M.Oualy Diawara, est souveraine pour lever des sanctions. D’ailleurs, a-il ajouté, c’est lors de la 8ème conférence nationale que leurs camarades avaient été suspendus.

L’avis de Dioncounda est plus nuancé. Il a parlé de “camarades sanctionnés pour avoir posé des actes qu’eux-mêmes reconnaissent aujourd’hui comme incompatibles avec les textes et qui sont des erreurs de leur part”. Dans le souci d’élargir la base politique et électorale, a-t-il souligné, le parti, dans une logique de dialogue et de pardon, est prêt à reconsidérer les sanctions pour ceux qui manifestent leurs désirs de revenir dans la famille.

Pourtant, dans la salle, au cours de la cérémonie d’ouverture, des voix discordantes s’étaient faites entendre contre la levée des sanctions. Certains ont même déclaré que les indisciplinés devaient être exclus. Ce qui augurait d’une réunion dont le consensus n’était pas du tout gagné d’avance. Le Comité exécutif, a dit le président du parti, a entamé le diagnostic de l’état du parti qui a traversé plusieurs crises depuis le congrès de 1994 – qui a vu la naissance du MIRIA – et d’autres qui ont abouti à la création du RPM et de l’URD.

Le travail fractionnel et les actes d’indiscipline au sein de la Ruche, a laissé entendre Dioncounda, avaient créé un déficit de confiance qui a poussé des militants à se réfugier au Mouvement citoyen. Le programme ambitieux du Comité exécutif entend retourner aux valeurs fondatrices de l’Adéma-Pasj pour en faire un parti de militant qui maîtrise son projet et son programme.

Cette refondation est basée, a-t-il fait savoir, sur la confiance, la cohésion, la discipline pour réhabiliter le respect mutuel et la camaraderie. C’est pourquoi, a-t-il soutenu, le Comité exécutif a commandité des missions dans les structures de base pour préparer le congrès de la refondation. S’exprimant sur le financement public des partis, Dioncounda Traoré a fait observer qu’une relecture des textes est nécessaire.

L’école, a-t-il affirmé, est en panne et il faudrait que la Nation entière se mette à son chevet. Il a même envisagé une concertation nationale où toutes les réflexions seraient engagées sur l’école. Il s’est réjoui de la libération des otages en recommandant la poursuite du dialogue et de la solution politique dans le cadre de l’Accord d’Alger et du Pacte national.

Après avoir confirmé la volonté des Abeilles de continuer de participer à l’ADP, le président de la Ruche a laissé entendre que l’Adéma est une chance pour le Mali démocratique, debout, qui gagne et que le parti a le devoir historique de le préserver.

Le consensus n’a finalement pas eu lieu sur la levée des sanctions contre Soumeylou Boubèye Maïga et ses camarades. Mandat a été donné au Comité exécutif pour trancher cette épineuse question.

Baba Dembélé

17 mars 2008.