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Le forum ambitionne depuis son institution à formuler des pistes d’actions novatrices.

Exigence de qualité et continuité, telle pourrait être la devise du forum de Bamako dont la huitième édition s’ouvre ce matin sous la présidence du Premier ministre Modibo Sidibé.

Cadre de réflexion prospective et de remobilisation des énergies africaines, le forum ambitionne depuis son institution à formuler des pistes d’actions novatrices permettant un véritable décollage du continent. Il sera meublé pendant deux jours par une série de conférences thématiques bâties sur le métissage de connaissances et le partage du savoir. L’événement reste fidèle à la formule qui depuis 2001, date de sa création, fait son succès.

Il rassemble dans un exercice de réflexion pointue un panel de décideurs publics, d’entrepreneurs, d’universitaires, de représentants des organismes de développement et de responsables de la société civile et des médias. Venus d’horizons très divers, tous les participants sont cette année unis par le souci de formuler des approches aussi concrètes que possible sur la problématique des nouveaux partenariats qui sont entrain de se tisser entre l’Afrique et le reste du monde. Cet effort de réflexion sera approfondi par la Fondation Forum de Bamako, créée pour prolonger les thèmes défrichés par le forum.

L’édition 2008 du forum de Bamako, dont le thème directeur est « L’Afrique, un nouveau pôle géostratégique, les enjeux« , explorera les voies et moyens les mieux indiquées pour notamment promouvoir les ressources naturelles et humaines du continent. Il se penchera sur la gestion des ressources naturelles, la gestion et la négociation des contrats, le partage des ressources. Il se questionnera sur la manière de transformer ces ressources sur place, de sortir de la malédiction du pétrole, de freiner l’avancée du désert, d’arrêter la destruction de la forêt, d’améliorer l’accès à l’eau potable.

Il s’intéressera également à la promotion des énergies renouvelables et à la conduite d’une politique protégée de développement rural qui tienne compte du facteur écologique. Il intégrera dans ses thèmes de discussion les modalités d’accroissement de l’éducation des filles et des garçons, une alphabétisation croissante des jeunes enfants, une alphabétisation professionnalisante des jeunes adultes, une formation aux nombreux métiers de la culture, un programme cohérent d’industries culturelles, une éducation renforcée à la citoyenneté, une université adaptée au développement.

La coopération internationale et les nouveaux partenariats qui constituent l’ossature du thème général de cette réflexion occuperont une place de choix dans les discussions dont les conclusions et recommandations seront remises samedi au président de la République Amadou Toumani Touré qui profitera de cette occasion pour donner son point de vue sur la question. En effet, selon certains experts qui ont étudié l’Afrique dans la nouvelle géostratégie mondiale à Paris le mois dernier en prélude à la rencontre de Bamako, une zone de libre-échange, scénario fréquemment évoqué comme panacée, ne peut constituer dans l’immédiat un partenariat équilibré pour le continent, l’économie africaine étant encore trop fragile, trop peu productrice de biens manufacturés.

Selon ces experts, il faut produire pour se nourrir d’abord et pour échanger ensuite – et non pour s’appauvrir en important systématiquement des produits et des biens européens ou chinois sans que des exportations africaines viennent équilibrer la balance. Aux yeux de ces spécialistes, le partenariat sino-africain qui suscite présentement un engouement certain à travers tout le continent devrait être amélioré à travers des concertations préalables au niveau régional africain afin d’analyser les avantages et les inconvénients qui pourraient en résulter.

L’Afrique pourrait devenir un enjeu majeur dans les prochaines années. Il lui appartient dès maintenant de choisir entre un progrès institutionnel, économique et culturel vertueux souverainement décidé et un développement avantageux à court terme, mais aventureux et au final sans intérêt véritable, parce que dépendant et néocolonial.

Entre une mondialisation néo-libérale imposée et une mondialisation néocoloniale proposée, il y a sans doute place pour une Afrique qui, par son génie humain, s’imposera hors de toute rivalité fondée sur la puissance et la dépendance. Ceux qui seront en charge de cette démarche seront des hommes et des femmes capables de contribuer à l’Unité africaine et à une mondialisation humaine. Le forum de Bamako tente donc d’apporter sa contribution à ce débat passionné dans lequel s’engage présentement le continent.

B. COULIBALY – L’Essor

21 Février 2008.