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Les cérémonies de présentation de vœux du Nouvel an se poursuivent à Koulouba. Hier dans la matinée, ce sont les « Forces vives de la nation » qui ont transmis leurs vœux pour 2007 au président Amadou Toumani Touré. La cérémonie s’est déroulée en présence du Premier ministre Ousmane Issoufi Maïga, des membres du gouvernement, des collaborateurs du chef de l’État.

Le président du Conseil national de la société civile (Cnsc), Boureïma Allaye Touré, porte-parole des forces vives était accompagné de représentants des opérateurs économiques, de la Chambre de commerce et d’industrie du Mali, des chambres consulaires, des Ong, des jeunes, des femmes, des personnes handicapées, des chasseurs.

Dans son message, Boureïma Allaye Touré a souhaité que 2007 soit pour le président de la République, et tout le peuple malien « une année de paix, de stabilité, de cohésion et surtout d’unité nationale ».

Les Forces vives de la nation, par la voix de leur porte-parole, ont ensuite remercié le chef de l’État pour les actes concrets posés pour le renforcement de la société civile. Au nombre de ces actes figure la mise en place du programme Appui et renforcement des initiatives des acteurs non étatiques (Ariane) pour 4,5 milliards, du Centre d’études et de renforcement des capacités d’analyses et de plaidoyer (Cercap) pour 1 milliard Fcfa.

PREMIER RAPPORT ALTERNATIF

La société civile salue également « l’exemplarité du Mali en matière de prise en charge des personnes âgées et de gestion concertée avec les partenaires sociaux ». Boureïma Allaye Touré a cependant souhaité, à ce propos, que les accords signés entre le gouvernement et les partenaires sociaux soient réellement respectés. Il s’est félicité du rôle joué par la société civile dans les succès que sont l’admission de notre pays au Millenium challenge account, l’élaboration du Cadre stratégique de la lutte contre la pauvreté, l’élaboration de la Loi d’orientation agricole et le travail effectué par la commission d’attribution des logements sociaux.

La société civile, a expliqué Boureïma Allaye Touré, vient d’élaborer son premier rapport alternatif sur les droits économiques, sociaux et culturels qui sera bientôt remis au président de la République.

Évoquant le développement du secteur productif, le président du Conseil national de la société civile a déploré les difficultés que rencontre l’agriculture familiale, socle de l’autosuffisance alimentaire. Il propose en conséquence le développement des infrastructures agricoles et le lancement de programmes nationaux accordant une place de choix à la promotion des exploitations familiales.

Parlant des difficultés que connaît l’éducation, il a rappelé que 35 % des enfants en âge d’aller à l’école (144 000 enfants) ne sont pas scolarisés. Dans ce lot, les filles sont particulièrement concernées (42 % d’entre elles ne vont pas à l’école). Le président du Cnsc préconise donc de mettre en œuvre les dispositions de la loi d’orientation sur l’éducation relatives à l’obligation et à la gratuité de l’éducation au premier cycle de l’enseignement fondamental et d’appliquer le transfert des compétences et des ressources de l’État aux collectivités en matière d’éducation. Et cela pour prendre en charge les investissements pour l’accroissement de la capacité d’accueil et l’amélioration de la qualité de l’enseignement. Les autres préoccupations dans ce secteur concernent la prise en charge des enseignants des écoles communautaires et l’élaboration et la mise en œuvre des cartes scolaires.

Boureïma Allaye Touré a salué les reformes en cours qui impliquent la société civile et souhaite que celle-ci soit disponible pour aider les forces de sécurité dans la lutte contre l’insécurité. Il a déploré la lenteur enregistrée dans l’adoption des décrets de mise en œuvre de certains volets de la décentralisation. « Les populations rurales et urbaines, malgré les grands espoirs qu’elles ont placés dans la décentralisation, sont de plus en plus sceptiques », relève-t-il, en estimant que « cet élan d’espoir, si l’on y prend garde dans un délai raisonnable, face à la corruption, à l’impunité, à l’injustice, à la mauvaise gestion des affaires publiques, à la violation des droits humains, à l’insécurité et surtout à la précarité grandissante, risque de se transformer en une crise de confiance entre l’État et les citoyens et citoyennes ».

ÉLECTIONS TRANSPARENTES ET PAISIBLES

Le président du Cnsc a souligné que le quinquennat qui s’achève a permis de renforcer le climat de paix, de concorde dont toute nation a besoin pour se développer. Dans le même ordre d’idée, le Conseil souhaite ardemment l’organisation d’élections transparentes et paisibles pour convaincre ceux qui doutent encore de la maturité de notre nation et de la grandeur de notre culture.

Dans cette perspective, « la société civile s’engage à conduire au mieux la Commission électorale nationale indépendante dont elle assure traditionnellement la présidence », a assuré Boureïma Allaye Touré.

En réponse le chef de l’État a exprimé toute sa gratitude aux Forces vives de la nation. Plus qu’une simple rencontre, cette cérémonie, constatera-t-il, est un moment privilégié de communion et d’échanges d’idées. C’est aussi un exercice d’humilité et un devoir de reconnaissance et de gratitude pour les services rendus par ces hommes et ces femmes qui ont tout donné pour le développement de notre pays.

« Nous avons encore besoin de vous, besoin de vos sages conseils et de votre riche expérience acquise dans la vie active », a poursuivi Amadou Toumani Touré, avant d’inviter les responsables de la société civile à faire bénéficier la jeune génération, de ce capital précieux. A cet effet, ils doivent jouer leur rôle de médiateur social afin de consolider les fondements de notre société et inculquer à la jeune génération des valeurs comme le partage, la solidarité, la tolérance et la justice.

A quatre mois des élections présidentielles, Amadou Toumani Touré a jeté un regard rétrospectif sur les actions réalisées durant le quinquennat. « Au cours de mon mandat, j’ai placé au cœur de mon combat, la satisfaction de la demande sociale pour le bien être et l’épanouissement de l’Homme malien », a-t-il rappelé. Au nombre de ces priorités, l’on peut aussi citer l’amélioration du pouvoir d’achat des Maliennes et des Maliens, l’accès à un logement décent, à l’eau potable, à l’électricité, au téléphone, à l’assurance-maladie.

Si d’importants efforts ont été accomplis par l’État, force est de reconnaître, cependant, que l’emploi, surtout celui des jeunes, reste encore au cœur de nos préoccupations, a relevé le chef de l’État en situant là, l’une des principales batailles à mener. Face à ce challenge, le président Touré a décidé de prendre le taureau par les cornes. Il a ainsi annoncé le recrutement de 8.205 jeunes cette année. Ces jeunes seront repartis entre les secteurs de la santé, de l’éducation, de la défense, de la sécurité et de la justice. Des dispositions sont déjà prises pour assurer la prise en charge de ces nouvelles recrues. « Les moyens financiers pour la prise en charge des 8 205 jeunes à recruter dans les prochains mois ont été prévus dans le budget 2007 », a révélé le chef de l’État.

DU TRAVAIL POUR 400.000 JEUNES

Cette vague de recrutements s’inscrit dans un programme quinquennal de création d’emplois, au terme duquel 40 000 jeunes auront du travail par le biais de l’État. Amadou Toumani Touré a, au passage, réagi à des observations faites par les jeunes sur le recul de l’âge de la retraite. « De nombreux jeunes avaient perçu la prolongation de l’âge de la retraite, autre avancée sociale, comme leur exclusion du salariat. Ce programme national de recrutement massif aura, je l’espère, le mérite de les convaincre du contraire », a-t-il souhaité.

Évoquant les élections générales qui se profilent à l’horizon, le président Touré a exhorté les forces vives à promouvoir le civisme et la citoyenneté, pour des élections crédibles, libres, transparentes et démocratiques, avant de les inviter à veiller à la promotion de l’éthique et de la déontologie.

Le chef de l’État a salué la contribution des Maliens de l’extérieur au développement économique et social de notre pays et les a assurés de toute l’attention de l’État : « je veillerai personnellement, partout où vous vous trouverez, à ce que vos droits, votre dignité soient respectés ».

A l’égard du monde sportif, Amadou Toumani Touré a avoué un double sentiment. Autant, il a félicité les sportifs pour les brillants résultats obtenus, autant il a exprimé sa déception pour les quelques ratés que nous avons enregistrés ces temps derniers, notamment dans le domaine du football. La déception est d’autant plus grande qu’elle est enregistrée au niveau des juniors et cadets, deux catégories d’âge dans lesquelles nous étions parmi les meilleurs dans un passé récent, a souligné le chef de l’État.

Il a invité les dirigeants sportifs à se ressaisir. Car nous avons, a-t-il jugé, un réservoir « plein de valeurs réelles capables d’engranger des victoires plus éclatantes encore ». C’est pourquoi, il a prêché entre eux, l’entente, la sérénité et la confiance mutuelle, gages d’un réconfort certain.

Avant de terminer, le chef de l’État a salué les Forces vives pour leur sollicitude à accompagner les efforts de l’État dans l’amélioration des conditions de vie des populations.

Rédacteur(s): A. LAM et A. O. DIALLO pour l’Essor

05 janv 07