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8 MARS: LE COEUR DE TOUTES LES FEMMES BAT A L’UNISSON

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Notre pays célèbre demain la journée internationale de la Femme. Une occasion pour le ministre de la Promotion de la Femme, de l’Enfant et de la Famille, Mme Maïga Sina Damba, de dresser le bilan des activités menées par son département en matière de promotion de la femme et d’évoquer ses attentes.

L’ESSOR : Pourquoi avez-vous choisi cette année le thème « le financement de l’équité du genre et le renforcement du pouvoir économique des femmes«  ?

Mme le ministre : Depuis l’institution de la journée internationale de la Femme, la communauté internationale choisit chaque année un thème qu’elle propose aux pays. Il revient à chacun de ces pays soit de maintenir ce thème proposé, soit de l’adapter à ses réalités ou tout simplement de choisir son propre thème. Dans le cas du Mali, la commission nationale d’organisation que coiffe mon département a opté pour la deuxième formule consistant à adapter le thème aux réalités du pays.

Tandis que la communauté internationale parle du financement de l’équité du genre et du renforcement du pouvoir des femmes, nous avons dit le renforcement du pouvoir économique des femmes. Une stratégie nationale genre étant en cours d’élaboration, nous avons estimé nécessaire de mettre l’accent sur l’équité du genre et le renforcement du pouvoir économique des femmes, compte tenu de certaines difficultés que ces femmes rencontrent.

L’ESSOR : Que représente cette journée pour vous en tant première responsable du ministère de la Promotion de la Femme, de l’Enfant et de la Famille ?

Mme le ministre : Je suis avec mes sœurs dans leur vie de tous les jours, mais le 8 Mars, nos relations sont encore plus fortes. C’est une journée de communion où le cœur de toutes les femmes bat à l’unisson. C’est ce jour que nous mettons à contribution pour non seulement faire le bilan de nos actions en matière de promotion de la femme, mais aussi pour parler de la contribution des femmes à leur propre promotion et de leurs attentes.

C’est ce qui permet sans cesse de se projeter dans les 8 Mars. En tant que femme et en tant que première responsable du département de la Promotion de la Femme, de l’Enfant et de la Famille, mon attachement à cette journée reste très grand.


L’ESSOR
: Quelles sont les actions entreprises par votre département pour l’épanouissement économique des femmes ?

Mme le ministre : Le ministère explore en permanence toutes les pistes favorables à l’épanouissement de la femme. Pour aller vers une certaine autonomie financière, les femmes, munies de projet, sollicitent de façon régulière l’appui du département. Malheureusement le département n’a pas de ressources à cet effet. Sur le budget national la part qui lui est allouée est juste de 0,3%. Néanmoins à travers les programmes et projets nous arrivons à répondre à certaines des aspirations économiques des femmes.

A titre d’exemple, il y a le SYCREF,c’est un programme financé par la BAD dans le cadre d’un accord de prêt signé en 1996 avec le gouvernement du Mali. L’objectif est de faciliter l’accès des femmes au crédit, l’accumuler l’épargne et assurer la formation de base des femmes afin d’améliorer la réussite de leurs activités économiques et de contribuer à l’allègement de la pauvreté. Entre 2000 et 2007, le projet a couvert 150 villages dans cinq régions et 15.714 femmes ont été des bénéficiaires et l’épargne stable des femmes a atteint les 40%.

Le partenariat entre le département, les institutions de microfinance et les ONG dans les régions de Kayes, Koulikoro, Sikasso, Mopti et Gao a permis la mise en œuvre du SYCREF pour le bonheur des femmes. Nous intervenons aussi en faveur des femmes dans le cadre du renforcement de leur pouvoir économique, par l’intermédiaire du Projet karité, par les centres d’auto promotion des femmes, les centres multifonctionnels et bientôt par les Maisons de la Femme et de l’Enfant dont le coup d’envoi des travaux de construction a été donné en décembre dernier par le président de la République Amadou Toumani Touré. L’ensemble de ces structures concourt à l’épanouissement économique de la femme par les opportunités de formation, d’information et d’apprentissage qu’elles offrent.

L’ESSOR : Est-ce que le thème de la journée du 8 Mars a un rapport avec la revendication des femmes pour des quotas sur les listes de candidatures des partis ?

Mme le ministre : Comme je l’ai dit plus haut, le 8 Mars est l’occasion pour les femmes de se projeter dans l’avenir, mais aussi de jeter un coup d’œil rétrospectif pour voir ce qui a fonctionné et ce qui n’a pas fonctionné. Le débat sur le quota a été très houleux, les femmes se sont battues, elles n’ont pas eu gain de cause.

Mais c’est déjà une avancée que d’avoir pu placer le débat à un haut niveau. Le 8 Mars, nous faisons un bilan de toutes nos activités. Au-delà du jour même du 8 Mars, les cérémonies commémoratives de la journée internationale de la Femme s’étalent sur un mois, car nous sommes en partenariat avec les autres départements ministériels, la société civile et les partenaires tels que Orange Mali, la caisse Nyèsigiso, l’UNICEF, le PAREFH2, le FNUAP et surtout l’Union européenne qui à travers un concours de dessin sur l’équité du genre, va contribuer à mieux faire comprendre la problématique par les enfants.

L’ESSOR : Votre mot de la fin ?

Mme le Ministre : C’est l’occasion pour moi de remercier les enfants très sincèrement, de remercier toutes les femmes et toutes les personnes intervenant en faveur des femmes. Je n’oublie pas les médias. Leur accompagnement ne nous a jamais fait défaut.

Propos recueillis
par C. DIALLO


JOURNEE DE LA FEMME : CE QU’IL FAUT RETENIR

Le 8 mars 1910 à Copenhague une confédération internationale de femmes socialistes de tous les pays a décidé de cette journée en vue de réclamer le vote des femmes.

Le 8 mars 1914 les femmes réclament le droit de vote en Allemagne. Elles l’obtiendront le 12 novembre 1918.
Le 23 février 1917 du calendrier grégorien, correspondant au 8 mars dans notre calendrier julien, à Saint Pétersbourg des ouvrières manifestent dans la rue pour réclamer du pain et le retour de leurs maris partis au front.

En 1944 les femmes françaises obtiennent le droit de vote, qu’elles exerceront pour la première fois le 20 avril 1945 lors des élections municipales. Elles ont un siècle de retard sur les hommes qui votent en France depuis 1848. Le droit de se faire élire pour les femmes n’est que très théorique et symbolique en ces années là.

1971 la Suisse accorde le droit de vote aux femmes. Les Nations Unies ont commencé à observer la Journée internationale de la femme le 8 mars 1975.

En France c’est en 1982 que le gouvernement socialiste instaure le caractère officiel de la célébration de la journée de la femme le 8 mars. La journée n’a plus aujourd’hui un caractère protestataire…

Le 8 mars 1986, a fait au Chili l’objet d’une manifestation violemment réprimée. Et le même jour à Washington 100 000 personnes manifestaient contre la volonté des conservateurs de supprimer le droit à l’avortement.

En 1975, les Nations Unies instituent le 8 Mars comme journée internationale de la femme.

Le 8 mars 2001, lancement du site WEB permanent sur la Journée de la femme afin de conserver une trace de tout ce qui s’est dit et fait pour la condition des Femmes.


F. M.


8 MARS 2008 : D’IMPORTANTES INNOVATIONS POUR LE PLAIDOYER

En lieu et place de la traditionnelle cérémonie, un grand défilé sera organisé demain sur le Boulevard de l’Indépendance.

Notre pays à l’instar du reste de la communauté internationale célèbre demain la Journée internationale de la femme. Depuis 1994, le gouvernement en collaboration avec la société civile et les partenaires au développement, commémore cette Journée sous un thème bien défini.

Chez nous, la Journée vise à rendre hommage aux femmes pour le rôle qu’elles jouent dans le processus de développement socio-économique et culturel du pays. C’est également l’occasion de sensibiliser l’opinion nationale et internationale sur la situation des femmes dans le pays et contribuer à l’amélioration de leur statut au sein de la société, en faisant la promotion de l’équité entre homme et femme.

Le thème national retenu cette année est : « le financement de l’équité du genre et le renforcement du pouvoir économique des femmes« . Le choix de ce thème s’explique par le souci des organisateurs de mobiliser toutes les femmes autour des enjeux de leur participation à la vie économique, politique, sociale et culturelle du pays.

Selon la présidente de la commission d’organisation de la Journée, Mme Camara Maïmouna Couliblay, le Mali a souscrit à des engagements internationaux dont l’objectif est de parvenir à une plus grande égalité des droits entre les femmes et les hommes.

Pourtant, estime notre interlocutrice, sur le plan national, le Cadre stratégique pour la croissance et la réduction de la pauvreté (CSCRP) qui est le document de référence de toutes les politiques de développement ne prend pas suffisamment en compte l’équité du genre et le renforcement du pouvoir économique de la femme. Or le renforcement du pouvoir des femmes passe nécessairement par leur autonomie économique.

« On parle beaucoup de la promotion de la femme, mais il y a peu de changement concrets. Voyez par exemple sur le budget d’État, le ministère de la Promotion de la Femme, de l’Enfant et de la Famille n’a que 0,3% pour son fonctionnement« , fait remarquer Mme Camara, justifiant le choix du thème de cette année.

Il est établi qu’en investissant dans le renforcement des capacités des femmes, on fait le pari d’améliorer durablement la situation économique, sociale et politique du pays. C’est pour cette raison que le président de la République a réservé une place importante à la promotion de la femmes, d’abord dans le Projet de développement économique et social (PDES), ensuite dans sa Lettre de cadrage adressée au gouvernement.

Dans la Lettre, il dit en substance ceci : « S’agissant de l’insertion des femmes dans les circuits de production, elle est tributaire du développement des micro-projets générateurs d’auto-emplois. La réalisation de ces micro-projets est elle-même liée à l’existence de structures financières adaptées, les systèmes financiers décentralisés (…) En accompagnant de la promotion économique de la femme, la question de sa participation dans la vie publique et globalement celle de sa situation sociale doivent être prises en compte par le gouvernement« .

Le choix du thème de cette année vise à attirer l’attention des décideurs et des partenaires sur la nécessité du plein épanouissement de la Malienne. Les activités prévues pour la Journée permettront de sensibiliser les responsables des structures de planification sur l’importance et la nécessité du financement de l’équité du genre, et d’informer les organisations et groupements de femmes sur les stratégies à développer pour obtenir le financement des activités économiques.

Pour rompre avec la routine, la commission d’organisation a introduit cette année des innovations importantes. En lieu et place de la traditionnelle cérémonie qui se déroule généralement au Centre international des conférences, un grand défilé sera organisé demain sur le Boulevard de l’Indépendance sous la présidence du chef de l’État, Amadou Toumani Touré. Tous les groupements et associations de femmes y prendront part.

Un dîner-débat était prévu hier à l’hôtel Olympe. En principe, il était présidé par le Premier ministre, Modibo Sidibé qui devrait faire un grand plaidoyer auprès des partenaires techniques et financiers pour la promotion économique de la femme.
La semaine de l’entreprenariat se déroulera le 10 mars à la Cité des enfant, où les différentes associations et groupements de femmes exposeront leur savoir-faire.

C. DIALLO


PROMOTION ECONOMIQUE : LA PREUVE PAR LA MICROFINANCE

femm1.jpgLa microfinance a permis de résoudre le problème de l’accès des femmes aux sources de financement.

Les caisses d’épargne et de crédit contribuent concrètement à l’épanouissement des femmes, surtout en milieu rural.

C’est un truisme que de le dire : le développement du Mali tout comme celui d’autres pays ne se fera pas sans les femmes. Mais encore faudrait-il donner à celles-ci
les moyens techniques et financiers. Cet accompagnement doit se concentrer sur l’éducation, la santé, la formation professionnelle, la promotion politique et financière. En choisissant la promotion économique de la femme comme thème de la Journée mondiale de la femme célébrée demain, le ministère de la Promotion de la Femme, de l’Enfant et de la Famille a vu très juste.

Au Mali, les femmes constituent près de 60 % de la force de production agricole et produisent environ 80 % des denrées alimentaires. Cependant malgré ce poids dans la production, elles ont longtemps été négligées dans le processus de développement. Les pouvoirs publics ont voulu réparer cette injustice en créant un ministère de la Promotion de la Femme, de l’Enfant et de la Famille.

En partenariat avec les projets, ONG et associations, le gouvernement à travers ce département a conçu toute une politique destinée à assurer une meilleure coordination des aides publiques pour la promotion de la femme en général et de la femme rurale en particulier.

La promotion de la microfinance est au coeur de cette politique. Rappelons que les premières caisses d’épargne et de crédit ont vu le jour au milieu des années 1980. Plusieurs expressions sont consacrées pour les qualifier : <<système financier décentralisé>> (SFD), <<institutions de microfinance>> (IMF), <<banques des pauvres>> etc…

La microfinance a permis de résoudre en grande partie le problème majeur que constitue l’accès des femmes aux sources de financement. Dans les villes comme dans les villages, les caisses d’épargne et de crédits se sont imposées en offrant des conditions d’accès au crédit beaucoup plus souples que les institutions financières classiques que sont les banques.


UN IMPACT VISIBLE

L’attribution du prix Nobel de la paix au Bangladais Mohammad Yunus considéré comme le père du micro-crédit est la consécration de cette forme de financement comme meilleure alternative à la lutte contre la pauvreté en général et au niveau des femmes en particulier.

Il est heureux de constater aujourd’hui que les réseaux de caisses d’épargne et de crédit connaissent un franc succès et sont imposés comme un moyen viable de lutte contre la pauvreté. L’on dénombre actuellement une quarantaine d’institutions de microfinance qui se sont regroupées au sein de l’Association des professionnelles des institutions de microfinance du Mali (APIM). Les plus performantes (Kondo Jigima, Piyeli, Nyesigiso, Kafo Jiginew, Djemeni, Soro Yiriwa So, CANEF, pour ne citer que celles-ci) sont parvenues à s’imposer comme interlocutrices incontournable pour tous ceux qui oeuvrent à l’auto-promotion de la femme.

Ibrahim Camara, le directeur exécutif de l’APIM constate que le secteur de la microfinance a fait et continue de faire ses preuves. La couverture géographique du pays par les caisses s’élargit d’année en année. L’encours des dépôts et crédits progresse constamment. «L’impact de la microfinance est visible dans nos villes et villages. Du coup, les femmes se sont aussi investies dans les activités génératrices de revenues. Le sociétariat en milieu rural est passé de 507 000 en 2002 à près d’un million dont 75 % sont des femmes. Aujourd’hui, les institutions de micro-crédit gèrent un portefeuille de plus de 50 milliards de Fcfa.

Au début, les caisses ne prêtaient qu’aux personnes morales. De nombreuses associations féminines se sont donc créées pour pouvoir bénéficier de ces ressources.

Ousmane Traoré, le directeur général de Kondo Jigima estime à ce propos que les femmes, en se constituant en associations et groupements sont devenues plus fortes et peuvent bénéficier à ce titre de crédits plus conséquents.

Mme Awa Sanogo préside un groupement de femmes dénommé «Muso Yiriwa» basé à Sikasso, qui compte plus d’une soixantaine d’adhérentes. L’association a bénéficié d’un prêt 8 millions de Fcfa de la caisse Kondo Jigima. Le financement a été répartis entre les membres de l’association, pour la plupart des commerçantes. Le regroupement a déjà fini de rembourser le prêt et s’apprête à en demander un autre plus important.

Le cas de Oumou Dembélé, membre du regroupement est édifiant. Comme tous les membres de l’association, elle a obtenu un crédit de 150 000 Fcfa de Kondo Jigima. Avec ce fonds certes modeste, Oumou se lança dans le commerce des fruits. Un commerce qu’elle va vite développer. Actuellement, elle possède au grand marché de Sikasso, un magasin de vente d’agrumes et de fruits qu’elle importe de la Côte d’Ivoire voisine. «Je dispose d’un fonds de commerce de plus de 12 millions de Fcfa. C’est moi-même qui ai inscrit tous mes enfants à l’école», témoigne fièrement Oumou Dembélé.

EPARGNE ET EDUCATION

Et son cas n’est pas isolé. Si au départ beaucoup d’opérateurs financiers étaient sceptiques sur le succès de la microfinance avec les femmes, beaucoup ont dû changer de conviction. En conséquence, les institutions de micro-crédit proposent toujours de nouveaux produits, plus flexibles et mieux adaptés aux petits besoins des femmes. La satisfaction de ces besoins, essentiellement d’ordre social, doit être accompagnée par les pouvoirs publics.
Parmi les produits mis à la disposition des femmes, le plus emblématique est le crédit épargne et éducation (CEE). Avec cette forme de crédits, il s’agit d’aider les femmes (surtout rurales), en plus du crédit et de l’épargne, d’accéder à l’éducation et d’initier les activités génératrices de revenus.

Le programme Crédit épargne et éducation est pratiqué dans la plupart des caisses d’épargnes et de crédit. Mais il est appliqué différemment d’une institution à un autre. Mme Guindo Awa Fofana est le chef marketing de Nyesigiso. Selon elle, grâce au crédit épargne et éducation, les femmes perçoivent de plus en plus l’intérêt d’adhérer à une association.

Cela se traduit par exemple par l’élan de solidarité que l’on constate lorsqu’un membre de l’association se retrouve dans une passe difficile. Cette nouvelle donne se manifeste par la spontanéité de l’implication des femmes dans la vie économique et politique de leur circonscription. «À travers l’éducation qu’elle reçoivent, les femmes rurales arrivent à bien gérer leurs activités», explique Mme Guindo Awa Fofana.

Mme Traoré Fatoumata Kéita est le chef du programme des études et formation à Kondo Jigima. À travers le CEE, ce réseau initie des femmes à la savonnerie, à la teinture, au maraîchage, à la couture et autres activités génératrices de revenus. «Le choix de l’activité dépend des besoins et des opportunités dans la localité. À Mopti par exemple, on a appris aux femmes les bonnes techniques de fumage et de séchage du poisson. Les bénéficiaires sont devenues des grandes commerçantes de ce produit», assure Mme Traoré Fatoumata Kéita.

Comme dans d’autres localités où sont implantées les caisses d’épargne et de crédit, les Mopticiennes apprécient l’apport du CEE. Aminata Komata était vendeuse de poisson du bord du fleuve Niger. Elle a bénéficié d’un CEE de la part du Centre d’appui nutritionnel et économique aux femmes (CANEF).

Les caisses, confirme-t-elle, ont été d’un apport précieux dans l’épanouissement des femmes à Mopti. <<J’achetais du poisson pour les revendre au bord du fleuve. Mais depuis j’ai bénéficié de crédit et de formation de la part de la caisse, je fais beaucoup mieux et j’ai même commencé à fréquenter d’autres marchés comme ceux de Macina et San pou vendre du poisson», confie la dame.

LES TAUX D’INTÉRÊT EN CAUSE

Mais si «les banques des pauvres» connaissent un succès franc, tout n’est pas rose. Le principal problème demeure le taux d’intérêt jugé trop élevé. «La gestion de cet argent est difficile et il faut reconnaître que les taux d’intérêt très élevés. Ils sont compris entre 18 % et 25 % », témoigne Aïssata Traoré, une commerçante.

En comparaison avec ceux des banques, les taux des institutions de microfinance paraissent de prime abord trop élevés. Par exemple pour un prêt de 100 000 Fcfa pour un mois, il faut payer 1800 Fcfa comme intérêt. Quand l’obtention du prêt offre des opportunités, le pari est jouable. Mais tel n’est pas toujours le cas. Souvent, les crédits sont contractés pour des dépenses de prestige.
Les responsables des institutions de microfinance estiment que l’on ne doit pas se focaliser sur le niveau des taux d’intérêt, mais plutôt sur la facilité avec laquelle les femmes accèdent au crédit.

Pour Ousmane Traoré, le directeur de Kondo Jigima, les taux d’intérêt sont <<acceptables>> quand l’on tient compte des dépenses que font les institutions de microfinance font pour s’implanter, même dans les coins reculés du pays. «D’une part, le capital des caisses est emprunté en partie à des banques à des taux variant entre 8 % et 10 %. D’autre part, leurs coûts de fonctionnement représentent généralement entre 20 % à 50 % des sommes prêtées. L’octroi de crédits génère des charges fixes comme l’entretien de la clientèle, le suivi des remboursements, la formation des agents et des bénéficiaires. Il faut également savoir que les petits crédits rapportent peu d’intérêt», argumente Ousmane Traoré.

Le directeur de Kondo Jigima souligne que les IMF ont adopté des méthodes novatrices, notamment les prêts à des groupes d’emprunteurs solidaires et la proximité avec les clients. Ces méthodes permettent d’assurer d’excellents taux de remboursement.

Les caisses doivent-elles baisser leurs taux pour répondre à leur vocation sociale ou choisiront-elles de les maintenir dans une logique de rentabilité ? La question reste ouverte. Il faut nécessairement un équilibre entre ces deux options. Mais d’aucuns estiment que l’implication des autorités est nécessaire pour favoriser la baisse des taux d’intérêt.

Selon eux, les pouvoirs publics peuvent subventionner par exemple la création des IMF et aider à leur installation dans les localités reculées du pays.

Quoi qu’il en soit, il est indéniable que les institutions de microfinance contribuent largement à la promotion des femmes (surtout rurales). Et la part de celles-ci à l’économie familiale et locale pourrait être bien plus importante si elles avaient accès sans discrimination aux ressources et services de base (terre, crédit, formation etc.).

Douanes : LES FEMMES OCCUPENT LE TERRAIN
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La brigade féminine forcent l’admiration par leur courage et leur abnégation au travail

Les femmes d’aujourd’hui ne manquent pas de référence grâce aux héroïnes de l’émancipation féminine au Mali. L’Histoire, la grande, distingue ainsi la magistrate Manassa Danioko, les ministres Sy Kadiatou Sow, Diakité Fatoumata N’diaye, les Premières dames Adam Bâ Konaré, Touré Lobbo Traoré ou encore la basketteuse Amchétou Maïga. Il y en a beaucoup, des célèbres, bien entendu, mais aussi (et surtout ?) des « nyéleni » anonyme que l’on croise chaque jour au détour des causeries de femmes.

En effet le mérite des Maliennes dans l’administration d’État ou les compétitions sportives est établi depuis belle lurette. Les femmes ont pris d’assaut et investi le bastion des affaires. Elles excellent actuellement dans tous les domaines de la vie économique, sociale politique de notre pays dans toutes les fonctions, subalternes ou supérieures. Elles font tous les jours leurs preuves dans l’armée, les corps paramilitaires, la police, les douanes. Elles sont affectées à toutes les missions à accomplir au sein de ces corps. Aujourd’hui, les douanières ne restent plus dans les bureaux. Elles sillonnent la brousse pour intercepter les contrebandiers qui tentent de contourner les postes de contrôle.

La surveillance des frontières par les douanes n’est, en effet, plus réservée aux hommes. Les membres de la brigade féminine forcent l’admiration par leur courage et leur abnégation au travail. Dans les bureaux comme sur le terrain, nos sœurs de la douane mettent en pratique la devise propre à ce corps : « Dévouement et loyauté« .

Elles participent activement à la mission première de la douane : la collecte et la perception de tous les droits et taxes relatifs à l’importation et à l’exportation. Leur vigilance s’applique aux marchandises mais aussi à la lutte contre le trafic des stupéfiants, d’armes et d’explosifs, d’espèces animales et végétales.

Longtemps cantonnées dans des tâches d’infirmières, de secrétaires à la direction générale des douanes à Bamako, les femmes sont aujourd’hui présentes aux postes frontaliers. Le travail des douaniers de frontières est difficile. Il faut contrôler les marchandises entrant et sortant du territoire national, affronter les trafiquants parfois armés. Mais le danger ambiant n’entame pas l’enthousiasme de Mme Diallo Awa Kéita, douanière au poste frontalier de Zégoua. Elle s’occupe de la section informatique et travaille comme agent de terrain.

Comme ses collègues masculins, Mme Diallo Awa Kéita effectue aussi des gardes de nuit. « Je suis très à l’aise dans mon travail même la nuit. J’aime mon boulot« , atteste-t-elle. « Le travail de douanier aux frontières exige une grande disponibilité. De jour, comme de nuit, le douanier peut être appelé à la tâche. Il n’y a pas de week-end ici, car le flux des véhicules de marchandises ne s’arrête jamais« , explique Mme Diallo.

« Il faut beaucoup de courage pour travailler aux frontières. L’ouverture d’esprit est nécessaire. Être disponible et aimable. Le travail nous met au contact de personnes de divers horizons, parfois très nerveuses du fait des fatigues accumulées pendant le voyage« , constate-t-elle.

Mme Sangaré Assétou Diakité conforte les déclarations de sa collègue et met le doigt sur la difficulté d’évoluer au quotidien au milieu des gros porteurs. « Ce n’est pas facile. Mais j’ai choisi ce métier et je le fais avec beaucoup d’amour« , assure Assétou qui ajoute que les femmes sont bien à leur place dans les postes frontaliers. « Ici, chaque jour est différent. Le quotidien est meublé de nouvelles rencontres, de nouveaux visages. Nous apprenons beaucoup de la vie dans notre travail de douanière », témoigne-t-elle.

Elles sont ainsi une trentaine de douanières affectées dans la région de Sikasso, dont une dizaine opèrent aux postes frontaliers. Elles sont inspecteurs, contrôleurs, agents de constatation, informaticiennes, secrétaires. Elles sont appréciées par leurs supérieurs et leurs collègues. « Je respecte le courage des trois femmes qui travaillent dans ce poste. Elles exercent correctement les fonctions et les missions qui leur sont confiées», atteste Cheick Amalla Diallo, le chef de bureau de Zégoua.

Tous les voyageurs sur l’axe Bamako-Abidjan constatent le sérieux des douanières à la tâche. Le chauffeur de poids lourds, Amadou Traoré, assure craindre particulièrement les douanières. « Les femmes douanières sont plus rigoureuses que les hommes. Elles n’acceptent jamais de négocier quand elles vous prennent en faute« , commente le routier.

Ces douanières sont aussi des épouses et des mères de famille. Mais le débat sur la gestion de leur quotidien est loin d’être épuisé. Comme leurs sœurs d’autres secteurs, elles ont des difficultés liées aux pesanteurs sociales et culturelles.

La tradition n’a, en effet, longtemps envisagé que la femme au foyer, obéissant sans murmure à ses parents, à son époux. La coutume persiste mais le monde et les gens changent sans que cette évolution soit suffisamment prise en compte. Ainsi chez les Soninkés, commente Adama Sylla, chauffeur de citerne, la femme est maintenue à la maison. Quel que soit son travail, la femme ne doit pas rester en dehors du foyer au-delà d’une certaine heure.

Elle doit être présente à l’approche du crépuscule pour s’occuper de son mari, de ses enfants. « Ma femme ne sera jamais douanière. Les douanières sont trop exposées aux regards des hommes. Elles n’ont pas le temps de s’occuper de la famille« , soutient ainsi ce vieux chauffeur.

Du fait de leur métier qui les met quotidiennement en contact avec des hommes supposés riches, les douanières sont victimes de nombre de préjugés. Mais elles n’accordent pas d’importance aux sous-entendus et s’efforcent de concilier, du mieux possible, vie de famille et vie professionnelle.

Mme Diallo Awa Kéita a su mettre en harmonie sa vie d’épouse, de mère et son travail de douanière à la frontière. Elle est à Zégoua depuis huit ans. « Mon mari m’aide beaucoup parce qu’il est douanier lui aussi. Mais je pense qu’il faut savoir organiser sa vie conjugale« , conseille-t-elle. « Les jours de garde, nous travaillons 24 heures d’affilée. Mais cela ne m’empêche pas d’organiser ma vie familiale de manière agréable« , assure cette maîtresse de maison avisée.

La collègue de Assétou n’a pas la chance d’être avec son mari à Zégoua. Elle travaille ici depuis deux ans tandis que son époux est à Bamako. Pendant les week-ends, le couple se retrouve à Bamako ou à Zégoua, explique la jeune dame qui loue la disponibilité de son époux et la compréhension de sa belle-famille qui a accepté qu’elle travaille à plus de 500 km de son mari.

Doussou DJIRÉ


FEMME ET POLITIQUE : LE QUOTA À LA PEINE

Après le rejet du projet de loi qui entendait imposer un minimum de candidates, les partis politiques assurent vouloir du bien aux femmes mais…

Un certain déficit démocratique persiste dans notre pays du fait de la sous-représentation des femmes dans la vie publique et politique. Les femmes restent peu nombreuses aux postes de responsabilité aussi dans les partis que dans les instances d’expression démocratique. Afin de remédier à cette situation, un projet de loi avait été déposé sur la table de l’Assemblée nationale en 2006. Mais il a été rejeté. Le texte proposé imposait un pourcentage de 30% de femmes sur chaque liste de candidatures pour garantir leur présence dans la représentation nationale et un accès élargi au mandat politique.

Même si la proposition a été rejetée par les parlementaires, la nécessité d’obtenir une plus grande représentativité des femmes au niveau de la prise de décision, est rarement contestée. Qu’envisagent les partis politiques pour parvenir à une plus large expression des femmes ? Quel rôle les partis politiques doivent-ils jouent pour faire adopter une telle loi ? Autant des questions examinées par des responsables politiques et d’associations.

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Pour Mme Mariko Korotoumou Thera, première secrétaire à l’organisation du bureau exécutif national de la Solidarité africaine pour la démocratie et l’intégration (SADI), la problématique de la représentativité des femmes pour les postes de candidature aux élections peut et doit trouver sa solution. « D’une part les femmes politiques doivent refuser le rôle de figurante qu’on leur attribue et dans lequel elles se complaisent. D’autre part, ce problème peut être résolu par une prise de position en faveur de l’équité du genre par les directions des partis politiques qui ont leur mot à dire sur la constitution des listes de candidature« , explique la responsable de SADI.

Pour une démocratie inclusive et intégrale, notre interlocutrice pense qu’il faut aborder cette problématique comme un enjeu de développement économique impliquant les décideurs et responsables politiques. « Il n’y a pas de démarcation mécanique entre hommes et femmes. De ce fait, les femmes doivent occuper la place qui leur revient et non attendre qu’on la leur donne. Tout dépendra de la valeur intrinsèque des uns et des autres« , ajoute Mme Mariko qui assure que son parti encourage les femmes. Lors de la constitution des listes de candidature, les femmes engagées bénéficient de l’appui aussi bien moral que financier de la direction du parti.


CHASSER LES PESANTEURS SOCIALES

« Mon parti est ouvert à toutes les mesures favorisant la participation réelle et totale de la femme à tous les niveaux de la vie politique, économique, sociale et culturelle de notre pays« , développe Modibo Camara, le secrétaire à la communication du bureau exécutif national de l’URD. Il préconise que la problématique soit inscrite dans une dynamique collective, consensuelle qui passe par le renforcement des capacités de la femme. Il faut surtout chercher à chasser les pesanteurs sociales qui empêchent la femme de militer activement.

Son parti, assure-t-il, est tout à fait d’accord pour la promotion de la femme en politique. Ainsi l’URD a mis en place un mouvement de femmes, ces femmes participent activement à la vie du parti et occupent des places importantes dans le bureau exécutif national. L’URD est favorable au principe du quota mais accompagné d’une large concertation. Pour une plus large participation de la femme aux institutions républicaines, l’URD prône la formation et la sensibilisation de ses militantes.

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Fanta Mantchini Diarra, député du CNID Faso Yiriwa Ton à l’Assemblée nationale et première vice-présidente du parti, place la question à trois niveaux : politique, économique et social. « Pour venir à bout de ce fléau, il faut beaucoup de sensibilisation« , pense-t-elle. Dans son parti, le principe du quota n’a jamais posé problème. Au contraire, les candidatures féminines sont très encouragées. Notre interlocutrice indique ainsi qu’aux législatives passées, le parti a formellement instruit à ses structures de prendre des femmes et des jeunes sur les listes. En dehors de cette consigne, les femmes ne paient que 50% des frais de candidature.

L’objectif du CNID, selon sa première vice-présidente, est d’atteindre les 30% de femmes sur ses listes lors des prochaines élections. Fanta Mantchini Diarra est optimiste sur la possibilité de faire adopter une loi sur les quotas de femmes mais, relève-t-elle, il faut une volonté commune au niveau des partis. Son appel aux femmes de prendre conscience de leur force, de leur poids électoral, participe de cette logique.

Le Dr Modibo Soumaré préside le Mouvement de réflexion et d’action pour le développement (MARD). De son point de vue, la question du quota peut, dans une certaine mesure, être solutionnée. « On ne doit pas faire de calcul systématique. C’est-à-dire qu’il n’y a pas 30% des femmes qui sont instruites. De ce fait, même si on leur accordait cette faveur elles ne pourront pas occuper toutes ces places. Il y a certes de la discrimination, mais je crois qu’on peut trouver la solution sans cette loi« , pense-t-il.

Pour lui, les partis politiques peuvent contribuer à une large participation des femmes. Modibo Soumaré, défavorable à une loi sur le quota des femmes, est cependant convaincu qu’on doit permettre aux femmes d’être beaucoup plus représentées à la fois dans la politique et dans les institutions républicaines pour sortir de leur rôle « d’applaudimètre« .

Le constat est clair. Tous les partis sont favorables à une meilleure représentativité des femmes dans les instances de décision mais tous ne sont pas prêts à leur accorder un quota. Malheureusement la liste des propositions alternatives ne brille guère par sa diversité, encore moins par son côté pratique et concret.

Mariam A. TRAORÉ


BAMAKO : LES « MERES COURAGE » DU MARAICHAGE

maraichage.jpgAu-delà des villages et campagnes, le maraîchages s’est considérablement développé dans la capitale.
Grâce à cette activité, nombre de femmes souvent sans soutien, arrivent à se prendre en charge

Le maraîchage est l’une des activités dans lesquelles les femmes sont très présentes. Dans les villages et campagnes du Mali, cette activité est généralement réservée
à la gent féminine. Nos soeurs contribuent ainsi à l’économie familiale en fournissant les condiments. Le maraîchage constitue également une importante source de revenus pour celles qui le pratiquent.

Comme culture de rente, le maraîchage se pratique en période d’hivernage et pendant la saison sèche. L’exploitation dans la durée des parcelles explique la disponibilité en permanence des produits maraîchers pour les consommateurs. La gamme de culture inclut l’oignon, l’aubergine, la tomate, le piment, la betterave, le gombo, la laitue, le poivron, la carotte.

Mais au -delà des villages et campagnes, le maraîchage s’est beaucoup développé dans la capitale, comme par exemple dans la zone ACI 2000 et à Djicoroni-Para. En arrivant sur les lieux, la première chose qui capte l’attention est la verdure. Les parcelles occupées par les plants s’étendent à perte de vue.

Les dames qui font du maraîchage dans ces zones sont pour la plupart, des femmes au foyer qui ont des enfants à leur charge. Elles pratiquent cette activité pour pouvoir subvenir aux charges familiales et avoir de quoi payer les frais de scolarité et les fournitures scolaires de leurs progénitures.

Mamou Kéïta est mariée et mère de six enfants dont deux filles. Elle pratique le maraîchage depuis une décennie. « Avant, je ne faisais rien. J’avais du mal à joindre les deux bouts avec des enfants à ma charge. J’ai alors décidé de faire quelque chose pour subvenir à mes besoins. Et la première chose qui m’est venue à l’idée a été le maraîchage« , explique-t-elle.

La mère de famille sortira de la détresse en cultivant des légumes sur un terrain vague. En un rien de temps, la brave Mamou améliorera sa situation financière. Elle est ainsi parvenue à constituer le trousseaux de mariage de ces deux filles. Sans compter diverses réalisations.

La parcelle de cette femme d’origine rurale est sise à l’ACI 2000. Mamou y cultive de l’oignon, de la menthe, des épinards, du piment, de la betterave. L’entreprenante dame pratique son activité sur une parcelle généreusement mise à sa disposition par une connaissance.

La situation est différente pour Fatoumata Samaké et Dado Coulibaly, deux maraîchères de Djicoroni-Para. Ces dames déboursent respectivement 20 000 Fcfa par an et 5000 Fcfa par semestre pour la location des parcelles qu’elles occupent. Cette caution ne les découragent pas puisqu’elles arrivent à tirer leur épingle du jeu. Depuis cinq ans Fatoumata Samaké tire la majeure partie de ses revenues du maraîchage.

Une partie des recettes générées par les produits vendus au marché du quartier est remise à l’époux pour le soulager dans les charges quotidiennes du foyer. Fatoumata Samaké cultive essentiellement de la salade dont une planche peut lui rapporter de 750 à 1000 Fcfa selon la saison. Elle cultive aussi de la tomate, de l’épinard et des carottes.

Sa voisine Dado Coulibaly, reconnaît que le maraîchage lui procure assez d’argent. La courageuse Dado explique que grâce à cette activité, elle s’est libérée de la spirale infernale des dettes qu’elle parvenait avec peine à honorer. Elle arrive même maintenant à épargner de l’argent. Comme Fatoumata Samaké, elle produit dans son jardin potager de la patate douce, de la céleri, de la salade, de la ciboulette, de la menthe.

De quel appui bénéficient ces maraîchère urbaines ? Malheureusement, il semblent qu’elles n’en ont point. La plupart ignorent d’ailleurs l’existence des structures qui appuient la promotion des femmes.

Cet handicap est reconnu par Ismaël Coulibaly, directeur de l’Union nationale des coopératives des planteurs et maraîchers du Mali. Il dirige un regroupement de 15 coopératives dont trois coopératives de femmes : la Coopérative féminine de Kabala (COFEKA), la Coopérative féminine de Kénédougou (COFEKE) à Sikasso, et la Coopérative féminine de Mopti (KPFEMO).

L’Union nationale des coopératives des planteurs et maraîchers travaille à la promotion du secteur maraîcher. Elle organise souvent des séances de formation ciblées à l’endroit de ses adhérents pour renforcer leurs connaissances dans leur domaine d’activité. Elle vient en appui aux maraîchères regroupées en coopérative en leur livrant des semences.

Ismaël Coulibaly envisage d’étendre le réseau. Il recherche actuellement des partenaires pour mettre des parcelles à la disposition des maraîchers. Mais au regard de la pression foncière, ce projet ne pourra se réaliser qu’en dehors de Bamako où les terrains vagues et les parcelles non bâties disparaissent vite du fait du dynamisme du secteur des BTP.


Aïssata Traoré



MME TOURE DIARIATOU KAMARA : UNE ENSEIGNANTE DANS L’ÂME


Engagée contre l’analphabétisme, militante de la pédagogie convergente, Mme Touré se satisfait pleinement du sentiment du devoir accompli

« Dans la vie, il n’y a pas de sot métier, mais de sottes gens« , dit un adage bien connu. Mme Touré Diariatou Kamara a-t-elle pensé à cet adage en s’engageant dans l’enseignement ? Peut-être pas car pour cette éducatrice, l’enseignement est le plus beau et le plus noble métier du monde.

Dès son enfance, elle avait été émerveillée par l’érudition de son frère, aîné, enseignant de son état. Cet homme cultivé répondait à toutes les questions que sa cadette posait sur l’école et la vie. En grandissant, la fillette conserva ce penchant pour l’enseignement.

Notre institutrice est issue d’une famille modeste. Mariée et mère de 9 enfants, Mme Touré Diariatou Kamara a, aujourd’hui, 58 ans. Une bonne hygiène de vie lui permet de garder la forme et de faire beaucoup moins que son âge. Épouse modèle, teint noir, taille moyenne, elle est restée mince. Elle a aussi le verbe facile et parle posément et avec conviction.

Le parcours de cette femme courageuse, dynamique et entreprenante mérite d’être conté. Après avoir obtenu, le Diplôme d’études fondamentales (DEF) en 1970, Diariatou Kamara est orientée à l’Institut pédagogique (IPEG) d’où elle sortira avec un diplôme d’institutrice en 1972. Elle est alors mutée à Bamako.

La vie dans la capitale ne l’attirant pas particulièrement, elle chercha une autre affectation. « Je n’avais jamais voyagé. Je voulais aller là, où il n’y avait pas de goudron. C’était donc une occasion de découvrir les réalités du pays profond« , explique-t-elle.

Elle alla ainsi s’installer à Bourem de sa propre initiative. Notre « nyéléni » fut ainsi la seule institutrice de Bourem de 1972 à 1974. Mais elle se lassa des vents de sable qui balaient constamment cette partie du pays et redescendit vers le sud en 1974. Elle enseigna alors à N’Golobougou, village situé entre Dioïla et Massigui.

A son arrivée à son nouveau poste, elle constata avec amertume que ses collègues ne parlaient pas tous le même langage. Diariatou parvint à les regrouper. Elle faisait la cuisine, tous les enseignants mangeaient chez elle. En dehors des heures de classe, elle initiait les filles au basket-ball.

En 1979, elle servira à Nara avant d’être affectée à Sidoba, non loin de Bougouni. Durant 5 ans, Diariatou Kamara a notablement contribué dans ce village, à la scolarisation des enfants, surtout celle des filles. Dans cette localité, les parents d’élèves ne voulaient pas que leurs enfants surtout les filles, aillent à l’école.

Certains tentaient de la soudoyer pour faire renvoyer leurs filles de l’école. Sa conviction et son amour du métier l’ont aidée à trouver des arguments propres à persuader les parents de lui confier l’avenir de leur progéniture. Elle a ainsi permis à de nombreuses filles d’échapper à l’analphabétisme.

LE « SOUBASSEMENT » DU CLASSIQUE :

Dans ce lot : Saran Camara. La petite fille avait perdu sa mère. Son père qui s’était remarié, voulait la garder à la maison pour s’occuper de sa demi-sœur. Très souvent, le papa venait voir Mme Touré les bras chargés de petits cadeaux dans le but de la convaincre de renvoyer sa fille de l’école.

Il insistait en suppliant l’institutrice. Celle-ci réagissait en douceur, lui expliquant les avantages de l’instruction. Finalement le père céda et le temps viendra quand tout le monde sera heureux d’avoir laissé Saran à l’école. Saran a passé le DEF et fait aujourd’hui la fierté de son père.

Hamidou Kouyaté a eu un destin presque similaire. Ce garçon a perdu très tôt sa mère. Chaque jour, en 1986, il se postait à la fenêtre de la classe de Mme Touré à l’école de la Base A au camp militaire. L’institutrice finit par le remarquer. Elle le questionna sur ses parents et le motif de sa présence quotidienne.

Le garçon répondit franchement et accepta de suivre les cours dans la classe et non plus de la fenêtre. L’éducatrice lui demanda d’apporter son acte de naissance le lendemain. L’inscription était close mais Mme Touré parvint discrètement à porter « son ami » sur la liste de ses élèves.

Il lui acheta des fournitures scolaires. Le garçon doué, lui a donné raison en effectuant un parcours scolaire (de la 1ère année au Bac) sans redoubler de classe. « Le jour où, il a obtenu le baccalauréat j’ai pleuré » se souvient-elle. Actuellement Hamidou Kouyaté étudie le droit à la Faculté des sciences juridiques et politiques de Bamako.

Mme Touré Diariatou est fier de ce garçon et espère qu’un jour, son protégé s’occupera à son tour d’un enfant. « Si chaque enseignant essaie d’inscrire un enfant de la rue à l’école, beaucoup seront scolarisés. Le taux de scolarisation s’améliorera nettement« , propose l’institutrice.

Mme Touré Diariatou Kamara est heureuse d’avoir travaillé dans une filière spéciale associant le bambara et le français : la pédagogie convergente. Elle a formé des élèves qui sont devenus à leur tour des maîtres. Certains d’entre eux enseignent actuellement aux côtés de leur formatrice, au groupe scolaire Mamadou Konaté.

Mme Touré croit aux vertus de la pédagogie convergente et pense que la méthode ne doit pas être abandonnée. C’est le « soubassement » du classique, soutient-elle. Lorsqu’elle a commencé à enseigner la langue bambara, elle s’est rendue compte que l’enseignement classique pouvait être assimilé à du travail forcé.

Dans la pédagogie convergente, l’enfant sait déjà tout ce que le maître dit. Il a passé le préscolaire à la maison où, la maman lui apprend les rudiments de la vie pratique jusqu’à l’âge de 5 ans, explique l’institutrice. L’essentiel est de savoir enseigner.

Autrement dit la méthodologie compte beaucoup, ajoute-t-elle en suggérant aux autorités d’ouvrir des ateliers de couture et de teinture pour maintenir les filles à l’école.

« PERSONNE N’EST TROP ÂGÉ… » :

La perfection n’étant malheureusement pas de ce monde, notre enseignante a aussi vécu des épreuves durant son parcours professionnel. En 1979, son mari -enseignant lui aussi- a été affecté à Nara suite à un malentendu avec son directeur d’école.

Les conjoints furent envoyés dans le Sahel occidental mais pas leurs salaires. Leurs paies ont été ainsi suspendues pendant 15 mois et aucun rappel n’a été fait ce jour.

Les collègues de Mme Touré Diariatou Kamara apprécient son travail. Le conseiller pédagogique au CAP de Bamako-Coura, Amouyon Dolo, salue en elle l’une des pionnières de la pédagogie convergente. C’est une enseignante consciencieuse et respectueuse, qui aime son métier et les enfants, témoigne-t-il.

Siaka Coulibaly, ancien directeur adjoint de la Base A, l’a côtoyée de 1986 à 1989. Elle figurait alors parmi les meilleurs maîtres d’école et s’acquittait régulièrement de sa tâche, se souvient-il. « Au delà du service, j’ai entretenu de très bons rapports avec elle et sa famille« , ajoute Siaka Coulibaly.

Un jugement positif confirmé par Lassana Bérété, le directeur de l’école Mamadou Konaté B où Diariatou Kamara sert actuellement avec une grande implication dans toutes les innovations pédagogiques grâce à son expérience et son assiduité.

Engagée contre l’analphabétisme, militante de la pédagogie convergente, Mme Touré ambitionne de rassembler les ménagères de son quartier qui n’ont jamais été à l’école, pour leur faire découvrir cette méthode. Elle entend ainsi mettre en pratique le dicton de chez nous qui assure que « personne n’est trop âgé pour aller sur les bancs et apprendre ».

Si cette enseignante dans l’âme se satisfait pleinement du sentiment du devoir accompli, les pouvoirs publics et la société ont d’autres moyens de lui exprimer leur reconnaissance. Et de faire méritoirement sortir cette « Nyéleni » de l’anonymat.

C. DIALLO
– L’Essor

07 Mars 2008.