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Il nous est donné un sauveur, un messie : le général Amadou Toumani Touré. Il en est convaincu : le Mali lui fera toujours appel.
Comme à chaque année, le président ATT, dans le cadre de la « commémoration » de son investiture, le 8 juin, occupe le devant de la scène médiatique depuis un certain temps. Cela a commencé par les traditionnels reportages de l’ORTM sur les « réalisations » et les « grands chantiers », reportages, bien entendus à l’eau de rose, tout étant beau dans le meilleur des mondes ! C’est Alice au pays des merveilles ! Mais dans une version franchement bâclée.

Ensuite, nous avons eu le « Baro », tout aussi traditionnel et sur lequel nous ne nous attarderons pas, vu qu’il s’agissait vraiment de « baro », c’est-à-dire une causerie de « grin » où chacun se donne le beau rôle, fait et défait le monde, avec pour soi le meilleur rôle ! On aurait pu changer l’intitulé en « wolofo baro » que le contenu répondrait mieux à l’appellation. Trois « intervieweurs » formés à l’école de la complaisance et de la flatterie servile assuraient le service.

La série a continué le 8 juin avec la traditionnelle conférence de presse, une conférence de presse, un calvaire pour tous ceux qui étaient obligés de se taper les plus de deux heures chrono de ce face-à-face.
Auparavant, sur une radio étrangère, il disait en substance : « Personne n’est jamais venue me demander si je dois rester ou partir. Je pense que c’est un problème qui me concerne moi-même et c’est moi qui doit réfléchir. Il ne faut pas oublier que je sais partir ! »

Éternel recours ?

Ce que l’on peut faire comme remarque au premier coup, c’est que ATT n’a jamais reconnu de mérite à un autre avant lui : il a ouvertement affirmé à plusieurs reprises que jamais président de la République n’a accompli ce qu’il a fait, au point de donner son nom à des cités pour la vie éternelle. Il a donc bâti des cités, construit des écoles, des hôpitaux, fait des routes, des ponts… et trois mandats ! En effet le général a dit qu’il a déjà fait 3 mandats, la question ne se pose donc pas par rapport à lui.

Sans fausse modestie, ATT, à défaut d’avoir été « notre père de la nation », s’érige en messie. En effet, en dehors de lui-même, il ne voit pas qui peut sauver le pays. Pis, ATT a dit sur la radio en question qu’il votera en 2012 pour celui qu’il n’aime pas !

Qui aimerait céder son bien à une personne qu’il n’aime pas ? Qui donnerait en héritage ce qu’il aime à une personne qui ne compte pas à ses yeux ? Cette phrase peut-elle nous guider sur la place du Mali dans le cœur de notre président adoré, ou doit-on le prendre comme un autre « bè b’i ba bolo » ?

Sur le sujet, les analyses varient, car pour nombre de personnes, le général veut rester le messie, céder à quelqu’un qu’il n’aime pas de sorte qu’il soit toujours le « recours », le Rawlings du Mali, avec la différence que dans son cas, les choses seraient bien calculées et planifiées. Pour les autres, à défaut de rester directement pour un 4e mandat, il voudrait s’aménager les conditions d’un aller-retour.
Que Dieu nous garde notre président !

Alexis Kalambry

11 Juin 2010.