Partager

Baisse de la production, difficulté de la circulation des oeuvres audiovisuelles, disparition des films africains des salles et sur les écrans, régression du parc de salles cinématographiques, absence de véritable marché national ou régional pour les productions africaines, absence de politique hardie et dépendance des financements extérieurs à environ 90%, sont autant de maux du cinéma africain.

A la faveur de la 5ème édition de la semaine nationale du film africain de Bamako (SENAFAB), une cinquantaine de professionnels venus des pays de la sous région ont ouvert la réflexion sur la résolution de ces problèmes qui minent le 7ème art ouest-africain.

Pour la cinquième édition de la SENAFAB, le Centre national de la cinématographie du Mali (CNCM) a joint l’utile à l’agréable. En marge de projections de films déjà primés au Festival panafricain de Ouagadougou, la direction du CNCM a convié une cinquantaine de professionnels, en atelier à Bamako autour du thème: “Problématique de la production cinématographique et audiovisuelle: une approche sous régionale”.

Pour Sidi Diabaté, chef de division scénario au CNCM et Président de la commission d’organisation de la 5ème édition de la SENAFAB, l’atelier a pour objectif de dégager des pistes pour revitaliser la production, la formation, la promotion et la mise en marché des productions audiovisuelles et cinématographiques par le biais de l’approche sous régionale.

Selon lui, le moment est arrivé pour que les États de la sous région se donnent la main pour la résolution des problèmes qui empêchent le cinéma de l’Afrique de l’ouest à prendre son envol.

Dans un document produit à la faveur de la 5ème édition de la SENAFAB, les experts du CNCM ont clairement indiqué que le paysage cinématographique et audiovisuel des pays africains au sud du Sahara, en particulier de l’Afrique de l’ouest, est caractérisé par une hégémonie d’images venues d’ailleurs, notamment de l’Europe et de l’Amérique du Nord et du Sud. Ils ont estimé que la domination écrasante de ces images européennes et américaines dans la consommation de films et de programmes cinématographiques et vidéographiques des populations africaines, pèse lourdement sur le développement culturel et socio-économique de l’Afrique au sud du Sahara.

Ce phénomène nous réduit à de simples consommateurs unilatéraux d’images, qui sont censés véhiculer des modes de penser et d’agir exogènes et, qui chassent et remplacent progressivement et inexorablement nos propres valeurs culturelles”, a déclaré Sidi Diabaté.

Avant de se demander le type de citoyen que nous ferons de nos enfants, si l’on doit les gaver quotidiennement d’images et sons venant d’ailleurs, d’autres cultures et d’autres horizons. Mais, les techniciens du CNCM sont convaincus que la conjoncture n’est pas seulement culturelle, mais aussi économique.

Selon eux, la production et la diffusion d’images constituent l’un des secteurs les plus dynamiques de la croissance mondiale, du fait d’une augmentation constante de la consommation des populations. Ils ont estimé que faute d’un minimum d’organisation des marchés nationaux et régionaux, d’une politique incitative et d’une offre conséquente de programmes télévisuels et de films africains, cette croissance va au profit des images étrangères importées.

En visionnaires, les spécialistes maliens des questions de cinéma pensent que l’absence d’initiative risque de condamner la majorité des pays africains au sud du Sahara à produire une part sans cesse plus restreinte des images consommées par leurs populations, alors que les potentialités artistiques et même techniques de produire des images africaines en qualité et en quantité, pour les africains et le reste du monde, ne sont pas négligeables.

Et pour l’émergence et le développement d’une production d’images significative, les experts du CNCM ont proposé l’engagement suivi et durable de l’État ou de la région par le biais d’une volonté politique clairement exprimée et d’un plan d’actions fort, en termes de réglementation et de contribution financière.

Pour ce faire, ils souhaitent l’initiation d’actions destinées à la restructuration du secteur et à la mise en place de mécanismes de financement appropriés, afin de soutenir le développement de l’industrie audiovisuelle et cinématographique.

Assane Koné

Le Républicain du 02 Avril 2008.