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C’est pourtant à cet exercice exaltant que les dirigeants africains étaient invités la semaine dernière par le Guide de la Jamahiriya arabe libyenne. Le président de la Commission de l’UA, Alpha Oumar Konaré, en a profité pour encore asséner ses vérités à l’auguste assemblée.

La Déclaration de Syrte marque le point de départ de la naissance de l’Union africaine sur les cendres de l’Organisation de l’unité africaine (OUA), créée le 25 mai 1963 à Addis-Abeba (Ethiopie).

Sept ans après cette naissance, de nombreuses personnalités politiques ainsi que des responsables d’institutions et de la société civile d’Afrique et du monde arabe étaient invités dans la ville libyenne de Syrte pour évaluer le chemin parcouru.

Cette initiative du Guide de la Révolution libyenne, Muammar El Kadhafi, visait avant tout à attiser la flamme du panafricanisme. Il s’agissait aussi de faire le tour d’horizon des problèmes brûlants du continent, notamment les conflits, les problèmes de développement et la lutte contre le VIH/Sida.

En terme de bilan, on peut dire que l’UA, à travers Alpha Oumar Konaré, a pesé de tout son poids pour que l’Afrique soit prise en considération dans le concert des nations. Et il a été efficacement soutenu par les présidents Abdelaziz Bouteflika (Algérie) et Thabo Mbeki (Afrique du Sud) qui ont réussi à placer le continent sur le grand échiquier politique et financier international.

Les décisions du sommet de Gleeneagles (Ecosse, du 6 au 8 juillet 2005) témoignent de la réussite de la démarche de l’UA et de la consistance du programme de développement du Nepad.

L’un des acquis les plus significatifs réalisés par l’UA est incontestablement la réduction de la dette des Pays pauvres très endettés (PPTE) envers la Banque mondiale, le Fonds monétaire international et la Banque africaine de développement.

Un combat gagné avec l’engagement du Forum social africain et mondial. Devant le sérieux de la démarche africaine contenu dans son programme du Nepad, le G8 est convenu de doubler l’aide à l’Afrique d’ici à 2010 et qui, selon l’OCDE, sera d’environ 25 milliards de dollars.

Ce soutien accru à l’Afrique est en même temps une victoire et un échec pour le continent. En réalité, l’un des objectifs visés par l’intégration à travers l’Union africaine est de permettre au continent de s’imposer sur la scène internationale par ses propres forces.

Aucun pays, aucun continent ne peut réellement peser dans les relations internationales en étant dépendant de l’aide extérieure. Mais, aujourd’hui, l’Union a du mal à décoller comme l’a maintes fois déploré le président de sa Commission.

Elle a du mal à décoller parce que la majorité des dirigeants ne font rien pour qu’elle atteigne ses ambitions politiques. Comme d’habitude, à Syrte les discours étaient cousus d’ambiguïtés et de paradoxes.

Le paradoxe des discours

Le président du Soudan, Oumar El Béchir, a une fois de plus réitéré son opposition au déploiement des Casques bleus de l’ONU en lieu et place des forces de maintien de la paix de l’UA actuellement présentes au Darfour.

Et il a vivement dénoncé ce qu’il considère comme une « ingérence » des Nations unies dans les affaires intérieures de son pays. Il a bien raison de relever que l’UA, s’est bien occupée du dossier en arrachant un accord de paix entre le gouvernement soudanais et les mouvements armés. Mais, à quel prix ? Il ne le dit pas.

Cependant, Konaré n’a pas manqué de le lui rappeler.
Le maintien des forces de l’UA au Darfour, a expliqué le président de la Commission, dépend de la disponibilité des ressources financières. « L’entretien de nos forces au Darfour nous coûte environ 12 milliards de F CFA par mois. Les cotisations des Etats membres tombent difficilement. C’est ainsi que 80 % de ces financements et les moyens logistiques (carburant et véhicules) viennent de l’extérieur du continent », a souligné Alpha.

Alors comment éviter une ingérence extérieure dans la résolution des conflits sur le continent alors que nos Etats ne font aucun effort pour s’acquitter de leurs cotisations ? Ce n’est pas un paradoxe, mais une utopie.

La leçon d’Alpha comprise ?

Le Tchadien Idriss Déby est apparemment l’un des dirigeants qui a compris la « sortie » d’Alpha Oumar Konaré à Banjul, à l’occasion du dernier sommet de l’UA. C’est l’impression qu’il a donnée à Syrte en prononçant un discours très panafricaniste.

Il se dit fatigué de tous ces conflits qui ensanglantent le continent, singulièrement le Tchad. « Le Tchad a trop souffert de la guerre. Mon pays a maintenant besoin de la paix », a plaidé Déby. Son souhait est que les Etats africains arrêtent de jouer à la déstabilisation de leurs voisins. Une allusion à peine voilée au rôle que ne cessent de jouer Khartoum et surtout Tripoli dans le drame tchadien.

Mais, en la matière, le Tchadien doit aussi donner le bon exemple en faisant confiance à l’UA pour régler ses problèmes avec le Soudan. Ce que Idriss Déby ne dit pas, c’est qu’il y a une large part de la mauvaise gouvernance dans les conflits qui ensanglantent les pays comme le sien.

Tant que des dirigeants comme lui vont continuer à se cramponner au pouvoir, en modifiant les constitutions en fonction de leurs desseins politiques et en confisquant des ressources au profit de leurs clans, leurs pays ne seront jamais à l’abri des soubresauts politiques conduisant facilement à une insurrection armée.

Et là où nous sommes parfaitement d’accord avec Déby, c’est quand il reconnaît que « aucun pays du continent ne se sauvera sans les autres ». Autant alors rapidement passer de l’Union africaine aux Etats Unis d’Afrique.

En effet, comme le disait Alpha Oumar à Banjul, c’est seulement par l’intégration politique et économique que notre continent pourra répondre aux aspirations de ses peuples. Malheureusement, ses anciens pairs le prennent encore pour un rêveur.

Lors du dernier sommet de l’UA, en juin dernier à Banjul, des dinosaures comme Omar Bongo Ondimba n’ont pas hésité à lui reprocher d’aller vite en besogne en leur imposant un rythme en contradiction avec leurs ambitions personnelles. C’est ainsi que la Charte pour la démocratie et la bonne gouvernance d’Alpha a été enterrée.

Il est donc regrettable que nos décideurs, lors des fora internationaux, continuent de réaffirmer leur attachement à l’Union africaine, qu’ils considèrent comme le seul instrument capable de sortir le continent des impasses actuelles, en continuant de saborder les actes posés par sa Commission.

Doubler la taille de l’économie et du commerce de l’Afrique d’ici à 2015, accroître l’investissement intérieur et étranger, sortir des dizaines de millions de personnes de la pauvreté chaque année, sauver dix millions de vies par année du VIH/Sida, du paludisme, de la tuberculose, de la faim… sont autant de défis que nous ne pouvons relever en attendant tout de l’extérieur.

Comme l’a une nouvelle fois rappelé le président de la Commission de l’UA, l’Afrique a, de nos jours, besoin d’un sursaut panafricaniste afin de « dépasser nos barrières sociologiques et linguistiques et en faisant de nos diversités un atout et non un handicap ».

Ce qui est sûr, c’est que le chemin du développement de l’Afrique reste encore… long !


Moussa Bolly

14 septembre 2006.