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La rencontre de haut niveau à Bamako a fait le constat d’avancées significatives sur le chemin de la sortie de crise et de la paix. Mais les récents actes criminels à Tombouctou, Gao et Kidal montrent que la situation sécuritaire dans le Nord est très fragile.

L’agenda national et international pour notre pays a été très chargé ces derniers jours. Vendredi, ce sont les Assises nationales sur le Nord qui se s’ouvraient pour se poursuivre samedi et hier. Le même samedi, le Groupe de soutien et de suivi sur la situation au Mali s’est réuni. Et aujourd’hui s’ouvre la conférence internationale sur le Sahel. Rencontre à laquelle participeront le secrétaire général de l’ONU Ban Ki-Moon, le président de la Banque africaine de développement et son homologue de la Banque mondiale et la présidente de la Commission de l’Union africaine, Nkosazana Dlamini Zuma.

Celle-ci a participé à la réunion du Groupe de soutien et de suivi de la situation au Mali. Cette rencontre de haut niveau qui s’est déroulée samedi, a eu pour cadre le Centre international des conférences de Bamako (CICB). Elle était coprésidée par Dr Nkosazana Dlamini Zuma et le secrétaire général adjoint aux opérations de maintien de la paix des Nations Unies, Hervé Ladsous.

Plusieurs ministres, des membres du corps diplomatique et consulaire, des représentants des organisations internationales, des chefs de programmes des institutions financières internationales ont pris part à la réunion.

Parmi les autres hautes personnalités présentes, l’on retiendra le président de la Commission de la Cedeao, Kadré Désiré Ouédraogo, le chef de la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations Unies pour la stabilisation au Mali (Minusma), Albert Koenders, le représentant spécial de la présidente de la Commission de l’Union Africaine, Pierre Buyoya, le commissaire à la paix et à la sécurité de l’UA, Ismaël Chergui, les hauts représentants des Nations Unies, de l’Union Africaine, de l’Union Européenne pour le Sahel.

Cette 6ème rencontre du Groupe de soutien et de suivi se tient au moment où notre pays a engagé des débats francs et directs avec toutes les composantes de la société avec les Assises nationales sur le Nord qui se sont ouvertes vendredi (voir articles en page 3). Ces Assises nationales, il convient de le répéter doivent permettre à notre pays d’enclencher le processus de paix de réconciliation nationale, de cohésion sociale et du vivre ensemble.

La présente réunion du groupe de soutien et de suivi été l’occasion pour le gouvernement, les partenaires et les pays amis d’analyser et d’évaluer la situation politique et sécuritaire du pays avec en ligne pointe la mise en œuvre de l’Accord intérimaire de Ouagadougou, les préparatifs des élections législatives dont le premier tour aura lieu le 24 novembre prochain.

Les participants ont également fait le point sur le déploiement la Minusma, les difficultés enregistrés sur le théâtre des opérations, et la situation particulière de Kidal où deux journalistes de Radio France Internationale (RFI) ont été enlevés samedi et sauvagement assassinés. La rencontre a aussi évoqué les récentes attaques terroristes à Kidal, Gao et Tombouctou.

Des engagements forts et constants. Dans son intervention à l’ouverture de la réunion, la présidente de la Commission de l’Union Africaine, Dr. Nkosazana Dlamini Zuma a noté les efforts appréciables faits par les autorités du pays dans le sens d’un retour rapide de la paix sur toute l’étendue de territoire. « L’image et le paysage du Mali ont changé. Aujourd’hui, la vie a repris son cours normale. Le chantier de la paix est en marche. Un chef de l’Etat légitime a été investi. Le chantier de la reconstruction et de la relance économique est lancé.

Cela est le résultat des concertations permanentes entre le Mali et ses partenaires. Pour l’Union Africaine, le Mali est et reste un pays de paix, d’espoir et de développement. Bref le Mali renaît de ses difficultés », a développé l’ancien ministre des Affaires étrangères de l’Afrique du Sud, en invitant les partenaires et amis de notre pays à renforcer leur accompagnement pour le retour définitif de la paix. Tout en réitérant le soutien de l’UA au Mali, la présidente de la Commission a invité les Etats de la sous-région à privilégier la coopération régionale indispensable dans la lutte contre l’insécurité transfrontalière et le terrorisme.

Pour le secrétaire général adjoint aux opérations de maintien de paix des Nations Unies, Hervé Ladsous, cette 6è réunion du groupe de soutien et de suivi était une heureuse occasion pour l’organisation internationale et ses partenaires d’apprécier les efforts concertés en faveur du rétablissement d’une paix durable au Mali. « Nous nous devons de féliciter les Maliens pour leur mobilisation sans précédent pour l’élection présidentielle qui a marqué une étape importante dans le rétablissement de l’ordre constitutionnel. Les parties ont progressé dans la mise en œuvre de l’Accord préliminaire de Ouagadougou. Et la Minusma continue sa mise en place entravée malheureusement par une carence de capacités. La Mission se focalise aujourd’hui sur le renforcement de ses bureaux à Kidal, Tombouctou, Gao et Mopti », a-t-il annoncé, évoquant la recrudescence des attaques terroristes dans les régions du Nord.

Hervé Ladsous a réaffirmé le soutien fort et constant de l’ONU et de la Minusma à notre pays pour la normalisation de la situation. Dans cette logique, les Nations Unies apporteront un soutien technique et logistique aux institutions électorales et aux autorités pour l’organisation des élections législatives.

« Ces élections législatives parachèveront le rétablissement de l’ordre constitutionnel. Ainsi fort de ce nouveau pouvoir exécutif et législatif, l’Etat malien pourra alors se pencher sur les causes profondes de la crise. Cela nécessitera entre autres l’amélioration de la gouvernance, la protection des droits, la reforme du secteur sécuritaire et le dialogue national. Ces défis sont considérables, mais j’aimerai réitérer à nos amis Maliens qu’ils pourront compter sur l’appui de leurs partenaires internationaux », a insisté le responsable onusien.

Des progrès indéniables vers la paix. Le président de la Commission de la Cedeao, Kadré Désiré Ouédraogo a également salué les efforts faits par le gouvernement dans la recherche d’une paix durable. «Beaucoup de progrès ont été accomplis par le Mali.

Nous reconnaissons en même temps que le chemin à parcourir est encore long et qu’il nous reste beaucoup à faire pour aider le gouvernement malien à stabiliser totalement le pays », a observé le patron de la Commission de l’organisation ouest-africaine tout en se félicitant du fait que le nouveau gouvernement s’est montré immédiatement opérationnel sur tous les aspects de la feuille de route de Transition en fixant les dates des élections législatives et en lançant le programme de réconciliation nationale, de reconstruction et de stabilisation du pays.

A cet égard, la Cedeao se félicite de l’initiative du Forum national sur la décentralisation tenu du 21 au 23 octobre et des Assises nationales sur le Nord qui se sont déroulées vendredi, samedi et hier.

Kadré Désiré Ouédraogo n’a pas manqué de souligner la détérioration de la situation sécuritaire au Nord avec la montée des tensions et des incidents sporadiques d’attaques terroristes, qui engendre aussi une fragilisation de la situation humanitaire. En réponse à la situation humanitaire, l’organisation sous-régionale apportera une aide d’urgence qui se manifestera par la fourniture en produits alimentaires d’une valeur d’un demi-million de dollars (environ 25 milliards de Fcfa) aux personnes déplacées et aux rapatriées. Cette opération se fera en collaboration avec le Programme alimentaire mondial (PAM).

La Cedeao a également renforcé la finalisation de sa stratégie intégrée pour le Sahel qui sera partie intégrante des efforts internationaux visant à relever les défis complexes de la sécurisation de la région qui est au centre de la rencontre de haut niveau qui s’ouvre aujourd’hui dans notre capitale.

Dans son discours d’ouverture de la rencontre, le ministre de la Justice, Mohamed Ali Bathily qui représentait le Premier ministre, a au nom du président de la République, remercié les partenaires du pays pour leur accompagnement constants au processus de rétablissement de la paix et la sécurité au Mali, et partant, dans la région du Sahel.

Il a rappelé les actions entreprises par notre pays pour la recherche de solutions concertées au problème du Nord, notamment les mesures de confiance énoncées par l’Accord préliminaire de Ouagadougou, en procédant à la libération des personnes détenues pour des faits mineurs dans le contexte de la crise et la levée des mandats d’arrêts internationaux concernant des personnalités politiques ayant partie liée avec la rébellion.

« Les fils du dialogue sont aujourd’hui renoués, permettant d’envisager la reconstruction concertés d’un avenir commun. C’est ainsi que les états généraux de la décentralisation viennent de se tenir. Des recommandations pertinentes formulées à cette occasion déboucheront sur des reformes politiques et administratives majeures, rendant possible un approfondissement de la décentralisation », a indiqué le ministre Bathily.

Participe également de cette dynamique de restauration de la cohésion nationale, la tenue des Assises nationales sur Nord. Le gouvernement est encouragé par le retour progressif et volontaire des déplacés et des réfugiés dans leurs localités d’origine. En plus d’une garantie sécuritaire, il a conscience qu’ils ont besoin de notre accompagnement pour faciliter leurs réinsertions économique et sociale », a développé le ministre Bathily, avant de réaffirmer l’engagement du gouvernement à poursuivre ses efforts de reconstruction nationale et de restauration de l’autorité de l’Etat sur toute l’étendue du territoire national.

D. DJIRE


L’ombre du double crime de Kidal

La situation sécuritaire au Nord figurait en bonne place au menu de la 6è réunion du Groupe de soutien et de suivi sur la situation au Mali. Après avoir étudié les différents rapports soumis au panel sur cette question, la communauté internationale avait décidé de prendre une résolution forte sur la situation à Kidal, notamment par rapport la restauration de l’autorité de l’Etat dans cette partie du pays. Ironie du sort, en début d’après-midi, tombe la nouvelle de l’enlèvement à Kidal de nos confrères de Radio France Internationale, Ghislaine Dupont et Claude Verlon (voir article en page 16). A la stupeur des panelistes ont succédé la colère et l’indignation quand l’exécution des deux journalistes par leurs ravisseurs a été confirmée quelques instants plus tard.

La triste nouvelle confirmait dans sa réalité cruelle, la pertinence des préoccupations exprimées dans les rapports présentés le matin même par autorités maliennes et les experts. Les différents rapports notaient le retour à Kidal des bandits armés et leurs alliés narco-djihadistes qui se mélangeaient à la population. D’où la multiplication des attentats terroristes.

L’ombre des événements tragiques de Kidal a donc forcement plané sur conférence de presse organisée à l’issue de la réunion. Le point de presse était animé par le secrétaire général adjoint aux opérations de maintien de la paix des Nations unies, Hervé Ladsous, le président de la Commission de la Cedeao, Kadré Désiré Ouédraogo, le chef de la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations unies pour la stabilisation au Mali (Minusma), Albert Koenders, le représentant de la présidente de la Commission de l’Union africaine, Pierre Buyoya et notre ministre des Affaires étrangères et de la Coopération internationale, Zahabi Ould Sidi Mohamed.

Un grand hommage a été rendu aux confrères assassinés dans l’exercice de leur métier et l’acte criminel a été condamné avec la dernière énergie. Le secrétaire adjoint des Nations unies, Hervé Ladsous a demandé aux groupes armés notamment le MNLA d’évacuer immédiatement et sans condition les bâtiments publics de Kidal.

Dans une recommandation spéciale sur cette question, les participants à la 6è réunion du Groupe de soutien et de suivi sur la situation au mali ont exprimé leur profonde préoccupation face à la situation qui prévaut à Kidal, où l’autorité de l’Etat n’est pas encore pleinement restaurée. Ils notent que cette situation donne aux groupes terroristes l’opportunité de poursuivre leurs actes criminels et que l’exécution des deux journalistes français le confirme.

Tout en exigeant des groupes armés notamment du MNLA qu’ils évacuent immédiatement et sans préalable les bâtiments publics à Kidal, la réunion a demandé qu’ils fassent preuve de constance et de sérieux dans leur engagement en faveur de l’Accord préliminaire de Ouagadougou.

Hervé Ladsous s’est fait l’écho de l’engagement de la communauté internationale à accompagner le Mali dans ses efforts de paix et de sécurité.

La conférence de presse à laquelle n’a assisté finalement qu’une poignée de journalistes a été brève. En effet, la plupart de confrères très affectés par l’exécution lâche de Ghislaine Dupont et Claude Verlon avaient quitté la salle. Les quelques rares journalistes qui ont assisté au point de presse n’ont pas manqué d’interroger les conférenciers sur les dispositions qui seront prises pour la sécurisation définitive de la Région de Kidal et l’instauration de l’autorité de l’Etat sur cette partie du pays.

Le ministre des Affaires étrangères et de la Coopération internationale et d’autres intervenants ont assuré que des dispositions urgentes et appropriées seront prises pour que Kidal comme toutes les autres parties du pays soit sous l’autorité de l’Etat.

D. DJIRE

Essor du 04 Novembre 2013