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Quels nouveaux partenariats entre le public et le privé pour une croissance accélérée au Mali ? La question était au centre des travaux de la 5è session du Conseil présidentiel pour l’investissement (CPI), qui s’est tenue hier dans la salle des banquets du palais de Koulouba. Comme le veulent les statuts et la tradition, les travaux étaient présidés par le chef de l’État, Amadou Toumani Touré.

Cette 5è édition a examiné un rapport sur l’état d’exécution des recommandations des précédentes sessions, notamment des reformes préconisées pour faciliter la pratique des affaires dans notre pays et des chantiers de développement agricole en rapport avec l’ambition des pouvoirs publics de faire du Mali une puissance agricole et des orientations contenues dans le Projet de développement économique et social (PDES) du président Touré.

Le thème qui avait retenu l’attention des membres du CPI lors de la session précédente était : « Comment passer d’une économie basée sur une agriculture de subsistance à une économie agro-industrielle à grande valeur ajoutée ? ». Les discussions sur cette question avaient permis de traiter des thèmes orbitant autour de cinq axes stratégiques sans lesquels aucune mise en valeur n’est envisageable : la recherche des marchés potentiels, la réalisation d’infrastructures pour la production et la transformation des produits agricoles, la qualité des ressources humaines, l’accès aux financements et la gouvernance des ressources. Les recommandations formulées, à cet effet, ont été transmises au gouvernement pour être aussitôt mises en oeuvre.

UNE CROISSANCE D’AU MOINS 7% PAR AN

Le rapport présenté par le secrétariat du Conseil établit que des avancées réelles ont été enregistrées. Le rapport 2008 de « Doing business » de la Banque mondiale atteste ainsi de progrès dans la mise en application des réformes. Ainsi sur 178 pays notés, le Mali arrive à la 158è place alors qu’il était 162è au classement de 2007. Doing business est un rapport présenté chaque année par la Banque mondiale pour situer l’effort des États à attirer un maximum d’investissements étrangers. « Ces résultats doivent nous encourager à poursuivre les réformes nécessaires et à avoir encore plus d’ambition pour notre progrès économique« , a commenté le président de la République en établissant un parallèle avec les objectifs contenus dans le Projet de développement économique et social (PDES), pilier majeur de son deuxième mandat.

Le PDES, a t-il rappelé, ambitionne de forger le destin de notre pays pour entamer le décollage socio-économique en concentrant ses efforts sur six axes prioritaires d’intervention : mieux organiser l’action publique pour soutenir efficacement les autres composantes du programme, améliorer la production primaire et assurer la sécurité alimentaire, mettre en place un environnement propice à l’émergence et au développement du secteur privé, insérer les femmes et les jeunes dans les circuits productifs, développer les secteurs sociaux et procéder aux indispensables réformes de la société.

Pendant les cinq années à venir, le PDES s’attachera ainsi à identifier les actions réalisables afin de booster notre capacité de production, distribuer équitablement les fruits de cette croissance puis investir dans l’avenir et moderniser la société. Ce coup d’accélérateur devrait permettre à notre pays d’atteindre une croissance d’au moins 7% par an. Le Mali se hisserait alors au rang des puissances agro-pastorales du continent grâce au développement de l’agriculture, à la poursuite du programme d’expansion des infrastructures de base, au développement du secteur privé et à l’accroissement de l’investissement dans les ressources humaines.

Toutefois, soulignera Amadou Toumani Touré, la recherche de cette croissance accélérée passe par des ruptures, un nouvel état d’esprit et un nouvel élan. A ce propos, le chef de l’État a présenté le partenariat public-privé (PPP) comme une alternative aux modèles du « tout État » ou du « tout privé » qui ont montré leurs limites. L’exemple de la nouvelle Société sucrière de Markala (Sosumar) en est une bonne illustration. Le témoignage des responsables de cette unité industrielle a permis aux participants d’évaluer l’efficacité du PPP dans un contexte économique mondial très concurrentiel.

DEFINITION D’OBJECTIFS CLAIRS AU DEPART

Le patron du groupe Schaffer a confirmé que sans l’intervention de l’État, les privés, seuls, n’auraient pu tenir le pari de la réalisation de cette entreprise. L’investissement attendu est de 320 millions de dollars, plus de 170 milliards de Fcfa. L’apport de l’État malien est de 150 millions de dollars soit près de 80 milliards de Fcfa. L’intervention publique a permis aux investisseurs privés d’accéder à des ressources concessionnelles pour financer leur participation qui s’élève à 170 millions de dollars, plus de 90 milliards de Fcfa.

Sosumar va créer 7 000 emplois directs, produire de l’électricité grâce à une centrale de 30 MW qu’elle installera. La centrale fonctionnera à l’éthanol produite par l’usine elle-même. La capacité de production est de 200 000 tonnes de sucre et 23 000 tonnes d’éthanol. Durant la période d’exonération, Sosumar versera au trésor public 8 milliards de Fcfa, une somme qui passera à 20 milliards de Fcfa après la période de grâce. L’entreprise injectera environ 40 milliards de Fcfa dans le circuit économique sous forme d’achat-vente et autres prestations de service.

Le représentant résident de la Banque mondiale au Mali, Alassane Diawara, a, lui, fait un exposé sur l’expérience péruvienne de téléphonie rurale et d’autres expériences menées au Ghana, au Nigeria et au Kenya. Dans le premier cas, le PPP a permis au Pérou (un pays sud américain) d’étendre la téléphonie mobile dans la limite du possible.

En Afrique, le PPP avec le géant sud-africain a permis de nombreuses réalisations dans le domaine des infrastructures dans les trois pays africains cités.
Toutefois, le PPP, seul, ne peut constituer la solution-miracle à nos besoins d’infrastructures. Une combinaison avec d’autres facteurs qui ne sont pas obligatoirement économiques, est nécessaire.

A ce sujet, le représentant résident de la Banque mondiale au Mali, a attiré l’attention du conseil sur les risques de déviation possible par manque de définition d’objectifs clairs au départ.

Chaque partenaire est donc appelé, au préalable, à définir très clairement ses objectifs et ses priorités avant de signer le contrat, sous peine de vouer l’entreprise à l’échec.

Notons que cette 5è session du CPI a insisté sur la nécessité de communiquer sur des résultats atteints grâce aux recommandations du conseil. Au nombre des acquis notables, on peut distinguer la détaxation de la création d’entreprise.

A.O. DIALLO – L’Essor

19 Février 2008.