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Le Peuple PSP se souvient…
20 juillet 1962-20 juillet 2019, cela fait aujourd’hui 57 ans et 2 jours que furent arbitrairement arrêtés et condamnés à mort trois mois après Fily Dabo Sissoko, Hammadoun Dicko et El Hadj Kassoum Touré dit Marba Kassoum. Et les militants et sympathisants du Parti Progressiste soudanais et qui a pris le nom de Parti pour la solidarité et le progrès en 1991, se souviennent toujours de cette date qui sera fatale à la vie à ces dignes hommes deux ans plus tard soit le 12 Février 1964. De ce jour à maintenant le peuple PSP ne veut qu’une seule chose à savoir la réhabilitation de ces illustres disparus.

S’il est incontestable que Fily Dabo Sissoko, Hammadoun Dicko, Tidiani Faganda Traoré, Moussa Sissoko, Yalla Sidibé, Ya Doumbia sont les membres fondateurs du Parti Progressiste Soudanais en février 1946 et qui a pris le nom de Parti pour la solidarité et le progrès en 1991, ce n’est pas le cas de El Hadj Kassoum Touré que transformé beaucoup de jeunes intellectuels et cadres politico- administratifs pensent de l’homme comme étant membre fondateur dudit parti. Membre fondateur de l’US-RDA, Marba Kassoum n’a jamais pu supporter en fait la défaite de son fidèle compagnon en la personne de Tiémoko Diarra lors des législatives de 1953 face à Modibo Keita qu’il qualifie de traite. Avec la création du Bloc Démocratique Soudanais par Tidiani Faganda Traoré, un dissident du PSP en 1951 Tiémoko Diarra et El Hadj Kassoum quittèrent le parti de la charrue pour ce nouveau parti en 1954. Et depuis les relations entre ces deux hommes vont en s’amenuisant et une haine politique implacable régna entre ces deux hommes jusqu’aux évènements du 20 juillet 1962. En effet cette haine entre ces deux hommes a tiré sa source de la haine politique entre Tiémoko Diarra, conseiller de l’Union française en 1953 et bénéficiant de l’appui inconditionnel des notables de Bamako, à Modibo Keita lui aussi bénéficiant de l’appui sans relâche de la jeunesse ; cette jeunesse qui avait violemment protesté en 1951 quand il eût le désapparentement avec le parti communiste français. En cette année législative d’octobre 1953, il fallait se débarrasser de Tiémoko Diarra, un des grands acteurs de ce désapparentement et faire triompher Modibo Keita.

Les causes profondes de l’arrestation de Fily Dabo Sissoko, Hammadoun Dicko et El Hadj Kassoum Touré
Tout est parti le 1er juillet 1962, lorsque le président Modibo Keita fit connaitre aux camarades et aux militants de l’US- RDA la décision prise par le Gouvernement d’effectuer une réforme monétaire. C’est ainsi que le Mali quitta l’union monétaire de l’Afrique de l’Ouest et crée sa propre monnaie à savoir le franc malien. C’est ainsi que le 13 juillet 1962, le bureau du groupement des commerçants de Bamako avec à leur tête, son président El Hadji Koné ; son vice-président, El Hadj Daouda Sacko ; son secrétaire à l’organisation, Mamadou Koné ; son secrétaire général, Boubacar Bocoum et les autres membres à savoir Lafia Diawara, Sékou Danté et Marba Kassoum Touré rencontrèrent le président Modibo Keita qui avait à ses côtés le directeur de la SOMIEX d’alors comme secrétaire de séance à la grande mairie de Bamako. L’ordre du jour était d’inviter les commerçants à soutenir et la monnaie et la SOMIEX. Ce qui fut accepté par les commerçants pour la monnaie. Quant au soutien à la SOMIEX des observations furent émises par certains commerçants parmi eux Marba Kassoum à savoir si la société est en mesure de ravitailler tout le pays à l’instar des grandes compagnies étrangères. Et Marba Kassoum d’estimer que chacun peut rester aussi dans son champ d’action sans obligatoirement passer par la SOMIEX. Après cette rencontre les membres du groupement des commerçants se sont concertés pour la tenue d’une assemblée générale dans la salle des Anciens Combattants le 18 juillet 1962.

Cette assemblée eût lieu à 16h 30 sous les auspices de deux orateurs à savoir El Hadj Daouda Sacko et Lafia Diawara. Mais à la surprise générale étaient présents les représentants des départements ministériels et les services de sécurité dans la salle. Outre cette grande surprise, une autre grande du bureau du groupement quand Kassoum Touré a voulu prendre la parole mais il s’est heurté à un refus catégorique du bureau. Malgré tout il se leva et s’adressa au public en ces termes. ‘’ Le 20 juillet 1962 à la même heure et au même lieu, sera tenue une grande assemblée générale. Ne manquez pas à ce grand rendez-vous’’. D’où des vivats bien nourris de la foule aux cris de ‘’Waraba Koumana’’, le lion a parlé.

Mais hélas ce digne homme était face à la réalité implacable de l’adage qui dit « Qui peut prévoir ce que réserve l’avenir, un malheur vient rarement seul’’ car le 19 juillet 1962 restera longtemps dans la mémoire de ceux qui ont décidé un sort. En effet une réunion restreinte s’est tenue à la présidence de la république à Koulouba pour sceller le sort de deux leaders du PSP à savoir Fily Dabo Sissoko et Hammadoun Dicko et de Kassoum Touré. Le régime soupçonne les deux responsables du PSP d’être derrière les agissements de Marba Kassoum et certains commerçants mécontents de cette décision du président Modibo Keita.

La date fatidique du 20 juillet 1962

Quand la force brutale s’impose au delà du droit et de la raison, l’infortuné devient victime de l’exécrable ironie du sort. Ce qui s’est passé le 20 juillet 1962 tôt le matin quand un Inspecteur de Police a eu la redoutable mission de confisquer la liberté de Fily Dabo Sissoko. Quant à l’arrestation de Kassoum Touré, les instructions fermes données à l’Inspecteur de Police sont les suivantes: ‘’ Ne le ratez surtout pas même si vous trouvez 10 F CFA avec lui, arrêtez-le’’. Tous les trois furent embastillés à la prison civile de Bamako. Dès l’annonce de l’arrestation de celui qui est appelé le lion, plusieurs manifestants se rassemblèrent sur la place du marché, formèrent des cortèges, défilèrent devant l’Ambassade de France en criant ‘’Vive la France, Vive De Gaulle’’ se dirigèrent vers le commissariat central en poussant des clameurs dérangeantes pour le gouvernement et hostiles au Bureau politique national de l’US-RDA. Notons que Kassoum Touré est membre fondateur de l’US-RDA au même titre que Mamadou Konaté, Daouda Sacko, Tidiani Sidibé, Mar Diagne, Tiémoko Traoré (Bamako-Coura), Bani Diallo, Ousmane Bagayogo, Gaoussou Bléni, Bakoroba Touré, Idrissa Diarra pour ne citer que ceux-ci. Du coup l’occasion fut très favorable pour Modibo Keita de traquer aussi Moussa Guindo domicilié à Bagadadji et ami inséparable de Kassoum Touré. Ainsi que les meilleurs lieutenants de Fily Dabo Sissoko tels que Marka Baba Traoré et plusieurs autres fidèles.

Le jugement et le verdict du 1er Octobre 1962

Composé de certains membres du bureau politique élargi, le tribunal populaire n’était qu’en réalité une institution de fait et n’avait aucune existence légale. C’est devant ce tribunal que Fily Dabo Sissoko et ses infortunés ont été présentés sans motifs à l’appui. Après quatre jours d’audience les pseudo- juges se sont réunis pour délibérer le lundi 1er octobre 1962 en rendant le jugement le même jour. Et l’opinion nationale et internationale a connu la substance que par un communiqué de la présidence de la république publié dans l’organe officiel du parti le 2 octobre 1962 indiquant les peines prononcées. Ainsi Fily Dabo Sissoko, Hammadoun Dicko et Kassoum Touré ont été condamnés à mort ; 14 ont été condamnés à 20 ans de travaux forcés parmi eux Moussa Guindo, fidèle compagnon de Fily Dabo. Des peines de 8 à 15 ans de travaux forcés ; 7 à 10 ans de travaux forcés ; et 2 à 5 ans de travaux forcés ; une peine d’emprisonnement, et 15 acquittements au bénéfice du doute ont été prononcés.

Sadou Bocoum
Le 22 Juillet 2019