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Cinquante ans ! C’est un anniversaire qui se fête. Radio Soudan a évolué à travers les âges pour devenir aujourd’hui l’Office de radiodiffusion télévision du Mali (ORTM), une station aux dimensions mondiales. La structure a soufflé sur ses 50 bougies le 1er juillet dernier.

La direction et le personnel de l’Office se sont donné le temps d’organiser une grande fête digne du statut de quinquagénaire. Les organisateurs ont mis les petits plats dans le grands. La célébration de la création de l’ORTM se veut une communion dans l’allégresse.

UNE POIGNEE DE PROFESSIONNELS

A l’accession de notre pays à la souveraineté nationale et internationale, Radio Soudan, simple composante de la radiodiffusion de France d’Outre-mer, devient un patrimoine national. La toute nouvelle radiodiffusion nationale du Mali était composée d’un simple dispositif technique : un centre émetteur situé sur la route de Sotuba doté de sept émetteurs en ondes courtes, moyennes et longues diffusant un programme spécial vers l’Europe. De 8 agents au départ, le personnel a vite atteint un effectif d’une trentaine de personnes.

Au terme d’une décennie au service de l’information, de la sensibilisation et de l’éducation des populations, la Radiodiffusion nationale du Mali (RNM) a, dans un souci de perfection et de consolidation de l’unité nationale, procédé à l’installation d’un centre émetteur sur la route de Kati. Cette structure comprenait 4 émetteurs en ondes courtes de 50 KW chacun dont deux diffusant le programme national du Mali et les deux autres chargés de relayer les programmes chinois de Pékin. Fruit de la coopération Mali-Chine, ce centre s’est accompagné, en 1970, de l’inauguration de deux nouveaux studios au centre de production de Bozola, grâce à la coopération française.

Boubacar Kassé, l’un des anciens directeurs de la radio nationale, se dit impressionné par l’évolution de la station. « Nous avons parcouru un très grand chemin en matière de radio et de télévision dans notre pays et la perfection est perceptible dans tous les domaines« , constate celui qui dirigea la maison de 1971 à 1975. Sous sa direction, rappelle-t-il, la station ne comptait qu’une poignée de journalistes professionnels soutenus dans leurs tâches quotidiennes par des collaborateurs extérieurs. « C’était la période de consolidation de l’unité nationale. Les agents journalistes, animateurs, producteurs et toutes ces bonnes volontés qui faisaient office de collaborateurs extérieurs se donnaient à fond au développement de cette structure, symbole d’expression de notre souveraineté nationale. La RNM était logée à l’époque dans un seul bâtiment et se composait de deux studios, une direction et une salle pour les journalistes et animateurs« , se souvient l’ancien directeur.

A 80 ans, l’ancien instituteur et diplomate confie qu’à cette époque, le programme de la station s’articulait autour du journal parlé, des émissions destinées au monde rural ainsi que des animations culturelles. « Nous avions créé un orchestre dénommé l’orchestre de la radio nationale, devenu par la suite le Badema national, pour soutenir les actions culturelles. Les regrettés Aly Farka Touré et Madani Samaké, Issiaka Dama, Salif Doumbia et autres étaient chargés d’animer l’orchestre au village Kibaru. Toutes ces initiatives étaient destinées au développement et à la promotion des nos valeurs culturelles« , rappelle notre interlocuteur.

LA HANTISE DE L’OUVERTURE DE L’ANTENNE

Travaillant pour cet instrument d’affirmation de notre unité et de la souveraineté de la nation malienne, les responsables, journalistes, techniciens et autres agents de cette structure ont vécu dans un stress permanent. Et chacun des directeurs peut raconter des anecdotiques croustillantes. Boubacar Kassé n’a pas manqué de rappeler comment pour un retard d’une dizaine de minutes pour l’ouverture de l’antenne, il a été démis de ses fonctions. « Un matin, l’ouverture de l’antenne prévue à 6h00, a pris un petit retard pour des raisons techniques. J’ai été aussitôt convoqué par le ministre Yaya Bagayoko à l’époque qui m’a demandé tout simplement de passer les consignes à un autre. Lorsque le président Moussa Traoré a appris quelques jours plus tard, les motifs de ma relève, il a demandé qu’on m’affecte au ministère des Affaires étrangères et qu’on m’envoie comme ambassadeur en Algérie. C’est pour dire combien le poste de directeur de la radio nationale était délicat« , rapporte Boubacar Kassé, le 5è directeur de la radio.

Ses prédécesseurs sont : Jean Savalel (1957-1959), Mamadou Talla (1959-1960), Racine Kane (1960-1968) et Moussa Keita (1969-1971) qui est l’artisan de la clôture de l’enceinte de la radio. C’est d’ailleurs à Moussa Keita que Boubacar Kassé a remis le témoin. « Les directeurs étaient hantés par le signal d’ouverture d’antenne de 6h00. Si cela n’était pas fait à temps, des coups de fils venaient de partout pour connaître les raisons. Tout le pays était en émoi. Imaginez qu’on puisse imputer une simple panne technique au directeur« , renchérit Younouss Hamèye Dicko.

Il faut dire qu’en ces temps où les coups d’État militaires fleurissaient sur le continent, le premier signe de coup de force venait toujours des perturbations dans les programmes de la radio nationale. Un retard avait donc de quoi rendre paranoïaques des dirigeants qui possédaient leur petit manuel de parfait putschiste sur le bout des doigts.
Moussa Keita alors directeur de cabinet a repris la direction pendant un an (1975-76). Il a eu comme successeurs : Alphonse Sagnan Berthé (1976-1979), Modibo Kane Diallo (1979) , Younouss Hamèye Dicko (1979-1988), Nouhoum Traoré (1988-1990), Mamadou Kaba (1990-1991), Cheickna Hamalla Diarra (1991-1993), Abdoulaye Sidibé (1993-1997) et Sidiki Nfa Konaté (1997 à nos jours).

DE FAÇON SPONTANEE ET GENEREUSE

Younouss H. Dicko aura été le dernier directeur de la radio nationale et le premier directeur de la télévision. L’histoire de notre télévision a commencé de façon impromptue. « C’était au cours d’une réunion de la commission mixte Mali-Libye. Le ministre libyen des Affaires étrangères, Aly Triki a constaté au cours de la cérémonie d’ouverture, l’absence de la camera avec l’équipe de reportage. Lorsqu’il a appris que le Mali ne disposait pas de télévision, il a aussitôt annoncé de façon spontanée et généreuse que le peuple libyen offrait à ses frères maliens la télévision. C’est ainsi qu’on a assisté quelques mois plus tard à l’avènement de la télévision malienne », se souvient Younouss H. Dicko, ajoutant que « nous étions presque le seul pays de la sous-région à ne pas disposer d’une chaîne de télévision« .

En matière de télévision, le Mali a effectué un pays de géant en sautant l’étape du noir et blanc. Et mieux, la télévision a débuté avec des émissions quotidiennes de 4 heures par jour. « C’est vrai que beaucoup nous reprochaient de n’avoir pas disposé de programmes au sens classique du terme. Mais il faut dire que nous avons su faire preuve d’imagination en valorisant nos richesses culturelles. Il fallait se mettre à la tâche, les journalistes n’ont pas eu de problèmes majeurs de reconversion, ils ont compris que c’est leur image et leur amour-propre de journalistes qui étaient en jeu. Il a fallu aussi reconvertir très vite les techniciens radios, en les envoyant faire un stage de deux mois à Tripoli. Et très vite le personnel a pu se mettre à la hauteur de ses nouvelles missions. Les pesanteurs qui empêchaient la bonne marche de la télévision ont pu être aplanies grâce à la bonne diligence des autorités politiques dont le ministre de l’Information de l’époque Mme Gakou Fatou Niang. Il a fallu aussi malgré les pressions de certains partenaires extérieurs, que nous imposions notre vision malienne« , rappelle Younouss Hamèye Dicko.

Inaugurée en 1983, la télévision nationale a fait la preuve de son professionnalisme lors de « Découverte 1984« . Younouss H. Dicko se souvient que la télé a considérablement fait de l’ombre à la radio qui avait à l’époque beaucoup plus d’influence. « Ne faudrait-il pas éclater la radio et la télé en deux entités carrément distinctes« , s’interroge l’ancien directeur.

Après la révolution du 26 Mars 1991, une nouvelle ère s’ouvrait pour notre station nationale. Selon l’actuel directeur général Sidiki Nfa Konaté, un nouveau soleil se levait sur le Mali. D’organe d’État, la radio et la télévision nationales sont devenues des structures publiques ayant comme mission principale « servir le pays« .

LE PARI DE « LA CHAINE 2 »

Cheickna Hamalla Diarra qui a pris les rênes de l’ORTM peu après l’avènement de la démocratie plurielle, confirme que « c’était une période difficile« . « La direction et le personnel, se souvient-il, se sont serrés les coudes pour relever le défi. Si l’AMAP a vite réussi sa mutation, les choses étaient beaucoup plus difficiles à l’ORTM. Mais chacun a pris conscience que le moment était historique et tout le personnel a vite adhéré à la philosophie. Les discussions survenaient moins sur l’objectif que sur la méthode et l’organisation. Nous avons d’abord pensé, eu égard au contexte social du moment, qu’il fallait donner un espace public aux organisations et associations. D’où la création d’une tribune « Bienvenue » afin de permettre à celles-ci de « crever l’abcès« . Nous avons aussi procédé à des changements à l’interne en créant des émissions interactives comme « Devoir d’informer » pour la formation civique du citoyen. Il fallait aussi permettre à l’État de se faire entendre. Nous avions aussi tenté de donner une image positive à la Révolution de mars et d’éviter que les stations étrangères ne provoquent par trop de traumatismes aux Maliens. Nous avons aussi cherché une solution pour être présent sur l’espace de proximité occupé par les radios FM« .

C’est ainsi que le directeur Diarra a mis au défi un groupe de jeunes journalistes et animateurs fraîchement sortis des écoles de formation de gagner le pari de « la Chaîne 2 » de l’ORTM. « J’ai réuni une petite équipe de techniciens, producteurs, animateurs et journalistes, avec l’instruction de mettre en place au bout de dix jours une station FM. Et ce projet a été réalisé avec les moyens du bord de l’ORTM« , se souvient Cheickna Hamalla Diarra.

La fête des cinquante hivernages de « passion du service public« , analyse le DG Sidiki Nfa Konaté, est une marque, à la fois de reconnaissance pour le passé et de foi inébranlable en l’avenir. « L’avenir immédiat, poursuit Sidiki Konaté, ce sont les stations régionales de Koulikoro, Tombouctou et Gao aujourd’hui achevées et qui attendent d’être inaugurées et prochainement la station régionale de Kidal. Le futur proche, c’est aussi la nouvelle maison de la radio télévision à la hauteur des ambitions et de la volonté politique des plus hautes autorités de doter le Mali de médias publics crédibles et performants, un élément essentiel du programme de développement économique et social du président Amadou Toumani Touré. En cette occasion de célébration du cinquantenaire, hommage déférent à nos pionniers de Radio-Soudan et à nos bâtisseurs de Radio Mali, hommage à ceux-là qui ont inventé la Radio les mains nues avec conviction et patriotisme. Hommage à nos artistes sans qui point de Radio-Mali. Implorons la grâce d’Allah pour le repos de ceux qui ont tout donné pour que Radio-Mali soit, et aujourd’hui arrachés à notre affection. A nos collègues et collaborateurs, tous les agents de l’ORTM qui oeuvrent inlassablement et avec passion, nous leur disons qu’ils exercent le plus beau métier du monde. Reconnaissance infinie aux partenaires qui nous ont toujours assistés. »
Joyeux anniversaire donc à notre radiotélévision !


M. N. TRAORÉ

DEMANDEZ LE PROGRAMME !


L’ORTM a préparé un programme riche et diversifié pour meubler les festivités commémorant ses 50 ans. Les cérémonies débutent dès cet après-midi à partir de 16h, par un grand concert animé par les artistes maliens, au stade Omnisports Modibo Keïta. Cette manifestation sera retransmise en direct sur la radio nationale et en différé (vers 21 heures) sur la télévision. Un autre événement important attend demain le public : la journée portes ouvertes qui démarre à 8 heures. Au programme de cette journée porte ouvertes, visite des locaux de la Chaîne II, des studios du journal parlé et une exposition de photos réalisées par l’AMAP.

Seydou Baba Traoré, le directeur de la radio nationale met au goût de cette fête, une animation spéciale qui commence samedi à 8h00 pour se poursuivre jusqu’au dimanche à 6h00. « C’est une occasion de dépoussiérer les archives des différentes émissions qui ont contribué à façonner depuis sa création à nos jours, l’image de notre station nationale. Nous allons aussi rediffuser les grandes déclarations concernants certains événements majeurs de la vie de notre nation. L’objectif visé est surtout de nous permettre de faire un archivage à la hauteur de nos missions. Nous avons toujours travaillé pour les autres. C’est l’occasion pour nous de réaliser une banque de données de nos productions réalisées depuis 1957« , explique le patron de la radio, l’un des responsables de l’organisation.

La commission d’organisation a sollicité tous les anciens responsables et agents de Radio Mali pour des témoignages qui ont commencé à passer sur les antennes depuis quelques jours. Les anciens ministres en charge de la communication (ou de l’information), les anciens directeurs, journalistes, animateurs, collaborateurs extérieurs, techniciens et producteurs seront tous de la fête.

Des magazines sont aussi diffusés à l’intention des partenaires au développement. Un micro-trottoir permettra de mesurer l’audience de la Chaîne nationale. A cette occasion, Maliens et Maliennes se prononceront sur les prestations de l’ORTM et feront des suggestions pour l’amélioration de la qualité du service.

M. N. T- L’Essor

07 septembre 2007.