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500 de nos compatriotes installés en République populaire de Chine risquent un retour prématuré et involontaire au bercail dans des conditions fort déplorables. Ils sont dans le collimateur des autorités de ce pays, qui refusent de renouveler leurs visas de séjour pour des raisons inavouées. Si la situation reste comme telle, ils paieraient de lourdes amendes avant de dire adieu à l’empire du Milieu.

Les Maliens qui sont en Chine sont obligés de se rendre à Macao ou à Hong Kong pour renouveler leur titre de séjour. Cependant, depuis un certain temps, les autorités chinoises sont réticentes à renouveler ces titres. Du coup, des centaines de nos compatriotes se retrouvent dans une « clandestinité » qu’ils n’ont pas souhaitée.

La Chine n’est pas non plus seulement dans la tête des Maliens à cause de l’exploitation du bois d’ébène dans la Capitale de l’arachide ; elle est aussi présente dans les esprits des Maliens à cause des milliers de commerçants, de travailleurs et d’étudiants qui assurent la navette entre Bamako et les différentes localités du pays de Mao.

A côté de ceux-ci, existent beaucoup d’immigrés, qui ont choisi de s’y installer, avec le consentement des autorités locales, qui leur ont accordé des visas long séjour. Ils avaient été sans doute séduits par les perspectives que la Chine leur offrait en termes d’activités et d’affaires.

Cependant, aujourd’hui tout cela n’est devenu qu’une illusion. Car, la Chine sort ses griffes pour réprimander ces immigrés désormais non grata. Le hic est que la raison de cette chasse aux sorcières n’est pas si plausible dans la mesure où les principaux concernés ne savent pas pourquoi on ne veut plus d’eux. Pourquoi placer la barre haut face à de paisibles immigrés, qui vivraient en conformité avec les lois de leur pays d’accueil et avec les autochtones ? serait-on tenté de se demander.

Ce qui semble indigner ces immigrés, c’est que les autorités chinoises restent sourdes à toutes les sollicitations pour les visas. La dernière fois, face à la pression des immigrés qui ne bénéficient pas du soutien des autorités consulaires, les Chinois avaient accordé 5 semaines de visas, laissant pendre sur les têtes un épée de Damoclès.

Aujourd’hui, l’heure n’est plus au renouvellement mais plutôt au refoulement. Cependant, avant de rentrer au pays, ils doivent rendre compte et gorge en ce sens qu’ils sont dans une très mauvaise posture si l’on s’en tient aux dispositions chinoises en matière d’immigration.

L’isolement

Selon un des menacés d’expulsion que nous avons joint au téléphone, « pour chaque jour que l’immigré passe en Chine après l’expiration de son visa, il est non seulement emprisonné mais doit surtout payer journalièrement une somme équivalente à 300 000 de F CFA et présenter un billet d’avion avant d’être libéré et de quitter le pays ».

A quel saint doivent alors se vouer ces « pauvres » immigrés, qui ont pourtant la volonté de se mettre à nouveau en règle ? En tout cas, vraisemblablement, pas à l’ambassade du Mali à Pékin, représentant légal de l’Etat, qui reste paradoxalement muette face au calvaire de ceux qu’elle représente. Ce silence n’est pas surprenant étant donné qu’il est le prolongement d’une habitude dorénavant ancrée dans la politique d’immigration du Mali. Pr. Dialla Konaté l’a maintes fois déploré.

« Le Mali a le devoir d’aider, de soutenir les communautés maliennes où qu’elles se trouvent. Partout où je vais, je découvre des Maliennes et des Maliens qui se battent à main nue. Nos jeunes ont souvent acquis des savoirs impressionnants, mais vivent dans la précarité, la fragilité et la vulnérabilité. Ils sont comme le dieu Hercule, ils ont de la force et du savoir, mais n’ont pas de point d’appui », a-t-il fustigé.

Le président de la République qui ne manque pas de souligner, chaque fois que l’occasion lui est offerte, l’importance des immigrés dans l’épanouissement de notre pays, a une chance de montrer aux Maliens qu’il est sensible à la cause de nos concitoyens immigrés ou de laisser les gens persister dans leur idée que « L’Etat ne fait rien pour aider nos immigrés dont le sort se trouve entre leurs propres mains ».

Ogopémo Ouologuem

(stagiaire)


Le calvaire du retour

Les Maliens de Chine ont mis en place une mutuelle qui leur permettait de prendre en charge les frais des expulsés. En effet, quelqu’un dont le séjour n’est plus renouvelé se trouve du jour au lendemain en clandestinité. Du coup, ceux qui se font contrôler sans être en règle vont en prison et ne seront libérés qu’au payement d’une amende qui avoisine les 300 000 F CFA par jour et la présentation du billet retour au pays. « Nous nous sommes organisés pour faire libérer nos compatriotes, payer l’amende et le billet retour. Mais, si c’est près de 500 personnes à la fois, jamais notre mutuelle ne pourra supporter les frais », ajoute notre interlocuteur.

O. O.

17 avril 2008.