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Les faits remontent au 18 mai 2003 à Sikasso, lorsque Issa Traoré sentit dans ses toilettes une odeur insupportable émanant de la fosse d’aisance. Il y jeta un coup d’œil et découvrit une espèce de colis emballé dans du plastique. A l’aide d’un bâton, il remonta le chargement. Surpris, il y trouva le corps d’un nouveau-né en décomposition.

Devant cette découverte macabre, ses soupçons se portèrent immédiatement sur Safiatou Samaké, une voisine qui était en état de grossesse avancée, qui a accouché et dont le bébé a subitement disparu.

Interpellée par la police, l’accusée a reconnu les faits. Cependant, elle a tenté de justifier son acte criminel par deux facteurs. Primo, elle a soutenu qu’il s’agissait d’un enfant mort-né, et secondo, elle a souligné que son acte s’explique par la crainte que lui inspire son père qui, avant de partir en voyage, avait menacé de la tuer puis de se suicider si, à son retour, il trouvait qu’elle n’a pas rejoint l’auteur de la grossesse à Morila.

Devant le juge d’instruction, elle a adopté la même stratégie de défense. A la barre, hier jeudi 24 février, elle a dit qu’elle regrette amèrement son acte avant d’implorer la clémence de la Cour présidée par Dramane Coulibaly avec, sur le banc du ministère public, Souleymane Coulibaly, le procureur de Kati. Celui-là même qui a en main, depuis plus de deux mois, l’affaire Rokia Diallo de Nara, une gargottière qui accuse le Commandant de la Brigade territoriale de la même ville de tortures sur sa personne. Dans son réquisitoire, le procureur Coulibaly a déclaré que « le procès est très simple, l’accusée ayant reconnu les faits ». Pour cela, il a demandé l’application de la loi avec de larges circonstances atténuantes.

Dans ses circonstances, l’avocat de la défense, Me Demba Traoré, n’avait pas besoin de beaucoup d’arguments. Dans son plaidoyer, il a décrit le profil de l’accusée qu’il a présentée comme la victime du milieu familial.

« Mon client fait les frais d’une mauvaise éducation. Elle n’a bénéficié d’aucune aide et assistance pour faire face à ses problèmes. Au contraire, elle a été menacée » a souligné avec brio et élégance le jeune avocat qui n’avait d’autre alternative que d’emboîter le pas au procureur Coulibaly, en demandant, à son tour, à la Cour d’accorder des circonstances atténuantes à l’accusée.

Ils ont tous deux été suivis par la Cour qui a condamné la coupable à deux ans d’emprisonnement dont un avec sursis. Ce qui signifie que Safiatou Samaké ne devait faire qu’une seule année en prison. Mais, au regard du temps déjà passé sous les verrous, elle est retournée à la maison.

En commentant la décision de justice, l’avocat de la défense, Me Demba Traoré, nous a indiqué que « la justice a joué son rôle ».

Profitant de notre présence, le jeune avocat a lancé un appel pour une conscientisation de l’opinion à propos de l’éducation des enfants.

A cet effet, il a rappelé le slogan de la Cour, selon lequel « la saine distribution de la justice nécessite le concours positif de chaque composante de la société ».

Alasssane DIARRA – 25 février 2005