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Hier mercredi, au Centre international des conférences de Bamako, la 4ème conférence internationale sur la grippe aviaire que notre pays accueille, a débuté par la réunion des experts en provenance des quatre coins du globe. Plus de 500 personnes prennent part à cette rencontre.
– La cérémonie d’ouverture de cette réunion a été présidée par le ministre de l’Élevage et de la Pêche, Oumar Ibrahim Touré.

Etaient présents, la représentante de la présidence de l’Union européenne, la ministre finlandaise des Affaires sociales et de la Santé, Liisa Hyssälä, ainsi que les représentants des organisations internationales et des partenaires au développement.

La journée d’hier a été marquée par les interventions du ministre de l’Élevage et de la Pêche, Oumar Ibrahim Touré, et du directeur du Bureau interafricain des ressources animales (UA-IBAR), notre compatriote Modibo Traoré, ancien ministre du Développement rural.

Un état des lieux sans complaisance de l’épizootie de la grippe aviaire sur le continent a été fait par Modibo Traoré, directeur du Bureau interafricain des ressources animales.
MrTraoré a dressé la situation épidémiologique de la grippe aviaire, avec des taux de mortalité souvent supérieurs à 60% dans les cas humains de la maladie, le virus H5N1 fait montre d’un potentiel d’adaptation élevé vis-à-vis de l’homme avec un risque de mutation génétique tout aussi redoutable dans la phase pré-pandémique actuelle.
Efforts déployés par les pays concernés avec l’assistance de la communauté internationale ont permis de juguler des foyers enregistrés sur le continent depuis l’introduction du virus en février 2006, a reconnu le directeur du Bureau interafricain des ressources animales.

Cependant, le spectre d’une endémination du virus H5N1 continue toujours de planer sur l’Afrique du fait de la récurrence des foyers de la maladie dans certains pays. Des huit pays infectés depuis le début de la crise, trois dont le Nigeria, le Soudan et l’Égypte, continuent d’enregistrer de nouveaux foyers. Et une telle évolution selon Mr Traoré, qui aurait dû nous inciter à davantage de rigueur dans la mise en oeuvre des plans de lutte dans les pays infectés et à une plus grande vigilance dans les régions à haut risque de contamination est paradoxalement en passe de briser l’élan initial de lutte dans nombre de pays avec pour conséquence, une démobilisation perceptible des populations et des acteurs clés que sont les décideurs politiques et les partenaires au développement », a-t-il déploré.

Mr Traoré, de dénoncer toujours que « Le hic, c’est que les services techniques sont parfois accusés d’avoir surestimé les risques liés à la maladie ou d’avoir exagéré les potentiels dont elle pourrait être porteuse. En outre, les épisodes douloureux de la grippe espagnole de 1918 et de la grippe asiatique de 1957 sont délibérément occultés. Tandis que les pertes en vies humaines enregistrées à travers le monde sont noyées dans des comparaisons iniques avec des statistiques macabres d’autres pathologies devenues banales car plus répandues et mieux connues des populations pour davantage relativiser les dangers liés au virus H5N1 ».

Le directeur du Bureau interafricain des ressources animales a mis en garde contre la démobilisation rampante qui « semble s’être emparée des principaux acteurs de la lutte sur tous les continents, notamment de la communauté des bailleurs de fonds. ».

Cette tendance, selon lui, doit être combattue avec la même énergie que celle qui avait été déployée en son temps contre la panique généralisée qui se profilait à l’horizon au début de la crise. Car c’est là, estime -t-il, le premier défi que la conférence de Bamako se doit de relever.

Mr traoré a expliqué que l’état d’impréparation du continent africain à faire face aux situations d’urgence créées par les maladies émergentes et reémergentes est due en grande partie à l’inexistence ou à la faible opérationnalité des réseaux de surveillance épidémiologique, à l’insuffisance des capacités pour un diagnostic précoce des maladies, au manque d’anticipation dans la mise en place des fonds d’indemnisation ; autant de lacunes qui ont rendu inopérants les appels incessants lancés au début de la crise.

De même, selon le directeur du Bureau interafricain des ressources animales, ces problèmes ne seront résolus que lorsque les centres régionaux de santé animale dans différentes parties du continent seront réellement opérationnels.

Et Mr Traoré de révéler que « Nos espoirs sont immenses et notre détermination est sans limite pour faire de la rencontre de Bamako un modèle de succès et un exemple de solidarité entre toutes les nations de la planète ».

Appel a été lancé par Mr Traoré à l’endroit des acteurs en charge de la lutte contre la maladie, à redoubler d’efforts pour l’éradiquer.

Quant à Oumar Ibrahim Touré, ministre de l’Élevage et de la Pêche, lui, a fait la genèse de l’influenza aviaire hautement pathogène qui a fait son apparition en Asie en 1997, pour ensuite se propager à partir de 2005 en Europe et en janvier 2006 en Afrique.

Le Mali qui est encore épargné par la grippe aviaire, mais qui n’est pas totalement à l’abri du danger, s’est très vite engagé pour prévenir l’introduction de la maladie sur son territoire, en créant notamment un comité technique national de coordination et de ses démembrements aux niveaux régional, local et communal, a expliqué le ministre Touré.

Le comité technique national de coordination n’a pas tardé à se mettre au travail en menant des activités de communication, de formation et de surveillance, a indiqué le ministre de l’élevage et de la pêche. De même, structures en charge de la santé animale et de la santé humaine ont été équipées avec l’appui des partenaires au développement.

La rencontre de Bamako, selon le ministre Touré, doit permettre la mise en place de plans d’actions bien ficelés aux niveaux régional et mondial, de même que la mobilisation de ressources additionnelles pour le financement des programmes de prévention et de lutte contre l’influenza aviaire sous toutes ses formes.

Aujourd’hui jeudi, au Centre international des conférences, s’ouvre officiellement sous la présidence du chef de l’état Amadou Toumani Touré, la conférence ministérielle avec comme thème : « La réponse à la grippe aviaire : une occasion de renforcer une coopération globale en matière de santé animale ».

Au programme de la journée d’aujourd’hui : une session sur l’évolution récente et prévisible de l’épidémie de grippe aviaire et la nécessité d’une réponse internationale appropriée, une session sur la préparation aux pandémies par le renforcement des systèmes d’information et de la capacité de réaction sanitaire, la situation spécifique de l’Afrique fera l’objet d’une session spécifique, une session consacrée au statut financier et technique de la mise en oeuvre des contributions internationales et un atelier qui rassemblera ONG et société civile.

Demain vendredi, s’ouvre la conférence des donateurs qui sera consacrée au bilan des contributions internationales, un an après Pékin et à la réponse aux nouveaux besoins de l’Afrique et du reste du monde.

Une session aura lieu, où le point des engagements des donateurs sera fait. Durant une autre session, conclusions et perspectives seront dressées.

Puis, une conférence de presse mettra fin à la réunion et les participants pourront prendre part à un déjeuner de clôture offert par le gouvernement.

07 décembre 2006.