Partager

pf.jpg

Les acteurs intervenant dans le domaine parlent de plus en plus de la nécessité d’un repositionnement de la planification familiale (PF). Et ils sont fondés d’appeler à une relance du planning car, dans notre pays, l’indice synthétique de fécondité est un des plus élevés de la région africaine avec 6,6 enfants par femme. Quant à la prévalence contraceptive, elle demeure très faible : 6,4%. En plus, la mortalité infantile dans notre pays est de 96 pour 1000 naissances vivantes et celle des mères est estimée à 464 décès pour 100 000 naissances vivantes.

La vérité des chiffres doit inciter à redoubler d’efforts pour inverser les mauvaises tendances parmi lesquelles la faible prévalence contraceptive. Mais le processus de repositionnement ne pourra se faire sans les hommes.
Tel est l’esprit qui prévaut à la quatrième édition de la campagne de planification familiale. La cérémonie de lancement de la campagne était présidée au Centre international des conférences par le Premier ministre Modibo Sidibé.

C’était en présence des membres du gouvernement, des élus, des représentants du corps diplomatique et des partenaires techniques et financiers.
Le thème de l’édition de cette année est : « leadership pour le repositionnement de la planification familiale : l’engagement des hommes peut faire la différence« . Il interpelle la gent masculine qui prend généralement les décisions essentielles concernant la famille. Son adhésion au processus de repositionnement de la planification familiale est donc nécessaire.

Selon des données, 20% des Maliennes en union déclarent ne plus vouloir d’enfant. 34% d’entre elles préfèrent attendre plus de deux ans avant d’avoir un enfant. Ces statistiques attestent du grand besoin qui existe en matière de planification familiale dans notre société où la contraception reste peu utilisée. Pourtant, certains pays africains ont effectué des avancées significatives en la matière. Comme la Tunisie citée en exemple avec un taux de prévalence contraceptive de 66%.

La réussite du repositionnement de la planification familiale repose sur un certain nombre d’éléments essentiels : le soutien politique, la diversification des produits contraceptifs, un personnel compétent et disponible. Par ailleurs l’information, l’éducation, la communication, le plaidoyer et l’environnement socioculturel sont des facteurs très importants. Sur ce dernier point, il s’agit d’aller dans le sens de l’amélioration du statut social de la femme et d’amener les hommes à l’accompagner dans la prise de certaines décisions.

Le Premier ministre Modibo Sidibé a jugé l’enjeu de taille car il s’agit du bien-être et de la santé du plus grand nombre de la population. Il a noté qu’aujourd’hui, la planification familiale est intégrée à tous les niveaux du paquet minimum d’activités dans nos établissements de santé.

Le chef du gouvernement a invité à plus d’implication et d’engagement pour inverser la tendance actuelle. Au delà du slogan, le thème choisi cette année est en phase avec les réalités du pays, a-t-il constaté en confirmant que rien de viable en la matière ne se fera sans les hommes.

Souhaitant l’appui des partenaires techniques et financiers, le Premier ministre a assuré que tout sera mis en œuvre pour que les programmes de santé soient financés en priorité. Il a, à ce propos, promis l’accompagnement du gouvernement pour relancer la planification familiale.

Cette campagne pour la PF s’étendra sur un mois durant lequel toutes les couches sociales seront sensibilisées sur la problématique des grossesses rapprochées. Celles-ci comportent, en effet, de gros risques pour la mère et l’enfant. L’espacement des naissances est donc un moyen efficace de réduction de la mortalité maternelle et infantile.

A ce propos, le ministre de la Santé, Oumar Ibrahim Touré, a expliqué que lorsque l’intervalle qui sépare deux grossesses consécutives est inférieur à deux ans, presque un enfant sur cinq meurt avant son premier anniversaire. Et quand cet intervalle passe de 3 à 4 ans voire plus, le taux de mortalité infantile chute de 71 à 61 pour 1 000 naissances vivantes.

Les risques sont également élevés pour les enfants issus de mères très jeunes, de grossesses tardives ou nés après un sixième enfant. Selon les spécialistes, ceux-ci sont très exposés par rapport aux autres enfants.

Le représentant résident du Fonds des Nations unies pour la population (UNFPA), Mamadou Diallo, et le directeur de l’USAID-Mali, Alex Newton, ont mis l’accent sur les acquis de notre pays en matière de politique de santé de la reproduction, notamment l’adoption d’une loi sur la santé de la reproduction en 2002.

La cérémonie de lancement de la campagne a été agrémentée de prestations de l’Ensemble instrumental qui a dédié une chanson à la cause. Les acteurs du groupe de théâtre « Nyogolon » ont, eux, stigmatisé avec beaucoup de talent, les conséquences des grossesses rapprochées.

B. DOUMBIA – L’Essor

14 Mars 2008.