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Après Marrakech (Maroc) en 2012, c’est Lomé (Togo) qui a accueilli la 47e session du conseil d’administration de la Banque de Développement du Mali (BDM – SA). Elle a salué les « excellents résultats » obtenus les neuf premiers mois (janvier – septembre) de 2013. Et validé les projets de budgets d’investissements et d’exploitation pour 2014.

La BDM-SA a terminé l’année 2013 en beauté. Le fait n’est pas surprenant, mais mérite d’être souligné eu égard à la morosité qui continue à caractériser l’environnement économique au Mali. Et met à rude épreuve les finances de bien des établissements du secteur bancaire malien.

La BDM-SA, elle, caracole et rend ses actionnaires heureux. Sur les neuf premiers mois de l’année qui vient de s’écouler, elle affiche un résultat d’exploitation positif de 8 milliards et quelque 300 millions de FCFA. Selon ses prévisions, ce chiffre, qui suscite l’envie, devait être porté à 11 milliards de FCFA au 31 décembre dernier.

Un score sans précédent dans les annales de l’établissement, rare dans l’univers bancaire africain.

Autres chiffres qui donnent le vertige et traduisent la dimension de senior à laquelle la BDM-SA a accédé sous la férule de son inusable PDG Abdoulaye Daffé : les ressources globales se sont élevées, toujours sur les neuf premiers mois de 2013, à 352 milliards de FCFA. Sur lesquels des concours de 327 milliards de FCFA ont été consentis. C’est dire que la banque, contrairement à une légende qui, fort heureusement, n’a pas fait long feu, reste aujourd’hui plus qu’hier, attentive aux besoins de sa clientèle. Du modeste fonctionnaire qui y a domicilié son salaire à l’opérateur économique qui doit financer ses importations ou booster son activité industrielle.

Première pourvoyeuse de crédits

Pour rappel, des statistiques de la BCEAO (la mère des banques) dont L’Indépendant s’est fait récemment l’écho, ont fait ressortir que la BDM-SA est de loin la première pourvoyeuse de crédits des treize banques qui se disputent le marché malien.

Ce n’est pas tout. Au-delà de ces résultats qui, rapprochés de ceux de toutes ces dernières années, sont illustratifs d’une incontestable performance sur la durée, la banque a additionné de nouveaux acquis au triple plan de la logistique, de son développement et de la consolidation de son portefeuille. Ainsi, » le lourd chantier » (Daffé dixit) de la migration informatique, ouvert il y a quelques années, a été bouclé dans le timing initialement fixé.

BDM-France a démarré ses activités en France. D’un simple bureau de représentation qui se contentait de collecter l’épargne des Maliens de l’hexagone pour la transférer au Mali, elle devient une agence « ouverte sur la rue » comme on le dit dans le jargon bancaire. C’est-à-dire qu’elle est habilitée à mener toutes les opérations de banque. Il aura fallu pour cela l’agrément délivré par la Banque de France. Un privilège qui n’est pas accordé à beaucoup de banques sur le continent.

Gestion des fonds de la MINUSMA

Autre acquis de taille engrangé par la BDM-SA en l’an de grâce 2013 : le duo de choc qu’elle a formé avec la célèbre Citibank New York a remporté l’appel d’offres international lancé par les Nations Unies pour la gestion des fonds de la MINUSMA au Mali (plusieurs centaines de millions de dollars US). A cet effet, elle a créé spécialement une agence déjà opérationnelle depuis plus d’un mois.

Pour 2014, la première banque du Mali et sixième de l’UEMOA projette de gagner un challenge : concrétiser son projet, muri et affiné sur plusieurs années, de se lancer résolument à la conquête du marché bancaire sous-régional. Cela passera par l’implantation de deux nouvelles filiales (des banques à part entière et non des agences) à Abidjan (Côte d’Ivoire) et Ouagadougou (Burkina Faso). Elles viendront s’ajouter à celle existante en Guinée Bissau depuis une demi-douzaine d’années.

Carte de l’intégration ouest-africaine

Ces nouvelles banques s’appelleront Banque de l’Union Côte d’Ivoire et Banque de l’Union Burkina Faso à l’instar de la Banco da União de Bissau.

On l’aura compris : la BDM-SA va jouer la carte de l’intégration ouest-africaine pour donner le maximum de chance de succès à son projet. Mais elle voit au-delà de la seule sémantique. Elle compte céder 10% du capital social de ces banques (5,5 milliards de FCFA pour chacune d’elles) aux Chambres de Commerce et d’Industrie des deux pays d’accueil, elle-même détenant les 60%, la BOAD les 20% et la CCIM les 10% restants.

Au total, une bonne session pour le PDG Abdoulaye Daffé, son équipe et tout le personnel de la BDM-SA. Les performances à leur actif pour 2013 ont été reconnues et saluées. Et leurs projets de budgets d’investissements et d’exploitation pour 2014 validés par les administrateurs.

En avant donc toute pour les filiales ivoirienne et burkinabé, qui vont confirmer l’ambition de la BDM – SA à devenir un groupe bancaire sous-régional.

Saouti Labass Haidara,

*Envoyé spécial à Lomé


Le Président de la BOAD, Christian Adovelande, lors de la cérémonie de signature du contrat de prise de participation au capital social de la BDU-CI et de la BDU-BF : «La BOAD sera aux côtés de la BDM-SA pour relever ce nouveau challenge»

La banque dédiée au financement du développement des Etats membres de l’UEMOA participera à hauteur de 20% au capital social des deux filiales de la BDM-SA fixé à 5 milliards et demi de FCFA pour chacune d’elles.

« La BDM-SA est considérée affectueusement ici comme la fille de la BOAD « . Cette phrase, prononcée par le président de l’institution financière de l’UEMOA dont le siège est à Lomé (Togo) traduit la densité des liens que celle-ci entretient avec la BDM-SA. C’est en 1989, voici donc la vingt cinquième année, que la BOAD est entrée au capital social de la BDM-SA (15,96%) à la faveur de la restructuration que cet établissement a subie. Depuis, les relations entre la banque malienne et cet important actionnaire n’ont cessé de s’accroitre et de s’intensifier à l’entière satisfaction des deux parties.

La BDM – SA : une banque de référence

Le président Adovelande a exprimé cette satisfaction en ce qui le concerne en relevant que la banque au cauris (logo de la BDM – SA) est » devenue une banque de référence dans la sous-région et particulièrement au Mali » et que, par sa masse bilancielle, elle occupe » le premier rang dans ce pays et le sixième dans l’espace UEMOA ».

S’agissant de la création prochaine de la Banque de l’Union Côte d’Ivoire (BDU – CI) et de la Banque de l’Union Burkina Faso (BDU – BF) il a indiqué que les contrats de prise de participation de son institution à leur capital social revêtent » un caractère primordial pour (nos) deux institutions « . En ce qu’ils constituent non seulement une nouvelle manifestation de l’engagement de la BOAD à soutenir le développement économique et social des pays de l’UEMOA, mais aussi la preuve de l’évolution de la stratégie de la Banque en faveur du secteur financier sous-régional.

Il a tenu à féliciter le PDG de la BDM – SA «pour avoir mené avec succès l’opération de création des deux entités, qui dénote de la volonté de mettre en place un groupe sous-régional répondant aux besoins de financement de nos États .»

Relever le niveau de bancarisation

Et d’assurer que la BOAD, en tant que membre fondateur de la BDM – SA, » continuera d’œuvrer pour le développement de cette banque commune au travers de sa participation régulière et active aux réunions du conseil d’administration et aux assemblées générales « . Idem pour les filiales ivoirienne et burkinabé.

Il a ajouté que son institution restera à l’écoute des sollicitations de la BDM – SA pour le financement de ses projets d’investissement productifs à travers ces deux entités. La mise en place de celles-ci s’inscrivant, selon lui, dans l’une des missions de cette banque à savoir le renforcement des services financiers dans les États membres de l’UEMOA et le relèvement du niveau de bancarisation dans la zone.

Par la convention signée le 27 décembre 2013 entre le PDG de la BDM – SA Abdoulaye Daffé et le président de la BOAD, l’institution financière de l’UEMOA s’engage à acquérir les 20% des 5 milliards et demi de FCFA constituant le capital social de chacune des filiales de la BDM – SA en Côte d’Ivoire et au Burkina Faso.

Celles-ci devraient être opérationnelles dans les tout-prochains mois.

Ils ont dit

Mohamed Agoumi, administrateur pour la BMCE (Maroc)

«Malgré un environnement difficile, la BDM – SA a su résister et a même progressé tout en restant aux côtés des entreprises et des particuliers. La BMCE soutient totalement sa ligne stratégique et lui apportera tout le concours technique chaque fois que nécessaire. Le rôle majeur de la BMCE est d’avoir exactement le même système de pilotage partout dans le monde. Le concept qui a été utilisé pour la BDM – SA sera le même qu’en Côte d’Ivoire et au Burkina Faso de façon que la BDM – SA elle-même devienne un groupe. Le raisonnement maintenant est de reproduire un schéma identique partout en son sein. Elle cesse de devenir la banque d’un pays pour être la banque de plusieurs pays. Elle est suffisamment mure pour relever ce défi mais elle peut compter sur l’expertise, voire le financement de la BMCE en cas de besoin»

Jean Marcel Aboumon, administrateur pour la BOAD

«Actionnaire de la BDM – SA à hauteur d’environ 16%, la BOAD lui apporte son concours à travers des lignes de financement. Les deux banques coopèrent aussi en matière de cofinancement lorsque la BDM – SA ne peut seule lever des financements dépassant sa capacité.»

«Cette coopération, jusqu’ici excellente entre les deux institutions, va se développer et se resserrer à la faveur de la création des filiales BDM – SA de la Côte d’Ivoire et du Burkina Faso dans lesquelles la BOAD détiendra les 20% du capital social.»

Rassemblés par Saouti Labass Haidara, depuis Lomé

SOURCE: L’Indépendant du 6 Janvier 2014.