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Dans son mot d’ouverture, le président de la République a exhorté les privés maliens à plus d’agressivité, à prendre plus d’initiative et preuve de plus de réactivité en saisissant au vol des opportunités comme l’AGOA.

Il avait, auparavant, fait état des projets et programmes déjà lancés cette année ou en cours de préparation ou de lancement. Il s’agit notamment du Projet d’appui aux sources de croissance, du Projet de compétitivité et de diversification agricole et du Processus du cadre commerce de détail.

L’honneur est, par la suite, revenu à Mohamed Traoré du Secrétariat technique de faire l’état d’exécution des recommandations issues des deux précédentes rencontres du président de la République avec le secteur privé.

Ces recommandations ont été traduites en un plan d’actions comportant 20 objectifs généraux couvrant aussi bien les actions à réaliser au titre du gouvernement que du secteur privé.

Les 34 actions retenues dans le plan ont été classées selon cinq catégories thématiques que sont les facteurs de production et de productivité (7 actions) le cadre légal et réglementaire (5 actions) la fiscalité, la parafiscalité et la douane (4 actions) le financement et la promotion des investissements (8 actions) et la formation-l’information et l’appui institutionnel (10 actions).

Au chapitre des facteurs de production et de productivité l’orateur a annoncé le financement, en 2006, par le Projet d’appui aux sources de croissance, des études d’aménagement de la zone industrielle aéroportuaire et de la zone industrielle de Dialakorobougou.

Dans le domaine du renforcement des capacités des organisations consulaires, M. Traoré a cité la tenue de la FEBAK 2006 sur son nouveau site dont la clôture a été réalisée grâce à une subvention de l’Etat.

Dans le même ordre d’idée, la construction du siège de l’APCAM a également démarré avec une subvention de l’Etat. En matière de renforcement de la capacité de stockage des fruits et légumes à l’aéroport de Bamako-Sénou, les travaux de réhabilitation de la chambre froide de cet aéroport sont en cours sur un financement des Aéroports du Mali.

De même, le gouvernement a obtenu un financement de 1,05 milliards d’euros (soit plus de 655 millions de FCFA) pour la réalisation d’une plate-forme logistique d’exportation des fruits et légumes dans le domaine aéroportuaire.

Au chapitre du renouvellement du parc de véhicules de transport, sur les besoins estimés à 400 semi-remorques, 220 citernes et 100 bus, 87 semi-remorques, 179 tracteurs routiers, 85 citernes et 53 bus ont été importés à la date du 31 juin 2005.

S’y ajoutent la réduction des coûts de télécommunications à travers des baisses significatives ont étés enregistrées. L’orateur de rappeler que dans la même optique, depuis 2003, le coût de l’énergie a baissé de plus de 18%.

Dans le domaine de la fiscalité, la parafiscalité et de la douane, un plan d’actions de 22 recommandations a été adopté à l’issue de la conférence nationale de concertation fiscale et douanière entre l’Etat et le secteur privé.

Dans le domaine du financement et de la promotion des investissements, sous la présidence du Premier ministre, trois concertations Etat, secteur privé, établissements et banques ont abouti à l’adoption d’un plan d’actions de 13 points en cours de réalisation. Il s’agit de la transformation des titres précaires en titres fonciers, suivant le décret n°342/PRM du 25 juillet 2005 pris pour faciliter la conclusion des hypothèques immobilières dans le cadre du financement bancaire.

Il s’agit également de la transformation de Crédit Initiative SA en fonds de garantie, en société d’affacturage et de prestation de services, l’extension des activités du Fonds de Garantie Hypothécaire du Mali et le lancement du nouveau Guide de l’investissement à Paris en septembre 2005.

A la faveur de cette troisième rencontre, les opérateurs économiques du secteur ont choisi de parler d’une seule voix, celle de leur porte-parole, en la personne de Jeamille Bittar, qui a présenté une seule problématique au chef de l’Etat, celle relative au financement des entreprises. Ici, Mohamed Traoré fera remarquer que les banques interviennent très peu dans le financement du secteur productif. Le crédit se caractérise par son inadéquation aux besoins des entreprises (coût élevé, court délai de remboursement, etc.) et sa concentration sectorielle.

De plus, a poursuivi l’orateur, les entreprises paient généralement au coût maximum. « Tenant compte des divers facteurs (taux LIBOR, taux d’inflation, prime de risque et taux du marché monétaire) l’on peut estimer la distorsion des taux d’intérêts à environ 50%, comme relève le document du Programme décennal de développement du secteur privé », a relevé Jeamille Bittar.

Avec ce taux d’intérêt élevé, l’accès aux crédits bancaires est difficile et se limite au crédit à court terme essentiellement, d’où un faible ratio d’endettement et une énorme utilisation du crédit fournisseur. Les taux d’intérêts élevés et leur inadéquation aux besoins des entreprises constituent, à en croire Jeamille Bittar, la première entrave au financement des entreprises maliennes.

Un autre problème est le manque de confiance des établissements de crédits aux emprunteurs. Pour limiter les risques liés aux crédits accordés, particulièrement ceux à long terme, les banques exigent généralement des garanties hypothécaires hors de portée des entreprises.

Face à cette situation préoccupante, le secteur privé a proposé la création, courant 2006, d’un certain nombre de mécanismes alternatifs de financements et de soutien au développement des entreprises.
Il s’agit notamment de la création d’un Fonds de garantie et de participation, d’un Fonds national des investissements et la relance du secteur de l’assurance.

Le Fonds de garantie, d’initiative privée avec l’accompagnement de l’Etat, comme prévu par le Pacte de Solidarité pour la Croissance et le Développement aura pour but de favoriser l’accès au crédit bancaire des entreprises qui, en raison de l’insuffisance de sûreté qu’elles peuvent offrir, ne pourraient normalement obtenir des banques les ressources dont elles ont besoin pour se créer et se développer.

« Dans le cadre du Pacte de Solidarité pour la Croissance et le Développement, l’Etat et les partenaires sociaux se sont accordés à reconnaître la faiblesse de l’intervention des banques dans le financement des investissements productifs. C’est ainsi qu’ils ont décidé de la création d’institutions spécialisées dans le financement des investissements. Sur la question, l’Etat s’était engagé à accompagner le secteur privé dans la création de ces institutions. C’est pourquoi, nous avons appris avec beaucoup de satisfaction, la volonté du gouvernement de créer un Fonds national d’investissement, mécanisme aujourd’hui indispensable pour un essor conséquent de notre économie », soulignera Jeamille Bittar.

Ce fonds, a-t-il ajouté, sans être une panacée, devrait contribuer dans une large mesure à la résolution des difficultés que rencontrent les investisseurs.

L’orateur a souhaité, au nom du secteur privé, un soutien vigoureux du chef de l’Etat pour que ce Fonds d’investissement, tant attendu, puisse enfin prendre corps dans les meilleurs délais.

« Par la suite, le Fonds National d’Investissement pourrait évoluer vers une Banque d’Investissement à capital mixte pour les PME-PMI dans laquelle l’Etat détiendrait 15 à 20% des actions et 75 à 80% au secteur privé, en lieu et place du Fonds National d’Investissement en cours de création  » a déclaré le président de la Chambre de Commerce et d’Industrie du Mali au nom de l’ensemble des opérateurs économiques.

Apportant la contradiction à Jeamille Bittar, le ministre de l’Economie et des Finances est venu au secours des banques expliquant, en partie, l’attitude de celles-ci par la qualité des dossiers soumis lesquels ne sont pas toujours à la hauteur et la dégradation de leurs portefeuilles du fait de certains opérateurs économiques de la place. Abou-Bakar Traoré fera, par exemple, remarquer que le taux de dégradation du portefeuille du système bancaire malien s’élève à 20%, contre une moyenne de 16% dans l’espace UEMOA.

ATT se posera en arbitre entre les deux camps, exhortant les banquiers à sortir de leur frilosité et prendre davantage de risques en finançant les projets bancables et en demandant aux privés maliens de faire preuve de plus de rigueur et d’imagination en ficelant des dossiers potables. Et en mettant un point d’honneur à rembourser, dans les règles de l’art, les dettes contractées auprès des banques. Il a ordonné que les premiers financements du Fonds d’appui aux commerçants détaillants tombent, au plus tard, dans un mois.

De même, il a exhorté l’administration à faire preuve de plus de diligence dans la mise en œuvre du Projet de financement des activités des femmes entrepreneurs du Mali.


Yaya SIDIBE

1er février 2006.