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L’adjudication définitive de la 3e licence de téléphonie globale au Burkinabé Apollinaire Compaoré est en passe d’être renvoyée aux calendes grecques. Le PDG de Planor Afrique attributaire sous le nom d’Alpha Télécommunication-SA (Altel) peine à s’acquitter du reliquat des 22 milliards de F CFA après avoir payé 33 milliards de F CFA. L’Etat, qui misait beaucoup sur ce pactole, s’impatiente et perd confiance jour après jour.

jpg_une-1828.jpgL’histoire est-il en train de rattraper Apollinaire Compaoré qui est qualifié de tous les noms d’oiseau dans les milieux d’affaires et surtout dans son domaine qui est celui de la téléphonie mobile ? Toujours est-il que son cas ressemble à celui de l’arroseur arrosé.

Depuis le mois de mars 2013 qu’il est attributaire de la 3e licence pour laquelle il a payé un premier acompte de 33 milliards de F CFA sur les 55 milliards de F CFA de prix de cession, le PDG de Télécel Burkina Faso ne parvient pas à apurer la deuxième tranche des 22 milliards de F CFA.

Selon les termes du contrat, le paiement de cette deuxième et dernière tranche doit boucler le processus d’adjudication de la 3e licence. Mais cet argent attendu depuis le 3 mai dernier ne tombe pas. Pis, le versement des 33 milliards de F CFA dans un compte séquestre de la Bcéao n’est qu’un jeu d’écritures, qui ne permet en aucune manière à l’Etat de disposer de ce fonds.

Plus les jours passent, plus la confiance des pouvoirs publics en l’homme d’affaire burkinabé fond comme beurre au soleil. L’Etat en manque d’argent en ces temps de crise avait beaucoup misé sur l’argent généré par la cession de la 3e licence pour faire face à des dépenses de souveraineté comme l’effort de la guerre, le financement des élections, entre autres.

Le ministre de l’Economie, des Finances et du Budget n’a pas manqué de le signaler au cours de la récente interpellation du gouvernement à l’Assemblée nationale avec trois de ses collègues du gouvernement.

La remise en cause du marché, selon des sources introduites, ne souffre plus de doute. Le gouvernement de Diango Cissoko a eu vent des nombreuses connexions autour de ce marché scabreux est en train d’analyser les voies et moyens réglementaires pour son annulation pure et simple. Beaucoup d’indices et non des moindres plaident en faveur du gel de la 3e licence pour une nouvelle procédure de concession.

Incapacité de Compaoré

En plus de l’incapacité de M. Compaoré à honorer ses engagements contractuels, le dossier est entouré de beaucoup de zones d’ombre. Des interrogations demeurent sur la disqualification de Cessé Koné au départ membre du Groupement Planor Afrique, Monaco Télécom, Cessé Komé.

Accusé d’avoir été mis de côté pour n’avoir pas été capable financièrement de payer sa quote-part des 22 milliards de F CFA de ses 40 % de capitaux et du refus de signer les offres financières et techniques, ces accusations n’ont été nullement prouvées. Au contraire, il a été su plus tard que des montages grotesques du cahier des charges sur fonds de corruption militaro-civil sont à l’origine de la disqualification de notre compatriote. L’intérêt du Vérificateur général, Amadou Ousmane Touré, de se saisir du dossier a davantage éveillé les soupçons des décideurs de laisser durer le suspens.

Selon toute vraisemblance, l’Etat est dans la dynamique de mettre fin au contrat de la 3e licence attribué à Apollinaire Compaoré par enttente directe en violation du code des marchés publics et sur la base de l’insolvabilité du Burkinabé vis-à-vis du trésor public.

Il va sans dire que les banques qui sont les principales pourvoyeuses de fonds pour de tels projets d’envergure se hâtent lentement à délier les cordons de la bourse et finissent par opposer une fin de non-recevoir. En cause, les bruits faits autour de l’affaire qui ne sont pas du tout rassurants pour les milieux financiers internationaux et même nationaux.

L’heure est à l’analyse des scénarios de résiliation du contrat avec ses implications juridiques et financières. Selon des sources introduites, le gouvernement fait encore l’objet de pressions de la part de ceux-là mêmes qui se sont laissés corrompre dans cette affaire pour le moins… sulfureuse.

Abdrahamane Dicko

Les Echos du 28 Mai 2013