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La 3e licence de téléphonie globale devrait être une bouffée d’oxygène pour notre économie qui ploie sous le double poids de la crise politico-institutionnelle et économique mondiale. Mais elle risque d’être une bombe prête à éclater à tout moment.

Le régime précédent, qui a été à l’origine de l’ouverture de l’offre portant attribution de la 3e licence de téléphonie globale, y fondait beaucoup d’espoir pour la simple raison que le secteur est pourvoyeur de beaucoup d’argent et d’emplois. Dans certains pays alentours une licence de téléphonie a été vendue à près de 100 milliards de F CFA.

Au Mali, la 3e licence a été cédée à 55 milliards de F CFA. Malgré le montant jugé très bas par les professionnels du secteur, l’offre n’en est pas moins alléchante pour le gouvernement de transition. Celui-ci mise sur cet argent pour faire face à certaines dépenses liées aux échéances électorales futures et à l’effort de la guerre, entre autres.

Le ministre de l’Economie, des Finances et du Budget, Tiéna Coulibaly, a abordé le sujet au cours de sa dernière interpellation devant l’Assemblée nationale avec ses collègues de l’Administration territoriale, de la Sécurité intérieure et de la Protection intérieure, de l’Energie et de l’Eau, de la Défense et des Anciens combattants.

Le ministre Coulibaly, évoquant le financement des élections et de tout ce qui a trait à l’effort de la guerre n’a pas hésité à dire que l’argent généré par la vente de la 3e licence dont les 33 milliards de F CFA bloqués dans un compte et le reliquat de 22 milliards de F CFA qui tomberont d’ici le 12 mai 2013 seront d’un appoint considérable.
Offre non encore bouclée

L’optimisme gouvernemental est bien confronté au contentieux dont fait l’objet l’offre non encore bouclée. Le sulfureux dossier est menacé de résiliation du fait qu’il y aurait tromperie sur la marchandise. Le marché qui révèle petit à petit ses secrets, cache des formes d’irrégularité dans son attribution par le truchement de la modification du cahier des charges au profit d’Apollinaire Compaoré, promoteur de Planor Afrique et qui était au départ en groupement avec notre compatriote Cessé Komé. Le premier détenait 60 % (33 milliards de F CFA) et le second 40 % (22 milliards de F CFA).

La modification des termes du cahier des charges a fait semblant de retirer la licence au groupement Planor-Afrique Monaco Télécom-Cessé Komé pour l’attribuer ensuite à Planor Afrique membre à part entière de l’entité disqualifiée au détriment de M. Komé, accusé de défaillance. Ce qui reste à prouver, car le conseil de Cessé Komé met quiconque au défi de prouver la défaillance de son client.

M. Compaoré qui a créé Alpha télécommunication Mali (Altel-SA) s’engage à prendre les 100 % des capitaux de la 3e licence en promettant de verser 33 milliards de ses 60 % et les 22 milliards des 40 % de son désormais ex-partenaire Cessé Komé. C’est là où le marché de la 3e licence est soupçonné de délit d’initié avec une vaste complicité militaro-civil sur fonds de pot-de-vin. Recours est fait au code des marchés publics qui n’autorise pas d’attribuer la totalité d’un tel marché à un seul adjudicataire.

Les dessous de l’affaire révèlent que les 33 milliards de F CFA ne constituent ni plus ni moins qu’un jeu d’écritures d’une banque à une autre. Mais jusqu’à ce jour, il n’existerait de trace de l’argent qui fait tant rêver l’Etat. Pis, les 22 milliards de F CFA restants ne sont pas encore rentrés dans les caisses de l’Etat qui les attend depuis le 12 mai fixée comme date d’échéance.

La procédure judiciaire est enclenchée devant les juridictions nationales et internationales. Le gouvernement a du pain sur la planche. Ses espoirs sur les 55 milliards de F CFA de la téléphonie mobile risquent de se transformer en mirage. De deux choses l’une : ou le marché sera cassé impossible pour lui de remettre Apollinaire Compaoré dans ses droits en lui remboursant son dû au cas où celui-ci parvenait à s’acquitter de la totalité de sa quote-part, ou il n’est pas exclu de payer d’importantes sommes d’argent à Cessé Komé en guise de dommages et intérêts pour réparations de préjudices subis.

Abdrahamane Dicko

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Le Récotem met les pieds dans le plat

Le Réseau des consommateurs de télécommunication (Récotem), au cours d’une conférence marquant son 5e anniversaire le dimanche 19 mai à la Maison de la presse, n’est pas resté en marge de la désormais affaire de la 3e licence. Son président, Dr. Adama Traoré, qui a donné du fil à retordre aux sociétés Sotelma-Malitel et Orange-Mali en son temps, a dénoncé les conditions d’attribution de ce marché entouré, selon lui, « d’opacité ».

Le président du Récotem a jugé le montant des 55 milliards de F CFA dérisoire et son attribution à Apollinaire Compaoré, qu’il qualifie « d’étranger ». Il a affirmé se battre pour l’annulation de l’offre à Planor Afrique et pour les intérêts de notre pays et des consommateurs de téléphonie mobile de notre pays.

A. D.

21 Mai 2013