Partager

Le 3e Congrès ordinaire de la Fenascom se tiendra à Bamako ce week-end. Cette Fédération nationale de la santé communautaire, qui suscite l’admiration et le respect de plus d’un n’est pas tombée du ciel. Elle est l’œuvre de plusieurs groupes d’hommes et de femmes dont les idées ont convergé au tournant des années 1990 pour installer un appareil capable d’accompagner et de promouvoir ce formidable mouvement de santé communautaire créé par les populations du Banconi. C’est la saga de ces intrépides acteurs que je me fais le devoir et me donne le plaisir de vous relater.

Le modèle de santé communautaire malien, selon le mot du Dr. Akory, un des prélats les plus en vue du système, est unique en son genre au monde en ce sens que c’est le seul système qui laisse plein pouvoir aux populations pour gérer leurs propres services de santé.

Et pourtant, bien des professionnels de la santé ont assisté à l’émergence de ce concept révolutionnaire en simples spectateurs, essentiellement parce qu’il n’avait pas été prévu par l’Etat qui n’a fait que prendre le train en marche. J’étais dans le lot de ces professionnels/spectateurs.

Mais les choses devaient changer très vite. Par l’entremise du Dr. Moussa Koné (Ouélessébougou), je mis rapidement le pied à l’étrier pour me retrouver membre de l’Asaco de Fadjiguila-Doumanzana. Je devins alors un animateur communautaire très engagé et je me mis à étudier très spécialement la politique des médicaments essentiels.

Et c’est à travers mes prises de contact avec quelques Asaco de Bamako et de l’intérieur que je me rendis compte de l’absence quasi-totale de concertation et de collaboration entre les Asaco. Certains de mes amis (Dr. Moussa Koné, Dr. Moussa Kamaté, Dr. Aguibou Coulibaly, Etienne Dembélé et Modibo Maïga) avaient fait le même constat. Nous savions qu’il manquait quelque chose d’essentiel au système et qu’il fallait agir. Mais très naïvement, nous attendions une réaction des pouvoirs publics pour conforter les acteurs communautaires dans l’approfondissement de leur identité.

Paul Benoît, un excellent mutualiste de Marseille que nous fit rencontrer Moussa Koné nous fit comprendre qu’en matière d’avancée sociale, le premier pas revenait toujours à la société civile et que nous risquions d’attendre fort longtemps si c’est l’Etat qu’on attendait. Cela ne tomba pas dans l’oreille de sourds. Au début de l’année 1992, nous avions déjà arrêté une idée : il fallait créer une fédération regroupant le maximum des Asaco du pays, pour donner au mouvement un cadre de concertation, de plaidoyer, d’intégration et d’harmonisation de leurs actions.

Le concept était ficelé. Il restait à passer à l’action. Mais comment ? Nous n’avions ni moyens financiers, ni assise véritable au sein du mouvement. C’est alors que nous eûmes l’idée d’impliquer directement certaines Asaco dans le projet en leur faisant jouer leur propre rôle d’animateurs communautaires. On partagea Bamako en deux secteurs : rive droite et rive gauche. La sensibilisation de la rive gauche fut confiée à une Asaco dont nous tairons l’identité par discrétion, et celle de la rive droite à l’Asaco de Sogoniko.

Il faut préciser que ces deux Asaco focales nous avaient été chaudement recommandées par des amis. Il faut également ajouter que l’accueil fait à notre petit comité ad hoc fut exceptionnel à Sogoniko. M. Katilé (le président) et les membres de son bureau nous accueillirent d’emblée comme les leurs, là où certains avaient l’air de nous demander de quoi nous nous mêlions.

Trois mois plus tard, nous étions de retour sur les lieux. Côté rive gauche, notre Asaco focale n’avait pas effectué la moindre action de sensibilisation. Côté rive droite, nous eûmes l’agréable surprise de constater que le travail avait été fait : toutes les Asaco opérationnelles et/ou en gestation avaient été touchées par Sogoniko. C’est alors que commença à émerger la figure de M. Ibrahim Fadiala Kéita (à qui l’Asaco de Sogoniko avait confié le pilotage de ses missions) comme personne ressource de grande qualité.

Notre comité ad hoc s’empressa de confier à Sogoniko la tâche qui n’avait pas été exécutée rive gauche. Et quelques mois plus tard, le travail était fait de nouveau ! Le comité ad hoc, dont aucun des membres n’envisageait d’intégrer le bureau de la future Fédération commença à dresser une liste des personnes capables de la diriger efficacement. Un consensus commença depuis ce moment à se dégager autour du nom de M. Ibrahim Fadiala Kéita comme président potentiel.

L’homme nous impressionna par sa sérénité, par son esprit de conciliation, par sa courtoisie, par sa vaste culture générale et par son carnet d’adresses extrêmement fourni. Mais on n’était pas encore au congrès constitutif, il y avait encore du pain sur la planche. Nous proposâmes alors à M. Kéita et à ses compagnons de travailler sur les textes de la future Fédération.

Ils se mirent très rapidement au travail, en associant des personnes-ressources de plusieurs Asaco de Bamako : le comité préparatoire du congrès était désormais né, et le comité ad hoc pouvait le positionner au devant de la scène. Et c’est ce que nous fîmes, non sans avoir accepté de désigner au moins quelques membres au sein du comité préparatoire.

Le reste appartient à l’histoire officielle : la tenue du congrès constitutif, le démarchage des pouvoirs publics et de nombreux partenaires historiques (comme le Fédération des mutuelles de France) et stratégiques, l’élaboration et l’exécution de nombreux plans d’action pendant ces 15 années écoulées, l’installation d’une administration performante, la construction d’un siège de bon standing et surtout, l’extension du réseau qui passa de moins de 100 Asaco en 1993 à plus de 950 de nos jours sont autant d’acquis impressionnants qui n’étaient pas donnés au départ.

Aux commandes de l’organisation depuis 1993, M. Ibrahim Fadiala Kéita a su incarner l’unité du mouvement et combler l’espoir que le comité ad hoc avait placé en lui.

La Fenascom est devenue une réalité incontournable sur l’échiquier socio-sanitaire malien. Elle est devenue, sans nul doute possible, le mouvement le plus puissant et le plus crédible de la société civile sur le continent africain dans le domaine de la santé. Elle reste largement perfectible, mais un géant est né !

Nous ne pouvions pas laisser échapper cette occasion de rendre un hommage mérité à ceux qui, en 1993, ont cru en nous et ont porté très haut le projet de Fédération que nous leur avions proposé.
Je veux parler de M. Ibrahim Fadiala Kéita et de ses camarades.

Abdoul Traoré dit Diop

(membre fondateur de la Fénascom)

22 Octobre 2008