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Une affaire qui laissera des stigmates sur le mandat du Président ATT. Tiébilé Dramé, le président du 23ème Sommet Afrique-France tenu à Bamako les 3 et 4 décembre 2005, a été auditionné par le pôle économique. Il s’agit bien de ce service réputé pour son rôle spécifique dans la lutte contre la corruption et la délinquance financière.

L’information rendue publique par une importante déclaration du Parena, le parti présidé par Tiébilé Dramé, le 18 septembre 2006 a fait l’effet d’un coup de tonnerre dans un ciel serein à Bamako. C’est une foule d’interrogations qui a émaillé les commentaires en différents endroits de la capitale malienne.

Qui est visé ? Tiébilé pour l’empêcher de bénéficier politiquement des retombées de la bonne organisation du Sommet, disent certains. Pour d’autres, des collaborateurs de Tiébilé sont la cible. Mais celui-ci n’accepterait jamais de les lâcher aux mains de la justice. C’est pourquoi, il faut commencer par l’écouter.

Pour d’autres encore, ce n’est que pure machination, une cabale montée de toutes pièces à l’insu du Président ATT pour détruire l’élan d’un homme politique dont l’avis compte à Koulouba.

Bref, avec une opinion nationale africaine et française, comblée de la bonne image de l’organisation d’un Sommet historique en décembre à Bamako, on ne pouvait que s’étonner et rester ébahi devant une telle information.

A voir de près, la procédure dans cette affaire tristement célèbre a été émaillée d’incohérences qui font mal à toutes les forces vives du pays ayant été mobilisées pour la réussite du Sommet.

Au delà du comité d’organisation dans son ensemble et ses démembrements, c’est tout le pays qui en ressent le malaise. La sortie conjointe du contrôle général des services publics et de l’Inspection des Finances, qui s’est soldée par la production d’un premier rapport et ensuite d’un rapport parallèle a marqué le point de départ des incohérences qui frisent le paradoxe.

D’abord les contrôleurs ont produit un premier rapport où ils n’ont pas relevé d’anomalie au niveau des dépenses du personnel, des dépenses de fonctionnement et des procédures de passation et d’exécution des marchés publics. Alors que ce rapport a été notifié à l’intéressé, le président du CNOSAF, un second rapport a eu l’effet d’un coup de poignard dans le dos.

Ce deuxième rapport constitue l’objet de toutes les incohérences et des confusions. Il fait état de matériels manquants. Toutes choses qui ne figuraient pas dans le premier rapport notifié à Tiébilé Dramé. Notée sur une feuille volante, cette liste a été déposée au siège du CNOSAF, deuxième niveau d’incohérence.

Le troisième niveau d’incohérence se situe au niveau des dossiers transmis au pôle économique, où la réponse de Tiébilé Dramé au premier rapport à été superbement omise, alors qu’il a été flanqué de la liste des matériels manquants. Tiébilé Dramé ne se rendra compte de l’existence du rapport parallèle qu’à son audition au niveau du pôle économique.

D’où toute la saveur d’une machination orchestrée de toutes pièces. Qui a transmis les rapports d’enquête à partir de la Présidence de la République en l’absence d’ATT ? Le rapport tripatouillé a-t-il été commandité ? C’est là toute la question.

Partout à Bamako et à l’intérieur du pays (appels de plusieurs journalistes de l’intérieur), on pense que l’affaire du CNOSAF est entourée d’un grand paradoxe.

Alors que les plus hautes autorités du Mali (le Président de la République, le Premier ministre) et de France (le Président Chirac et l’ambassadeur de France au Mali), ont salué la bonne organisation du Sommet, d’une part ; en sourdine, d’autre part, on s’attaque au garant de ce succès, en l’occurrence le président du CNOSAF Tiébilé Dramé, qui du reste est officier de la légion d’honneur de la France, depuis le 14 juillet dernier.

Comment les hautes autorités de la France, pays coorganisateur du Sommet percevront-elles cette attitude qui frise le paradoxe institutionnalisé ?

Les incohérences, la confusion et le paradoxe qui entourent le dossier du Cnosaf suscitent des interrogations portant sur des questions aussi stratégiques que le rôle des structures de lutte contre la corruption et la délinquance financière.

La République serait sur une pente glissante s’il s’avère que la conduite de ces structures souffre de légèreté et de dérive d’instrumentalisation par quelque niveau que ce soit. Dans ce cas, des responsabilités doivent être situées et corrigées en conséquence pendant qu’il est encore temps. Le premier garant de l’ordre constitutionnel et de la justice est à cet effet interpellé.

Le contact gardé entre le Président ATT et les responsables du Parena, depuis leur rencontre du 19 septembre, doit s’inscrire dans cette dynamique de clarification de toutes les zones d’ombre qui entourent cette affaire sans précédent et qui touchent à la question stratégique de conduite des structures de lutte contre les malversations.

Il est fondamental que soit évitée toute manipulation malveillante de ces organes stratégiques pour une République engagée dans la lutte contre la délinquance financière. C’est par des dérapages et des instrumentalisations que cette lutte a toujours été un échec au Mali.

Or sans cet assainissement pas seulement au niveau des responsables contrôlés, mais aussi au niveau des techniciens de ce contrôle et toute la conduite des organes de contrôle que vaut le cadre stratégique de lutte contre la pauvreté ?

Boukary Daou

21 septembre 2006.