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Alpha avait commencé la tâche de préservation de la mémoire en restaurant la mosquée de Hamdallaye, en entreprenant la sauvegarde des manuscrits de Tombouctou, en développant les musées.

Mais, confondant musée et panthéon, il a cru bon d’honorer la mémoire d’un Archinard, le Commandant Supérieur du Soudan, qui détruisit les royaumes de Ségou et de Sikasso.

Il est vrai que la question est plutôt difficile. En effet, les troupes coloniales étaient composées de tirailleurs engagés (avec quelques officiers français à leur tête) au fur et à mesure de leur avance, de gré ou de force, dans les zones conquises, et étaient parfois perçus comme des libérateurs.

Ainsi Samory est souvent cité (et pas seulement dans les documents coloniaux) comme un bourreau sanguinaire.

Les nouveaux venus au panthéon

Parmi les nouveaux venus, il faut citer Mamadou Lamine, un marabout soninké chef de guerre, qui fut exécuté et décapité par les troupes de Moussa Mollo, un chef local peul animiste allié à Archinard.

Il faut dire que les Français ont su jouer des rivalités ethniques et politiques des peuples africains pour les combattre et les vaincre.

Les Français avaient mobilisé les Bambara du Kaarta Ahmadou Sékou, roi de Ségou, autre royaume bambara. Ce dernier n’est autre que le fils d’El Hadj Oumar, marabout et auteur, qui avait vaincu les Bambara – Bandiougou Diarra, dit Oussébougou Bandiougou, allié de Ahmadou Sékou, résista jusqu’au bout.

Le village ne fut pris que case après case et le roi Bandiougou lui-même se fit sauter dans sa poudrière, anticipant de quelques années l’exemple de Ba Bemba à Sikasso.

Le Cheick Hamahoullah de Nioro, sans engager de lutte armée, opposa une farouche résistance non violente au colonisateur, alors que le pays était pacifié.

En effet, il refusa systématiquement de se rendre au bureau de l’administration un jour par semaine, comme le faisaient les autres marabouts en signe d’allégeance.

Les autorités coloniales le rendirent responsable des affrontements meurtriers qui opposèrent sa tribu à des tribus rivales, le déportèrent par deux fois en Mauritanie, puis en France, où il mourut en détention, probablement d’une maladie liée au climat froid, malsain pour lui.

Deux de ses fils furent condamnés et exécutés à la suite d’un procès inique organisé par les colonisateurs. Le Cheick Hamaloullah devint le symbole du peuple musulman opprimé par les infidèles.

Fils d’un Arabe (Seydina Oumar) venu du Maroc et d’une Noire (Aïssata dite Ba Diallo) tous deux révérés par des millions de fidèles hamallistes et non hamallistes le Cheick fut un saint négro-arabe, qui, peut-être pour la première fois en Islam, réalisa la fusion spirituelle et physique des races noire et blanche.

Ces trois résistants ont pour point commun d’être inspirés par l’Islam, religion et mode de vie, et c’est la grande nouveauté dans l’historiographie officielle.

En ces temps où il vaut mieux ne pas être pris pour un Islamiste, c’est, de la part d’ATT, un acte de courage. En réalité Firhoun, Ba Bemba, et Cheboun étaient déjà reconnus.

Restent donc les chefs qui ont animé la révolte armée alors même que le pays était pacifié : Koumi Diossé (du Bélédougou), Yoro Banga, Banzani Théra, Adama Dembélé, (du Bani) Mohamed Hamed (du Gourma) et Ould Abdoul Keïl du Hodd. La répression des Français, dans tous les cas, fut impitoyable, conférant à ces combats une dimension héroïque.

D’ailleurs, comme les historiens pourront le montrer sans peine, il ne s’agissait pas souvent de révolte ou de rébellion, mais de véritables guerres de libération, quand les Africains eurent pris conscience que les Français ne les traitaient pas en égaux, encore moins en “amis” comme ils le prétendaient en venant.

Des avenues baptisées du Nom de l’envahisseur !

Le devoir de mémoire préservée et partagée inclut-il de garder les noms des officiers et administrateurs coloniaux sur nos rues, des noms comme Archinard, Gallieni, Mage, Angoulevent, Van Hollenhoven, etc?

N’est-ce pas une insulte au combat de Ba Bemba, Samory, Amadou Sékou, Alboury N’Diaye, dont ils ont détruit les royaumes, en les massacrant, eux et leurs populations?

Il est temps de songer à remplacer ces noms odieux par ceux des enfants illustres du pays, comme on l’a fait au Stade qui s’appelait Père Bouvier et qui a pris le nom de Mamadou Konaté. Cas d’ailleurs malheureux, puisque cet homme était un prêtre et un ami du sport.

Ibrahima KOÏTA

30 septembre 2005.