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En 48 ans d’existence, le paysage politique malien a connu plusieurs évolutions, dans des contextes différents. Si l’existence des partis politiques n’a pas été aisée pendant la colonisation, elle a connu également d’énormes difficultés au cours de la période qui a suivi l’indépendance, et même plus tard.

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22 septembre 1960-22 septembre 2008. La République du Mali a quarante-huit ans, pendant lesquels le pays a connu une évolution politique assez singulière. La véritable histoire politique remonte aux années 1940, quand les nationalistes maliens ont pris conscience de la nécessité d’exiger du colon français l’Indépendance nationale.

En 48 ans d’existence, le Mali a connu pas moins de trois constitutions et autant de Républiques, deux transitions politiques et quatre présidents.

Le premier président, Modibo Keïta, père de l’Indépendance nationale, doit sa popularité au rôle historique qu’il a joué dans la lutte de libération contre le colonisateur.

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En 1960, les dirigeants fraîchement venus au pouvoir avaient pris l’option socialiste, système, estimaient-ils, le plus apte à assurer et affirmer une véritable indépendance économique et politique nationale vis-à-vis de la métropole, et à semer les jalons d’un vrai développement.

Il faut reconnaître qu’à cette époque, le contexte international se prêtait à cela, la division du monde en deux blocs aidant, la plupart des pays nouvellement libres se sont tournés vers le bloc communiste. Ce choix de nos dirigeants excluait de fait certaines libertés fondamentales comme celles d’association, de militer dans le parti de son choix, d’entreprise, de presse, d’opinion, ou de manifestation. Bref, c’était le règne de la pensée unique distillée par le parti unique de fait, l’US-RDA.

Cela a duré huit ans, c’est-à-dire jusqu’au 19 novembre 1968, date à laquelle un groupe d’officiers de l’armée a perpétré un coup d’Etat qui a été salué par la grande majorité du peuple malien. Ce jour, les populations, descendues en masse dans les rues, ont exprimé leur soif de libertés.

Le deuxième chef de l’Etat malien fut le lieutenant Moussa Traoré (photo: GMT le 21-06-2006), chef de la junte militaire qui a renversé le pouvoir pro socialiste. Au lendemain de son coup de force, il a bénéficié également d’une forte popularité, grâce notamment aux promesses faites au peuple de lui accorder des libertés fondamentales, d’assainir le pays avant de rendre le pouvoir, le plus tôt possible, aux civils.

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De fait, la junte militaire a favorisé un certain libéralisme économique. Même si son idéologie était très ambiguë, les autorités ont su jouer et se maintenir grâce à la rivalité qui existait entre les deux blocs qui dirigeaient le monde. Après une transition de six années, de 1968 à 1974, le Comité militaire de libération nationale (CMLN) imposera une nouvelle constitution qui consacra le parti unique, selon le modèle soviétique. Ce parti unique, l’Union démocratique du peuple malien, UDPM, verra le jour en 1979. Suivirent dix-sept années de règne et de semblant de démocratie, émaillées par de vraies tentatives de coups d’Etat et de faux complots.

Pendant ce temps, le peuple qui, auparavant, demandait des libertés fondamentales en était venu à réclamer la démocratie. La fronde était dirigée par divers groupes d’intellectuels. Il y avait tout d’abord les militants de l’Us-Rda qui avaient pu échapper aux prisons ou qui en étaient revenus. Ils n’ont jamais cessé d’œuvrer dans la clandestinité pour un retournement de situation. Ils ont pu compter sur d’autres formations tout autant clandestines. Le Comité de défense des libertés démocratiques au Mali (CDLDM) est créé, en 1969, en France par des étudiants et stagiaires maliens.


La lettre ouverte du 7 août

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Le Parti malien pour la révolution et la démocratie (PMRD) dont le premier noyau a été créé dès septembre 1969 et le Parti malien du travail (PMT), une émanation du Parti africain pour l’indépendance créé en 1958, deux formations qui évoluaient sur le terrain, et le Front démocratique des patriotes maliens (FDPM) animé par des exilés politiques en France, se rencontreront à Thiaroye (Sénégal) en 1986 pour former le Front national démocratique et populaire (FNDP) auquel l’US-RDA adhérera en 1989. Le Front va déclarer la guerre ouverte au régime en place. Il adressera, le 7 août 1990, une lettre ouverte au général Moussa Traoré, pour revendiquer le multipartisme et l’ouverture démocratique. Cependant, ils vont décider de changer de stratégie.

Désormais, ils comptent inscrire leurs actions dans le cadre associatif. D’où la création de l’association Alliance pour la démocratie au Mali (Adéma) quelques jours après celle du Congrès national d’initiative démocratique (CNID). Le Comité de défense des droits de l’homme va mandater certains membres du PMRD, du PMT et du Groupe Tiémoko Garan Kouyaté (une autre organisation politique clandestine) pour créer l’Association malienne des droits de l’homme (AMDH). D’autres associations comme l’AEEM, l’ADIDE, la JLD, l’AJDP verront le jour au sein des milieux scolaires et estudiantins, des jeunes diplômés sans emploi, de la jeunesse politisée.

L’UNTM, le 29 mai 1990, puis le Barreau, le 4 août 1990, demandent le multipartisme. Toutes ces associations s’appuieront sur une presse libre (Les Echos, Aurore, radio Bamakan) pour ameuter l’opinion nationale et internationale, dans un contexte marqué par les contre-performances économiques, les résultats désastreux des plans d’ajustement structurel imposé par la Banque mondiale et le FMI, les restrictions des dépenses sociales, l’insuffisance des salaires et des bourses des étudiants qui alimentent les revendications catégorielles et attisent les foyers sociaux.

Les actions de ces différentes associations aboutiront aux sanglantes émeutes de janvier, février et mars 1991 qui seront couronnées par le renversement du pouvoir, dans un contexte de révolte populaire et d’insurrection générale, par un groupe d’officiers militaires ayant à sa tête le lieutenant-colonel Amadou Toumani Touré.

Le Mali connut alors sa deuxième transition, qui sera cette fois de
courte durée, quatorze mois et quatorze jours, les putschistes ayant respecté leur parole de céder le pouvoir aux civils une fois l’ordre établi. Au Comité de réconciliation nationale (CRN), succéda seulement quelques jours plus tard, le Comité de transition pour le salut du peuple (CTSP), véritable parlement dans lequel étaient représentés les associations du Mouvement démocratique et les membres du CRN. Cependant, ces quelques mois ont permis d’asseoir les bases d’un véritable Etat de droit.

Du 29 juillet au 12 août 1992, une Conférence nationale fut organisée, à laquelle prirent part toutes les composantes de la nation. Au cours de laquelle, également, furent prises les grandes orientations d’un Etat de droit et républicain.

Le 12 janvier 1992, un référendum constitutionnel permit de faire adopter la nouvelle constitution qui consacrait la troisième République. Des élections générales (municipales, législatives et présidentielles) furent organisées du 19 janvier au 26 avril 1992. Mais la transition connut également l’éclatement du Mouvement démocratique.

En effet, une fois atteint l’objectif commun qui était de renverser le pouvoir militaire, les contradictions internes n’ont pas tardé à se manifester. Pouvait-il en être autrement pour des acteurs aux origines et motivations idéologiques et doctrinaires aussi différentes ? Qui étaient-ils et d’où venaient-ils ces acteurs du Mouvement démocratique ? Des intellectuels d’obédience socialiste qui ont rêvé d’instaurer un régime communiste dans la décennie 60-70, mais qui se sont reconvertis dans la social-démocratie, le bloc de l’Est ayant rendu l’âme.

Des intellectuels issus des professions libérales qui aspiraient à faire prospérer leurs affaires à la faveur du libéralisme économique intégral. Des syndicalistes qui avaient longtemps trimé et qui croyaient que l’heure était venue de se faire une nouvelle condition sociale. Des militants de l’UDPM déçus de ne pas avoir été reconduits à leurs postes lors du renouvellement des instances du parti. Des cadres de l’administration éjectés de leurs fauteuils pour des raisons diverses. Des travailleurs auxquels, on a promis de décupler les salaires en cas de changement politique. Des élèves et étudiants auxquels, on a promis une augmentation incommensurable des bourses et conditions de vie.

Des jeunes diplômés auxquels on a fait miroiter des lendemains meilleurs. Mais aussi, des démocrates et patriotes sincères qui aspiraient réellement au changement. L’unité et la solidarité qui avaient permis au Mouvement démocratique de conquérir le pouvoir n’a pas tardé à voler en éclats. Et à engendrer des turbulences. L’Adéma association, au moment du choix de se muer en parti politique, (comme ce fut également le cas pour le CNID association dont se séparera le Groupe Garan Kouyaté) en mai 1991, enregistrera le départ de plusieurs de ses composantes, dont principalement l’US-RDA. Et pourtant, c’est quand même ce nouveau parti qui raflera tous les scrutins.

Le 8 juin 1992, le premier président démocratiquement élu fut investi. Il est le troisième président de la République. Alpha Oumar Konaré, dirigera le pays pendant 10 ans puisqu’il sera réélu en 1997. Mais son règne est loin d’avoir été une sinécure.

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Son parti politique, l’Adéma, Parti africain pour la solidarité et la justice
(PASJ), créé en mai 1991, va diriger dans la controverse, dédaigné par la plupart de ses anciens alliés du Mouvement démocratique. Lesquels ont reproché à la Ruche ses velléités hégémoniques et dominatrices. Le conflit atteindra son point culminant en 1997, à la faveur des élections générales dont les législatives, contestées par la classe politique, seront annulées par la Cour constitutionnelle et reprises sans les adversaires du Pasj qui s’étaient constitués en Collectif des partis politiques de l’opposition, COPPO, pour boycotter le processus électoral.

Alpha Oumar Konaré sera réélu face à l’homme politique le moins représentatif de l’échiquier politique, Mamadou Maribatrou Diaby, président du PUDP, et de fait, verra contestée la légitimité de sa victoire. Au cours des dix années Konaré, le paysage politique a connu plusieurs bouleversements. La plupart des partis politiques ont été victimes de déchirures internes.

Au sein des plus grands partis, le Pasj a vu d’abord le départ, en 1994, de la frange du PMDR qui donnera naissance au Miria, ensuite celui de l’aile modérée dirigée par l’ancien Premier ministre IBK, ancien président du parti, qui fondera le Rpm, puis celui du clan dit de la CMDT, conduit par Soumaïla Cissé qui créera l’URD. L’US-RDA, dont le candidat est arrivé au deuxième tour de la présidentielle de 1992, connaitra une véritable saignée avec la création, notamment, du Bdia et du Pids. Le Cnid FYT, issue de l’autre grande figure du Mouvement démocratique donnera naissance, entre autres, au Parena, Sadi et au BARA. Aucune formation politique ne fut épargnée par les démons de la division, et à chaque fois, les observateurs ont vu derrière, la main du Pasj et les manipulations du président de la République.

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En 2002, grâce aux urnes, Amadou Toumani Touré reviendra en qualité de quatrième président de la République face au candidat officiel de l’Adéma, pendant qu’IBK, arrivé troisième, lui accordera son soutien. ATT bénéficiera, en tant que candidat indépendant de toute formation politique, d’un contexte extraordinaire lié au fait que les différents partis politiques se trouvaient dans un état de délabrement total. Aussi, il a promis de s’activer pour la réconciliation de la classe politique avec elle-même et la revalorisation de la chose politique.

Une gestion consensuelle du pouvoir fut proposée à la classe politique qui l’accepta. Tous les grands partis politiques participeront au pouvoir pendant les cinq années du premier mandat d’ATT. Lequel sera réélu en 2007. Cependant, à la faveur de cette élection, le consensus fut compromis par le départ du Rpm qui s’associera à d’autres formations pour constituer le Front pour la démocratique et la République (FDR), le regroupement électoral qui s’opposera plus tard à ATT, lui-même soutenu par un autre bloc, l’Alliance pour la démocratie et le progrès (ADP).

Ce deuxième mandat a vu l’amorce d’une tendance contraire aux scissions enregistrées lors des années précédentes. En effet, depuis quelques mois, le paysage politique est en train de se redessiner avec des fusions et alliances entre les différents partis politiques. Pour l’heure, les plus grands bénéficiaires de ces rapprochements sont l’Adéma et l’URD, qui sont également les deux formations qui dominent l’échiquier politique, compte tenu du nombre de leurs élus.
A noter qu’à l’heure actuelle, le Mali compte près de 120 partis politiques.


Cheick Tandina

18 Septembre 2008