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Dans son adresse à la nation à l’occasion de la fête du nouvel an, Ibrahim Boubacar Keïta a décidé de faire de la lutte contre la corruption sa priorité en 2014. Cette volonté clairement exprimée par le président de la République ne semble pas convaincre le Procureur général près la Cour d’appel de Bamako qui se trouve être un acteur clé de cette lutte. En effet, à la faveur d’une conférence débat organisée, ce 1er février 2014, par l’Union des jeunes pour l’avenir du Mali, Daniel Amagouin Téssougué a qualifié la volonté présidentielle d’un slogan creux qui traduit, dit-il, la fuite en avant des différents régimes successifs.

«Lutte contre la corruption, quel rôle pour la jeunesse ?». Tel était le thème aussi évocateur que d’actualité que l’Ujam avait soumis aux débats dans le cadre de ses activités. C’était dans les locaux de la Maison des jeunes de la Commune V. Pour mieux cerner tous les contours de ce sujet, les organisateurs ont fait appel aux riches expériences de fins connaisseurs des questions relatives à la corruption. Il s’agit en l’occurrence de Daniel A. Téssougué, Procureur général près la Cour d’appel Bamako et Abdrahamane Cissé, membre du Bureau du vérificateur général.

Cette rencontre était une manière pour l’Ujam de jouer sa partition dans la lutte contre la corruption. Elle a ainsi invité toutes les forces vives maliennes à se lever comme un seul homme pour soutenir le locateur de Koulouba dans cette démarche. Le président de l’Union, Sidati Touré, après avoir rendu un hommage aux deux conférenciers, a estimé que ces débats permettront à la jeunesse de mesurer sa responsabilité et son rôle dans la lutte contre la corruption au Mali. « Nous espérons qu’à travers ces débats, les Maliens qui veulent le bonheur du peuple vont se retrouver pour dégager des stratégies d’actions pour le développement du Mali», a-t-il déclaré. A cette occasion, l’Union a décerné un diplôme de reconnaissance à son président d’honneur et ancien candidat à l’élection présidentielle de 2013, Racine Thiam.

Dans son exposé, Daniel Téssougué a indiqué que beaucoup a été dit et fait dans la lutte contre la corruption au Mali, sans que les résultats escomptés soient atteints. Du Général Moussa Traoré au Président IBK, le procureur a indiqué que l’Etat malien n’a jamais engagé une véritable lutte contre la corruption. «Les autorités n’ont jamais eu une véritable volonté de lutter contre la corruption. Tout ce qui est fait, c’est pour distraire le peuple et l’endormir davantage», a-t-il indiqué. Et le Procureur général d’enfoncer le clou : «déclarer 2014, l’année de la lutte contre la corruption par le président de la République n’est que de la comédie, un slogan creux qui traduit sans nul doute la fuite en avant des différents régimes».

De l’avis de M. Téssougué, une volonté réelle de lutter contre ce fléau ne nécessité pas de tam-tam, mais plutôt le professionnalisme. Face à toute cette parodie, il a estimé que le moment est arrivé afin que les jeunes ouvrent leurs yeux et prennent en main leur destinée en organisant des cadres d’échange. Ce, pour faire comprendre aux gouvernants que la comédie à trop duré et les contraindre à enclencher une véritable croisade contre ce mal qui explique en grande partie les problèmes de sous-développement de notre pays. Selon lui, sans cette prise de conscience, rien ne bougera puisque, a-t-il récemment affirmé, «le moustique ne fabriquera jamais l’anti-moustique pour combattre les moustiques».

Forum sur la lutte contre la corruption, un folklore ?

De l’avis du Procureur général, le forum sur la corruption, organisé du 23 au 24 janvier 2014 par le gouvernement, n’était pas d’une grande utilité. Selon Téssougué, les résolutions de cette rencontre qu’il qualifie à la limite de comédie, sont déjà prises en charge par des textes. «Ce n’est pas un problème de textes, mais plutôt un changement de comportement et une réelle volonté politique», a-t-il estimé. Ce qui va l’amener à soutenir que la corruption a atteint tous les secteurs de notre pays : «dans un pays, quand des voleurs, des bandits à col blanc entrent dans des deals avec des policiers, des magistrats, des responsables administratifs et des autorités politiques, ce pays est foutu. Et le Mali est aujourd’hui dans cette situation. Cela n’est pas surprenant dans un Mali où les autorités ont en conscience que les textes sont faits pour les autres».

Dépité par l’ampleur du phénomène, il a indiqué qu’une catégorie de fonctionnaires maliens et quelques hommes politiques se sont appropriés de toute la fortune du pays. Avant de dénoncer «le folklore» qui entour la démarche du président de la République contre la corruption.

Daniel Téssougué a par ailleurs rappelé que bon nombre de responsables maliens sont souvent très mal placés pour parler de la lutte anti-corruption, parce qu’ayant trempé dans des histoires sordides. Il s’est ainsi montré convaincu que la solution est dans la main du peuple malien qui doit, après 53 ans d’indépendance, refuser d’applaudir dans le vide et imposer aux gouvernants d’enclencher une véritable lutte contre la corruption pour assainir le Mali. Toute chose qui passe par un rôle beaucoup plus accru de la jeunesse qu’il a invitée à veiller au «grin» et à montrer aux décideurs que le peuple à compris.

Nouhoum DICKO

Le Prétoire du 3 Février 2014