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17 mars 1989 – 17 mars 2009, le journal « Les Echos » a vingt ans. Pour commémorer cet anniversaire, la coopérative culturelle multimédia Jamana, groupe dont relève « Les Echos », a organisé une série de rencontres pour une rétrospective de l’état de la démocratie au Mali.

Vingt ans de labeur et de coup encaissé pour la défense de la démocratie et du multipartisme au Mali, « Les Echos » s’estime aujourd’hui heureux pour avoir énergiquement contribué à la défense d’un droit inaliénable de l’Homme : la Liberté. Né d’une atmosphère sociopolitique hostile à la libre expression, « Les Echos » a servi de cheval de Troie aux acteurs du mouvement démocratique, en l’occurrence l’ancien président Alpha Oumar Konaré et ses compagnons de lutte, pour l’instauration de la démocratie au Mali.

Le journal a été un véritable outil de communication, un symbole de la démocratie, et parfois perçu comme un outil du pouvoir Adéma-PASJ pour ses liens avec les animateurs de ce parti politique dont une partie importante de ces animateurs ont été des éditorialistes du journal. Mais les responsables du journal se défendent d’avoir conservé leur passion de défense de l’intérêt public vis-à-vis de ces fondateurs. La date de 17 mars retenue pour la création des Echos vise par ailleurs à rendre hommage à la lutte d’Adoul Karim Camara dit Cabral qui a succombé sous des tortures, le 17 mars 1980, pour son engagement pour la liberté.

Le journal a pu résister à différentes intimidations à l’image du saccage des locaux de Jamana, le 5 avril 1993, et le directeur de publication du journal, Alexis Kalembri, rappelle que le journal n’a raté aucune parution. Dans des témoignages à l’hommage aux animateurs du journal, on perçoit le sacrifice consenti par ces hommes et femmes pour leur rêve de la démocratie.

Dans le cadre des festivités commémoratives des 20 ans, les responsables de la coopérative Jamana ont organisé une conférence, le samedi 14 mars 2009 au Blonba sur l’état de la démocratie et du multipartisme au Mali et la perspective de 2012.

A noter la présence du ministre des Enseignements Sécondaire, Supérieur et de la Recherche Scientifique Pr. Amadou Touré

Le directeur de la coopérative Jamana, Hamidou Konaté, a souligné que la presse a joué un rôle décisif dans l’avènement de la démocratie mais regrette qu’on cherche à décrédibiliser aujourd’hui la presse. « Et, c’est le pouvoir » a-t-il indiqué.

« J’ai comme l’impression que la démocratie malienne c’est un pas en avant deux pas en arrière » résume Salif Berthé, un conférencier regrettant qu’il n’y ait pas de conviction idéologique dans la classe politique malienne. Selon Soumeylou Boubèye Maïga, il y a une approche opportuniste dans les lignes des partis politiques due à la puissance des militants de deuxième heure des partis politiques. Le jeu politique est aussi troublé par les acteurs de la société civile qui se sont introduits au sein des formations politiques affaiblissant leur rôle de contre pouvoir.

Des acteurs du mouvement démocratique de mars 1991 comme le Pr. Ali Nouhoum Diallo, le Pr. Abdoul Diop, Ousmane Sy, Mme Sy Kadiatou Sow, Soumeylou Boubèye Maïga, etc., en face d’un grand public aussi intéressé par l’évolution de la démocratie malienne n’ont pu relever d’avancées significatives de mars 1991 à nos jours. Dans les textes, rappelle Me Mamadou Gaoussou Diarra, le Mali est un état démocratique parfait, mais la pratique est tout autre chose. A commencer par la collaboration entre les institutions de la République où tous s’érigent comme la volonté du président de la République, devenu une sorte de culte de la personnalité.


Quelle perspective pour 2012 ?

La jeunesse malienne est désorientée, faute de repère et les idéaux de mars 1991 semblent être trahis. Ousmane Sy a souligné que les repères sont malmenés et au sein des partis politiques, personne ne parle de projet politique. Le pouvoir d’achat des Maliens a baissé, les défis de l’éducation et de l’emploi sont toujours cruels, la corruption s’est généralisée, etc. «Ce n’est pas pour cela que les martyrs se sont sacrifiés» s’est indigné un spectateur.

On rapporte également que 2002 a été un accident de parcours du processus démocratique malien avec l’entrée en force des indépendants au détriment des partis politiques. Connue pour sa franchise, Mme Sy Kadiatou Sow a déclaré que, pour n’avoir pas osé faire un bilan de gestion des dix ans de pouvoir, l’Adema-PASJ ne doit pas revenir au pouvoir en 2012.

« 2012 ne sera que ce que nous souhaitons qu’il soit » a conclu Sambi Touré, directeur de publication du journal Info Matin, modérateur du débat sur la perspective de 2012. Pour cela, les défis semblent encore lourds et pleins d’embûches.

Seydou Coulibaly

17 Mars 2009