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Pour lui faire plaisir, ils lui ont acheté toutes les marques d’engins à deux roues désirées. Le prix du carburant et l’argent de poche sont garantis par le chef de famille. Balla T. aurait tout eu pour être heureux s’il ne se sentait à l’aise qu’au milieu des voyous. Il les fréquente dans les quartiers périphériques et les approvisionne même souvent en drogue et en alcool.

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Dans la nuit du 15 au 16 avril, Balla a été invité par son meilleur ami, Tahirou D., pour une virée à Ségou. Il n’ignorait pas que cet ami est un caïd, un repris de justice endurci et un récidiviste notoire. Le malfrat est connu de tous les commissariats de Bamako. Le voyage, suggéra Tahirou D., leur permettra de changer d’air et de revenir avec au moins un engin à deux roues à écouler sur le marché bamakois. Balla accepta la proposition. Aux environs de 17 h, le 15 avril dernier, les deux compères étaient confortablement installés dans un autobus à destination de la capitale des Balanzans.

A l’escale de Konobougou, localité d’origine de Tahirou, les deux amis décidèrent d’interrompre leur voyage et de passer la nuit là. Ils reprendraient la route le lendemain. A peine eurent-ils mis pied à terre que Tahirou fut assailli d’idées de coups de main. Il savait qu’un certain Sidi S. résidant à Konobougou était propriétaire d’une moto chinoise qu’il venait d’acheter dans la capitale.

Très rapidement, Tahirou concocta un plan à exécuter avec l’aide de Balla T. Les deux mauvais garçons utilisèrent une cabine téléphonique pour appeler Sidi S. Tahirou annonça à son interlocuteur qu’il venait d’arriver dans le village et qu’il avait un colis à lui remettre. Pour retirer le paquet, Sidi devait le rejoindre à un endroit précis au marché du village.

Le nommé Sidi est un jeune commerçant qui connaît bien Tahirou. Il sait que ce dernier n’a pas bonne presse à Konobougou. Prudent, il répondit qu’il ne pouvait pas venir sur le champ à cause de ses occupations. Il avait beaucoup à faire dans son petit établissement, une boutique située à l’entrée de la cour familiale. Loin de se décourager, Tahirou et son compagnon annoncèrent à Sidi qu’ils viendraient eux-mêmes lui apporter le colis. Le commerçant accepta la proposition. Quelques minutes plus tard, Tahirou arriva seul pour apprendre à Sidi S. que le colis était trop lourd à porter et qu’il l’avait confié à son ami Balla T. qui les attendait à un pâté de maisons de là.

Corps inerte

Tahirou suggéra au commerçant de l’amener avec sa moto pour aller récupérer le bagage. Cela épargnerait une perte de temps, a-t-il argumenté. Il ajouta qu’il devait continuer son chemin la même nuit sur Ségou. Sidi se laissa convaincre par Tahirou et le transporta à l’endroit indiqué. A leur arrivée sur les lieux, le commerçant constata qu’il n’y avait point de colis. Mais il n’eut pas le temps d’exprimer sa remarque. Le caïd Tahirou l’assomma d’un coup de bâton asséné sur la nuque. Puis avec l’aide de Balla T., il le balança près d’un tas d’ordures, le laissant pour mort. Les deux compères sautèrent sur la moto et prirent la direction de la capitale.

Une douzaine de minutes plus tard, des passants remarquèrent le corps inerte d’un homme gisant sur le bas-côté. Ils s’approchèrent et reconnurent Sidi S. L’alerte fut donnée. Tout le monde conclut que l’agression avait été perpétré par Tahirou qui avait été aperçu dans le village puis avait disparu comme par enchantement. Certains s’occupèrent du blessé qui, après avoir recouvré ses esprits, confirma ce que tout le monde subodorait. Le poste de police de Fana fut immédiatement averti.

Peu de temps après l’alerte, Tahirou et Balla arrivèrent au poste. Les gendarmes et les douaniers les reconnurent à partir de la description des habitants de Konobougou. Ils voulurent les arrêter. Balla, le passager, sauta de l’engin et disparut dans l’obscurité. Tahirou, très habile conducteur de moto, tenta de semer les agents. Mais il se rendit vite compte que sa tentative de fuite était vaine. Il fit faire à l’engin une figure acrobatique et descendit, laissant la moto filer droit dans un tas de paille. Les poursuivants tombèrent dans le panneau. Ils crurent à un accident et allèrent à la moto qui ronflait encore.

Tahirou en a profité pour s’évanouir dans la nuit.

Le 22 avril dernier, la mère de Sidi se rendit au commissariat du 7è arrondissement pour porter plainte au nom de son fils toujours paralysé par les séquelles du violent coup reçu. La vieille Gogo B. donna tous les renseignements à l’inspecteur Oumar Sangaré dit Abos. Le policier accompagné de certains de ses éléments alla s’assurer du criminel Tahirou à son domicile et tendit une souricière à Balla.

Ce dernier sera arrêté deux jours plus tard. Les deux comparses ont été déférés au tribunal de première instance de la Commune VI.

G. A. DICKO | Essor

8 mai 2007