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Des morts, plusieurs blessés, ponts bloqués par les manifestants, routes barricadées, pneus brûlés sur des artères principales de Bamako et d’importants dégâts matériels. Tel est le bilan de la première journée de la désobéissance civile décrétée, vendredi 10 juillet, au Monument de l’Indépendance, par le Mouvement du 5 juin-Rassemblement des forces patriotiques (M5-RFP), pour exiger la démission du président Ibrahim Boubacar Keïta dont le discours à la nation, jeudi dernier, au lieu de calmer une situation politique déjà tendue, depuis vendredi le 5 juin dernier, a jeté de l’huile sur le feu.
Vendredi, 10 juillet, les populations de Bamako, la capitale malienne, ont vécu un véritable cauchemar. En effet, à l’appel du Mouvement du 5 juin-Rassemblement des forces patriotiques (M5-RFP) des dizaines de milliers de personnes, après la prière du vendredi, ont pris d’assaut le monument de l’Indépendance, où devrait partir le mot d’ordre de l’occupation des services de l’État.

Après les interventions de certains leaders de la manifestation exigeant la démission d’Ibrahim Boubacar Keïta (IBK), la désobéissance a été décrétée. Un des porte-parole du mouvement, en la personne de Issa Kaou N’Djim, a indiqué aux manifestants les lieux publics devant être occupés. Il a cité entre autres la primature à la Cité administrative, l’Office de radio et télévision du Mali (ORTM).

Aussitôt dit, aussitôt fait. Par petits groupes, les manifestants se sont dirigés vers les lieux indiqués où ils les ont occupés avant d’être délogés à coup de gaz lacrymogènes par les forces de l’ordre. A l’ORTM et à l’Assemblée nationale, le spectacle est désolant. On a assisté à un véritable pillage de ces deux endroits. Ainsi, les bureaux ont été saccagés, du matériel emporté, les véhicules ont été incendiés. Au niveau de la Cité administrative, où est logée la primature, les manifestants ont été accueillis par le jet de gaz lacrymogènes lancé par des forces de sécurité. Il est bon de rappeler qu’en dehors des bureaux du Premier ministre, la Cité administrative abrite plus d’une vingtaine de ministères et d’autres services stratégiques comme le Secrétariat général du gouvernement.

À travers la ville de Bamako, les manifestants s’étaient rendus maîtres de beaucoup de lieux stratégiques. Le spectacle était le même à la rive gauche comme à la rive droite. Les ponts des Martyrs et Fadh ont été coupés durant des heures à la circulation par les manifestants. Sur les artères principales de la capitale malienne, des barricades avaient été érigées, obligeant les citoyens à faire des déviations avant d’accéder à leur domicile. Aussi, dans leur colère, ont-ils brûlé des pneus sur les voies bitumées.

Selon des sources hospitalières, le bilan est de plusieurs morts et des blessés dont des cas graves. On apprend que certains ténors du M5-RFP dont Issa Kaou N’Djim, Clément Dembélé, Nouhoum Sarr.

Le siège de campagne de Karim Keïta, le fils d’IBK ainsi que le siège du parti de son colistier Hadi Niangadou, président du Mouvement pour le Mali (MPM), en Commune II du district de Bamako, ont reçu la visite des manifestants. Ils ont été pillés et incendiés.

Aussi, ont-elles profité de ce désordre certaines populations pour déverser leurs déchets domestiques à odeur pestilente sur les routes et des eaux souillées.

Mais rien ne pouvait présager un tel désastre. Eu égard aux manifestations du 5 et 19 juin, où l’ordre et la discipline ont régné à l’appel des responsables de la contestation.

Yoro SOW


13 Juillet 2020