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C’est aux environs de 4 heures du matin que la Cour Constitutionnelle a terminé, le dimanche 15 juillet, la lecture de l’arrêt proclamant les résultats définitifs du 1er tour des législatives. C’était dans la salle exiguë de cette institution, en présence de certains candidats et mandataires des partis politiques. Sur les 296 requêtes reçues par les neuf sages, une seule a prospéré : celle de Mamadou Hawa Gassama Diaby qui a vu son score de 46, 50% que le ministère de l’Administration territoriale lui a attribué augmenter jusqu’à 47% et poussière. La falsification des résultats par le sous- préfet de Kirimé en défaveur de Diaby a donc été confirmée par le président Salif Kanouté et ses huit conseillers.

La séance marathon a débuté à 21 heures par la lecture des 296 requêtes. Elles proviennent des 55 circonscriptions électorales de l’intérieur et des six communes du district de Bamako. Certaines des requêtes relèvent de la comédie comme celles du mandataire de l’URD dans la région de Koulikoro, M’Beffon Cissé, qui a demandé l’annulation du scrutin dans plusieurs centres de vote de Kolokani au motif que leurs adversaires distribuaient des « Cubes – Maggi « , entendez par là un condiment que les Maliennes utilisent pour relever le goût de leur sauce.

De même, le Mouvement des Comités Révolutionnaires du Mali (MCRM) s’est plaint du fait que l’Administration territoriale a mal imprimé son bulletin de vote ce qui n’a pas permis à ses électeurs de le reconnaître. Pour corriger ce préjudice, ce mouvement dit révolutionnaire a demandé aux juges constitutionnels d’annuler le scrutin du 1er juillet à Kati et à Koulikoro et, à défaut, de le déclarer élu dès le 1er tour.

Une autre requête qu’on peut mettre au chapitre de la comédie est celle du MPR dans la circonscription de Bla. En effet, la tête de liste du parti du tigre, Mamourou Bouaré, député sortant et ancien questeur (2002 – 2004) a formulé une requête pour demander l’annulation du scrutin dans certains centres de vote de Bla au motif que Yaya Haïdara du CNID, son ex – compagnon de 2002 avec lequel il a été élu député, s’est promené le jour du vote à bord de son véhicule sur lequel était affiché le macaron de l’Assemblée nationale.

Une manière selon le requérant, d’influencer le vote. Une autre catégorie de plaintes s’appuie sur des accusations sans preuve. Il s’agit des achats de conscience, de distribution abusive des produits alimentaires ( mil, riz, sucre, sel, huile…) et gadgets ( pagnes, T – shirts, casquettes). Même fondées (tel n’est pas le cas) ces récriminations ne sont pas considérées de façon claire et nette par la loi électorale comme étant des causes d’annulation totale ou partielle d’un scrutin. Dès lors, on comprend aisément la position des juges constitutionnels.

En outre, il y a des situations peu correctes qui ont permis la formulation de quelques requêtes. Dans cette rubrique figure, en bonne place, celle introduite par le président de l’UDD, Me Hassane Barry, qui a réclamé l’annulation du scrutin à Diéma pour la simple raison que le préfet a modifié la composition de certains bureaux de vote quarante huit heures avant le jour du scrutin. Il y a aussi la requête de l’URD contre l’ADEMA à Gao où l’administration a été sérieusement mise en cause, avec à l’appui une cassette vidéo et deux procurations signées à blanc par deux sous – préfets.

Un autre type de requête rarissime a été introduit par le parti de l’abeille afin de rectifier et d’empêcher l’élection, dès le premier tour, du président de l’URD, Younoussi Touré . En effet, les voix attribuées à l’ancien Premier ministre, soit 50, 35%, par l’Administration territoriale ont été contestées par les rouges et blancs qui lui donnent le chiffre fantaisiste de 49 et poussière pour cent s’appuyant sur un tableau récapitulatif dont l’origine, selon le président Salif Kanouté, n’est pas fondée.

Les autres requêtes, provenant essentiellement des régions de Tombouctou, Gao et Kidal et portant sur les bourrages des urnes, n’ont pas été étayées par des preuves. D’autres requêtes, dont celle dirigée contre Mme Ascofaré Oulématou Tamboura, ont été frappées de forclusion. Aussi, la Cour Constitutionnelle a-t-elle rejeté 295 requêtes sur les 296 reçues.

La seule qui a été partiellement acceptée est celle de Mamadou Hawa Gassama Diaby de l’URD, député sortant de Yélimané. Ce dernier avait affirmé dans les colonnes de l’Indépendant du jeudi 13 juillet que le sous – préfet de Kirimé, Drissa Coulibaly, déchirait les enveloppes pour remplacer leur contenu par des résultats favorables à ses adversaires. En l’occurrence, la liste ADEMA – USRDA. Et Diaby de faire établir un constat d’huissier pour soutenir sa thèse.

La Cour lui a donné raison et l’a rétabli dans ses droits. Ce qui a augmenté son score qui était de 46,50%. Cependant, il n’est pas élu au premier tour. Il sera au second tour en ballottage très favorable.

En tout, ce sont 13 candidats qui ont été déclarés élus au premier tour du scrutin du 1er juillet, dans huit circonscriptions : trois à Mopti dont deux pour l’ADEMA et un pour le RND (Sidi Ahmed Diarra, Kassoum Tapo, Amadou Bocoum) deux à Niafunké, tous de l’URD ( Younoussi Touré, Baba Oumar Boré) trois à Gao, tous de l’ADEMA (Assarid Ag Imbarcaouane, Abouzeïdi Ousmane Maïga, Abdou Abdoulaye Sidibé) un à Diré (Nock Ag Attia) un à Ménaka (Bajan Ag Hamatou) un à Abeïbara (Ahmada Ag Bibi) un à Tin Essako ( Mohamed Ag Intalla) tous ADEMA et un de l’URD à Tessalit (Deïty Ag Sidimou).

Pour l’instant, le parti de l’abeille possède neuf députés contre trois pour l’URD et un seul pour le RND. Un second tour est donc prévu le 22 juillet dans 53 circonscriptions électorales dont les six de la capitale.

Chahana TAKIOU

16 juillet 2007.