Partager

 » Démission » de Philippe-Henri Dacoury-Tabley, gouverneur de la BCEAO, reconnaissance d’Alassane Ouattara comme président élu de la Côte d’Ivoire, prolongation du mandat du président de la Commission de l’Uémoa, nomination d’un nouveau président de la BOAD, élection de Faure Eyadema à la tête de la présidence de l’Uémoa sont, entre autres, décisions prises à l’issue de la 15e sommet des chefs d’Etat et de gouvernement tenue samedi 22 janvier à Bamako et consacré à la crise ivoirienne.

jpg_dacoury.jpgDepuis Ouagadougou où il était en visite, le Premier ministre du gouvernement Alassane Ouattara, Guillaume Kibaki Soro, déclarait se rendre au 15e sommet de l’Uémoa à Bamako « pour s’assurer avec les chefs d’Etat que les mesures prises par les ministres des Finances de l’Uémoa conférant à Ouattara la signature sur les comptes de la RCI au niveau de la Banque centrale des Etats d’Afrique de l’Ouest) seraient appliquées effectivement et intégralement ». Et de demander que le gouverneur de la Banque, Philippe-Henri Dacoury-Tabley, proche de Gbagbo, soit destitué. M. Soro, a eu gain de cause et a quitté Bamako conforté.

Les chefs de l’Etat et de gouvernement sont allés dans le même sens que les ministres des Finances de l’Uémoa, réunis en Guinée-Bissau le 23 décembre 2010 qui avaient demandé à la Banque centrale des Etats d’Afrique de l’Ouest (Bcéao) d’autoriser uniquement les représentants du président ivoirien « légitimement élu », c’est-à-dire d’Alassane Ouattara, à gérer les comptes du pays.

La conséquence de la mesure des chefs d’Etats a été la « démission » de M. Tabley de son poste de gouverneur de la Bcéao, considéré comme un proche de « l’ancien président » Laurent Gbagbo. Il est reproché à M. Tabley son « refus » d’observer les décisions du conseil des ministres de Bissau. D’ailleurs, le communiqué publié est révélateur « la conférence a entendu le gouverneur sur l’application des décisions du conseil des ministres du 23 décembre 2010 et s’est préoccupée de l’impact de la non-application effective de ces décisions… »

Toutefois, le désormais ancien gouverneur qui a donné une interview à la presse juste après la tenue de la conférence, a affirmé qu’il a été poussé à la démission de ses fonctions de gouverneur de la Bcéao.
Reconnu au cours du 15e sommet par les chefs d’Etat et de gouvernement de l’Uémoa comme le nouveau président légitime de la Côte d’Ivoire, Alassane Ouattara aura à choisir le successeur de Dacoury-Tabley. La conférence lui a demandé de proposer pour la prochaine session extraordinaire un candidat au poste de gouverneur pour achever le mandat de gouverneur au titre de la Côte d’Ivoire. « Dans l’intervalle, l’intérim sera assuré par le vice-gouverneur le Burkinabé Jean-Baptiste Compaoré », affirme le communiqué.

Le remplacement du président de la Commission, Soumaïla Cissé, et des commissaires de l’Uémoa dont le mandat est arrivé à terme et celui du gouverneur de la BOAD, Abdoulaye Bio-Tchané, officiellement candidat à la présidentielle dans son pays, le Bénin, devra être effectif très prochainement.

Avertissement à Gbagbo

Les chefs d’Etats ont nommé le président de la BIDC, Christian Adovelandé, pour remplacer Bio-Tchané « pour l’achèvement du mandat du président de la BOAD au titre du Bénin ». Toutefois, ajoute-t-il, la nomination du M. Adovelandé prendra effet à compter de la validation de la candidature d’Abdoulaye Bio-Tchané par la Cour constitutionnelle du Bénin.

Après deux mandats à la tête de l’institution, le président en exercice de l’Uémoa, Amadou Toumani Touré, a passé le témoin à son homologue du Togo Faure Eyadema.

Outre le fonctionnement de l’institution, la conférence de Bamako, prenant en compte les décisions de l’ONU, de l’UA et de la Cédéao, ont solennellement reconnu Alassane Ouattara comme président légitime de la Côte d’Ivoire. Par conséquent, ils invitent Laurent Gbagbo « à respecter les résultats de l’élection et à assurer une passation pacifique du pouvoir en vue de préserver dans ce pays l’hospitalité qui y règne et dans la sous-région la paix, la sécurité et la stabilité ». Les présidents et chefs de gouvernements des huit Etats de l’Union expriment leurs vives inquiétudes quant à la montée de la violence qui continue de faire des victimes innocentes en Côte d’Ivoire.

Avant l’option militaire, l’UA depuis quelque temps, ne cesse de mener des efforts afin que « l’ancien président » se dessaisisse du pouvoir. Cette offensive diplomatique au niveau régional et international a été saluée par les chefs d’Etats en vue du « respect du choix ivoirien ». Les hôtes du président ATT se sont engagés à poursuivre en relation avec la communauté internationale les initiatives prises pour la résolution de la crise.

Le nouveau président reconnu Alassane Ouattara à leurs dires doit veiller à la sécurité des personnes et des immeubles des organes et Institutions des organes et institutions communautaires représenter en Côte d’Ivoire.

Les chefs d’Etat ont en outre exprimé leur vive préoccupation quant aux conséquences négatives de la crise et la mise en œuvre des chantiers du processus d’intégration et sur la situation économique, monétaire et financière de l’Union.

A noter que le Premier ministre Soro Guillaume était accompagné par le ministre du Plan, Albert Mabri Toikeuse.

Amadou Sidibé

………………………….

Les coulisses : Cinq chefs d’Etat sur huit présents

Sur les 8 chefs d’Etats attendus, cinq ont répondu à l’invitation du président ATT. Il s’agit d’Abdoulaye Wade (Sénégal), de Faure Eyadéma (Togo), de Blaise Compaoré (Burkina Faso), de Yayi Boni (Bénin). La Côte d’Ivoire était représentée par le Premier ministre Guillaume Kigbafori Soro, tandis que le président nigérien a dépêché Mahamadou Danda. La Guinée-Bissau était présente à travers son ministre des Affaires étrangères, de la Coopération internationale et de la Communauté.

Blaise et Wade quittent la salle

Deux chefs d’Etats ont regagné leur pays avant la fin des travaux du 15e sommet de l’Uémoa. Le Burkinabé Blaise Compaoré est parti aux environs de 16 h 45. Le Sénégalais Abdoulaye Wade a pris congé de ses collègues une heure après le départ de Compaoré. Si Wade n’a pas donné d’explication à son départ, par contre Blaise a confié à la presse « aller accueillir les champions d’Afrique des cadets ».

Aucun représentant de Gbagbo

Des médias ivoiriens nous apprenaient que Laurent Gbagbo, l’ancien chef d’Etat ivoirien, a « bel et bien reçu son invitation à prendre part au sommet des chefs d’Etat de l’Uémoa ». Vu son calendrier chargé, Gbagbo devrait envoyer Laurent Dona Fologo (Conseil économique et social) à cette réunion. Au finish, personne n’a représenté l’ancien président de façon officielle. De sources proches de la Commission, Gbagbo n’a reçu aucune invitation. Toutefois, des journalistes pro Gbagbo ont effectué le déplacement de Bamako.

Pancartes interdites, Soro applaudi

Des pro-Alassane avaient pris d’assaut la grande salle de conférence du CICB à l’ouverture de la 15e conférence de l’Uémoa avec des pancartes et d’autres drapeaux ivoiriens utilisés comme écharpes. Sur une pancarte, il était écrit « Non au hold-up électoral ». Le protocole et les forces de l’ordre ont retiré les pancartes et les détenteurs de drapeaux ont été sortis de la salle. D’autres ont exprimé leur sentiment quand le présentateur a prononcé le nom de Soro Guillaume comme étant le chef du gouvernement de la Côte d’Ivoire. M. Soro a été longtemps ovationné par le public.

Rassemblés par

A. S.

Les Echos du 24 Janvier 2011

………………………….

Le camp Gbagbo juge « inappropriée » la démission du gouverneur de la BCEAO

Un porte-parole de Laurent Gbagbo critique la démission de Philippe Henry Dacoury-Tabley – un proche du président sortant -, poussé vers la sortie par les chefs d’État de l’Uémoa réunis samedi en sommet à Bamako.

REUTERS – Les dirigeants ouest-africains ont accentué samedi la pression sur Laurent Gbagbo en écartant le gouverneur de la Banque centrale des Etats d’Afrique de l’Ouest (BCEAO), un proche qui continuait à fournir au président sortant ivoirien l’accès aux comptes de la Côte d’Ivoire.

Réunie à Bamako, la conférence des chefs d’Etat et de gouvernement de l’Union économique et monétaire ouest-africaine a « pris acte de la démission du gouverneur Philippe Henry Dacoury-Tabley ».

Dans le cadre des sanctions internationales visant à obliger le président sortant à quitter le pouvoir, la BCEAO avait annoncé le mois dernier qu’elle n’accepterait plus la signature de Laurent Gbagbo, mais ce dernier avait toujours accès aux comptes.

« La conférence est préoccupée par l’impact de la non application de cette décision sur la stabilité du système économique, financier et monétaire de l’Union », ont déclaré les dirigeants à Bamako.

Gbagbo a été déclaré vainqueur de l’élection présidentielle du 28 novembre par un Conseil constitutionnel à sa main. Alassane Ouattara a été jugé vainqueur du scrutin par la commission électorale indépendante, une victoire reconnue par les Nations unies.

L’actuel vice-gouverneur de la banque prendra les fonctions de gouverneur jusqu’à la nomination d’un remplaçant.

Alassane Ouattara a été invité à proposer un successeur à Dacoury-Tabley, ce qui sera fait « rapidement », selon son Premier ministe Guillaume Soro.

L’ambassadeur français plus accrédité

« Nous sommes satisfaits. C’est ce que nous demandions », a déclaré Patrick Achi, porte-parole d’Alassane Ouattara. « Cela réduira le montant d’argent qui sort du compte. Nous nous acheminons vers le contrôle des comptes mais cela se fera par étapes », a-t-il ajouté.

Patrick Achi a également demandé le remplacement du directeur de la BCEAO en Côte d’Ivoire, qui est selon lui aussi un partisan de Gbagbo.

Le camp du président sortant a dénoncé cette mesure, qui met selon lui en danger le système bancaire ivoirien.

Cette décision est « précipitée et inappropriée », a dit Ahoua Don Mello, porte-parole du gouvernement Gbagbo. « La Côte d’Ivoire pense qu’il est dangereux de mélanger la politique avec l’économie et la politique monétaire », a-t-il dit.

Le camp du président sortant semble jusqu’à présent contrôler les revenus des exportations de pétrole et de cacao, malgré les tentatives de la communauté internationale de lui couper les vivres.

Un porte-parole du gouvernement Gbagbo a annoncé parallèlement à la télévision que l’ambassadeur de France en Côte d’Ivoire, Jean-Marc Simon, n’était plus accrédité.

Le Quai d’Orsay, rappelant dans un communiqué que la France reconnaît sans réserve Alassane Ouattara comme président ivoirien, a jugé cette décision « comme nulle, non avenue et dépourvue de tout effet juridique ».

Dernière modification : 23/01/2011

France 24