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Des troupes de 14 pays africains, qui célèbrent cette année 2010 le cinquantenaire de leur indépendance, défileront ce matin sur « la plus belle avenue du monde ». Sur l’asphalte des Champs Elysées, 36 méharistes du Mali, avec à leur tête le colonel Daouda Sogoba et le porte-drapeau, le sous-lieutenant Adama Diakité, battront le pavé à pied. Leurs chameaux n’ont pas été autorisés.

L’homme est presque passé sur toutes les télévisions françaises et à RFI, la radio mondiale. Le colonel Adama Sogoba a affirmé sa fierté en tant que Malien de défiler avec ses hommes le 14 juillet 2010 sur l’avenue des Champs Elysées à l’invitation du président français Nicolas Sarkozy.

A la tête de la troupe du Mali, composée d’éléments des six unités méharistes du pays avec une forte représentation de l’unité de Ménaka, l’homme regretterait à peine, de n’avoir pu amener les chameaux pour ses hommes. « Des contraintes » ont fait que ce souhait noble a été abandonné, se limitera-t-il dans ses explications.

En effet, les 36 hommes devaient défiler sur leurs montures, pour montrer la dignité de l’armée malienne à célébrer son 50e anniversaire d’indépendance. Finalement, à côté des 241 cavaliers de la garde nationale française, le colonel Sogoba et ses hommes se contenteront de leurs paires de godasses pour descendre les 1910 mètres de ce « lieu des enfers » qui tire son nom de la mythologie grecque, où séjournaient les âmes vertueuses.

Les 13 détachements africains de 36 hommes chacun (en fait les troupes comptent 38 éléments, deux sont en réserve au cas où), défileront par ordre alphabétique. Ils seront accueillis « en frères d’armes », mais aussi « en représentants de nations indépendantes, à l’histoire déjà longue », selon une déclaration de Nicolas Sarkozy qui passera les troupes en revue avant de rejoindre la tribune officielle, place de la Concorde, aux côtés de 12 chefs d’États africains et de nombreuses personnalités politiques françaises et étrangères, parmi lesquelles le roi Abdallah d’Arabie saoudite.

Pour l’occasion, la tribune présidentielle est décorée aux couleurs françaises et européennes et parée des 14 drapeaux des nations africaines invitées même si Laurent Gbagbo de Côte d’Ivoire a décliné l’invitation préférant se faire représenter par son ministre de la Défense et Andry Rajoelina de Madagascar, snobé pour sa prise de pouvoir anti-démocratique.

Et pourtant, à la table du déjeuner de travail, hier à l’hôtel Marigny, peu de convives sont qualifiés de démocrates par les organisations de défense de droits de l’Homme et les observateurs de la bonne gouvernance qui pointent du doigt le bilan des cinquante dernières années des relations entre la France et ses anciennes colonies.
 » Un débat ambitieux aurait permis de faire le bilan critique de cette politique qui n’a malheureusement que très rarement servi la lutte contre la pauvreté et les injustices », affirment de nombreuses organisations de la société civile africaines et françaises.

Malgré tout, le déjeuner a été « l’occasion de confirmer la rénovation de notre lien privilégié avec l’Afrique et de construire avec nos partenaires africains une relation résolument équilibrée, transparente et décomplexée », affirme un communiqué de l’Elysée.

Ce déjeuner consacré au « partenariat rénové entre la France et les pays africains invités » devait faire le point sur les évolutions engagées et de tracer les perspectives pour l’avenir.

Oussouf Diagola

(Paris)

14 Juillet 2010.