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Au lieu de proposer une thérapie de choc contre la corruption qui a mis à genoux le pays, le président de la République, en recevant lundi le bulletin de la Cellule d’appui aux structures de contrôle de l’administration (Casca), a axé son intervention sur la vie chère.

A la présentation du dernier rapport de la Casca, le président de la République a laissé les Maliens sur leur faim. Le premier magistrat du pays a une fois de plus raté l’occasion de dire aux Maliens de manière ferme, réaliste et efficace sa détermination à combattre la corruption.

Nul n’ignore aujourd’hui que la vie est chère, mais de là à en faire tout un pan de son intervention au cours de la présentation du 11e Bulletin d’information de la Casca, ATT a manifestement voulu noyer le poisson. La tribune qui aurait été l’occasion pour lui d’offrir une thérapie de choc contre la corruption ne l’a pas été.

« ATT n’aurait pas dû parler », a murmuré un confrère au sortir du palais de Koulouba. Comme un sujet qui gêne ou qui fâche, le chef de l’Etat n’a fait qu’effleurer la lutte contre la corruption. Par contre, il s’est donné largement du temps (une vingtaine de minutes) de s’appesantir sur la vie chère.

Logiquement, cela n’aurait rien de répréhensible si le premier magistrat du pays avait traité à fond la lancinante question de la corruption. Or, celle-ci a été reléguée au second plan. Or, il est connu que la lutte contre la corruption est le premier axe du Programme du développement économique et social (PDES) que le président de la République a proposé aux Maliens.

Concrètement, il n’a rien proposé pour endiguer le fléau si ce n’est le même refrain. « Je comprends, nous allons, nous devons débusquer les sangsues de l’Etat et les mettre à la disposition de la justice… ».
Ce n’est pas en transmettant uniquement à la justice les dossiers de détournement des deniers publics que le problème sera géré. A quoi sert la production de tonnes de rapports s’ils ne sont pas suivis d’effet ? s’est interrogé le président de la République.

Tout ce qui a été dit lundi, c’était du déjà entendu. « La lutte contre la corruption et la délinquance financière n’est pas un spectacle. Nous avons voulu éviter le spectacle. Nous n’abandonnerons rien. Nous ne pouvons pas nous permettre de perdre ce qui nous revient. Nous allons démasquer les délinquants financiers ».

ATT, en parlant sur ce ton, veut faire croire à ses compatriotes que l’Etat travaille dans la discrétion, mais avec efficacité pour traduire devant la justice tous ceux qui n’ont pas de respect pour les fonds publics. Si tel est le cas, il serait à l’honneur du premier magistrat du pays et de la justice malienne de porter à la connaissance de l’opinion les résultats atteints jusque-là.

Une chose paraît certaine : ce n’est pas de simples interpellations qui vont ébranler ceux qui se la coulent douce au détriment des contribuables maliens qui remuent aujourd’hui ciel et terre pour pouvoir faire face au quotidien. Comme si le fait d’effleurer la question de la lutte contre la corruption et la délinquance financière ne suffit pas, ATT va jusqu’à influencer les décisions de justice en soutenant, qu’on doit tenir compte « du secret de l’instruction et de la présomption d’innocence ».

« Jamais la demande sociale n’a été aussi forte et exigeante que maintenant », a reconnu le chef de l’Etat. Mais de là à dire que le Mali dispose de toutes les potentialités pour atténuer les difficultés actuelles, le président de la République remue le couteau dans la plaie. Certes, le Mali a des atouts mais à quoi ont-ils servi aux citoyens qui broient du noir. Les denrées de première nécessité défiant leurs bourses.

« L’Etat a renoncé à des taxes sur l’importation du riz. L’abandon des droits et taxes sur les produits pétroliers entraîne des milliards de perte de F CFA pour les finances publiques. Dans toute notre sous-région, les hydrocarbures coûtent moins cher au Mali… ». S’il est vrai que notre pays dispose des potentialités pourquoi ne pas les exploiter au lieu d’être pris de cours par des situations peu reluisantes que le président de la République a tenté d’expliquer par la dégringolade du dollar et le cours actuel du pétrole ?

Lors de sa sortie médiatique samedi dernier pour se prononcer sur la situation actuelle du pays, l’Association démocratie et justice (ADJ), a expliqué que la situation découle plus de la mauvaise gestion que toute autre chose. Mieux, l’Etat n’est pas innocent dans la situation surtout quand on sait qu’il est redevable de la Sotelma et de l’EDM-SA à des millions de F CFA. Toutes choses, qui selon l’Union nationale des travailleurs du Mali (UNTM), auraient favorisé la baisse des tarifs d’eau et d’électricité.

Mais rien à faire. La situation va de mal en pis. L’Etat fera mieux de dépoussiérer ses dossiers tout en situant les responsabilités au lieu de s’abriter derrière les facteurs internationaux.
Même les centrales syndicales ont eu leur part au cours de cette remise de bulletin de la Casca. ATT leur a demandé une limitation à certaines de leurs revendications tout en travaillant. Véritablement, le discours présidentiel était incohérent. Et les uns et les autres étaient persuadés que la lancinante question de la demande sociale a été improvisée par le président de la République sans pourtant aucune proposition concrète pour sortir le pays de l’ornière.


Mohamed Daou

09 avril 2008.