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En marge de nombreux témoignages sur les qualités de Mgr Luc Sangaré, samedi au cours d’une conférence animée dans le cadre du dixième anniversaire de sa mort, l’occasion était donnée au conférencier Tiégoum Boubèye Maïga de deviner ce que Mgr Luc aurait pu dire au président de la République lors des dernières présentations de vœux sur la crise scolaire, la pauvreté, la lutte contre la corruption…

Le centre Monseigneur Luc Sangaré, situé dans l’enceinte du lycée Prospère Camara, a servi, le 17 février, de cadre à la conférence de témoignage dans le cadre du dixième anniversaire de la mort de celui dont il porte le nom. L’évènement a regroupé des leaders politiques, religieux, communaux, des acteurs du mouvement démocratique du représentant des chefs de quartier, des étudiants etc.

El hadj Tiégoum Boubèye Maïga, journaliste, conférencier a présenté sa communication en deux parties. Dans la première partie, il a parlé des qualités innombrables de Mgr Luc. « Ce que les Maliens n’oublieront jamais, c’est incontestablement la personne de Luc Sangaré même. Une voix, une grande voix, leur voix. Une voix qui résonne comme la voix des sans voix. Une voix inimitable qui, des décennies durant, aura résonné comme celle des Maliens. Parce que pendant le temps qu’a duré son magistère, Mgr Luc Sangaré ne s’est jamais permis de différencier ou de catégoriser les Maliens » , a laissé entendre le conférencier.

M. Maïga a paraphrasé un propos de Mgr Sangaré, « j’ai la conviction qu’un jour, lorsque je serai face à Dieu, il m’interpellera ainsi : Luc, qu’as-tu fait de tes frères et sœurs du Mali, qu’ils soient catholiques, protestants, musulmans, animistes ou athées ? C’est pourquoi je proteste dans mon âme, chaque fois que j’entends appeler tubabumori. Non, je suis bèè jè mori ».

Et El hadj Tiégoum Boubèye Maïga de poursuivre que, « Il a transcendé les différences religieuses, gommé les frontières sociales, pour échapper aux Chrétiens afin d’appartenir à tous les Maliens. Parce que Mgr Luc Sangaré était d’abord un Malien. Il parlait peu mais bien. C’était un atout parce qu’il était attendu, il était cru ».

Abondant dans le même sens, de nombreux témoignages ont touché tous les aspects de l’exaltante vie de Luc Sangaré. Ses qualités humaines, son engagement et dévouement sur le plan religieux, social, civique, etc. …

Selon Salif Berté, le doyen de la Flash, « Mgr Luc aimait tout le monde ». « Dire et agir en vérité faisait partie des qualités de Mgr Luc Sangaré », a témoigné Pr. Aly Nouhoun Diallo, ancien président de l’Assemblée nationale.


« Vœux presque imaginaires »

Mme Sy Kadiatou Sow sest limitée à évoquer ses rencontres avec ce grand homme. « Mes rencontres avec Mgr, les leçons de vie que j’ai tirées de sa conduite tout au long de ces deux dernières décennies, m’ont beaucoup aidée et continuent de m’inspirer dans ma carrière professionnelle mais aussi dans ma relation de tous les jours avec les autres » , dira-t-elle.

La présentation des vœux au président de la République était l’un des rendez-vous que Mgr Luc Sangaré ne ratait pas avec les Maliens. Il se savait attendu parce que c’était des moments où ses « paroles agissent comme une bouffée d’oxygène et servent comme une lueur d’espoir ».

En tant que analyste, El hadj Tiégoum Boubèye Maïga, a consacré la deuxième partie de son exposé à ce que Mgr Luc aurait pu dire au président de la République lors des dernières présentations de vœux sur la crise scolaire, la pauvreté, l’Etat actuel de notre démocratie…

« Monsieur le président, … nous avons enregistré des fraudes électorales d’une ampleur jamais égalée dans l’histoire du Mali … notre démocratie est malade de la faiblesse du taux de participation. Monsieur le président l’école demeure pour nous une préoccupation constante. Nous avons salué en son temps la signature du Pacte de partenariat pour une école apaisée et performante tout en en émettant le souhait qu’il soit un catalogue, un de plus, de bonne intentions rangé dans les tiroirs. Hélas nos craintes semblent fondées parce qu’il est difficile d’attester aujourd’hui que l’école est apaisée. L’école n’est pas apaisée parce que les années scolaires sont entremêlées, les années scolaires se chevauchent sans qu’on ne sache dans quelles années nous sommes. L’école n’est pas apaisée parce qu’elle est devenue le lieu de toutes les violences, violences verbales, violences physiques perpétrées à coup d’objets contondants, à coup d’armes blanches et parfois d’armes à feu », dira Mgr Luc Sangaré dans la présentation des vœux imaginaires.

Il poursuivra que, « Or une école qui n’est pas apaisée ne peut être performante. En témoigne le niveau de notre enseignement. En témoignent les notes. Elles ne sont seulement mauvaises, mais elles sont devenues sexuellement transmissibles de l’avis des apprenants et de leurs enseignants ».

Il ajoutera que, « Monsieur le président, que dire de la lutte contre la corruption. Le Vérificateur général vous a remis en primeur copie de son rapport qui porte sur 102 milliards de fonds détournés …. parce que ces détournements ne sont pas le fait des pauvres et ils appauvrissent le pays. La lutte contre la corruption qui semble vous tenir à cœur ressemble de plus en plus, hélas à un slogan … ».

Pour Mgr Jean Zerbo, Mgr Luc Sangaré a été envoyé par Dieu pour une mission qui entrait dans le cadre de la paix sociale, de solidarité …

Il faut rappeler que Mgr Luc Sangaré est décédé le 11 février 1998 à Abidjan.

Sidiki Doumbia

(stagiaire)

18 février 2008.

Les Konaré témoignent

Depuis Addis-Abeba, l’ex-couple présidentiel, Adam Ba Konaré et son époux ont adressé une correspondance à l’archevêque de Bamako, Mgr Jean Zerbo.

Dans cette lettre, qui a surpris agréable l’archevêque, les Konaré disent se souvenir de Mgr Luc Sangaré et témoignent du commerce fructueux qu’ils ont eu avec lui. Ils en profitent pour assurer la communauté de leurs prières.

Cette correspondance a été lue à la rencontre, ce qui en a ajouté à l’intensité de l’émotion.


S. D.

18 février 2008.