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  Les Echos
Lutte contre le terrorisme : La nécessité d’une révolution

Les attaques de dimanche dernier à Grand-Bassam nous ont rappelées de la vulnérabilité de nos pays face au terrorisme et de l’exigence de changements dans nos politiques de sécurité.

A la suite de nombreuses attaques meurtrières au Mali, les terroristes continuent de frapper fort à travers le monde, particulièrement dans la sous-région ouest-africaine.

Dimanche dernier, ils ont fait 20 victimes à Grand-Bassam en Côte d’Ivoire. Les condamnations se multiplient et les refrains figés ont repris de service. Il aura donc fallu qu’un autre pays de l’Afrique occidentale fasse les frais de la montée en puissance des terroristes pour que l’humanité sorte de sa torpeur. Ces cafardages ne dureront que le temps d’un éclair, les hommes politiques étant plus pressés de renouer avec leurs vieilles habitudes que de décliner un plan Marshall contre le terrorisme.

Après les attentats de Bamako et de Ouagadougou, il était bien prévisible qu’un autre pays voisin du Mali soit la cible de mouvements terroristes. Au lieu de prendre des mesures énergiques contre le terrorisme, les dirigeants africains et leurs partenaires ont excellé dans les faux-fuyants. Une attitude fataliste qui ne les blanchit point et qui risque de faire sombrer toute l’Afrique de l’Ouest dans le chaos et la violence. Il faudra vite resserrer les rangs en appliquant des décisions susceptibles de contrecarrer l’avancée des terroristes.

Une lutte efficace contre le terrorisme requiert l’intensification de la coopération militaire à plusieurs niveaux. Les pays africains devront collaborer étroitement avant de se faire épauler par leurs partenaires étrangers dans la croisade contre les terroristes. La mobilité des terroristes et la porosité des frontières africaines rendent difficile le repérage des terroristes. C’est pourquoi, la sécurité doit être renforcée aux frontières, avec la possibilité de former des forces conjointes capables de tracer les itinéraires des « aliénés de l’humanité ».

Cette idée avait été développée par des leaders africains avant de rester lettre morte. Le dernier sommet du G5 à Ndjamena en novembre dernier n’a pas fait mieux en termes de réalisme. Réunis pour traiter des questions de sécurité dans le Sahel, les présidents du Tchad, du Mali, de la Mauritanie, du Niger et du Burkina Faso ont annoncé la création d’une force militaire conjointe du G5 Sahel. En plus de la force militaire conjointe, un comité de défense et de sécurité et une plate-forme de coopération en matière de sécurité ont été créées, du moins sur le papier.
Défaillances judiciaires

Cependant, depuis la tenue de cette réunion, qui a coïncidé avec la prise d’otages au Radisson Blue de Bamako, ces vœux ne se sont pas concrétisés et rien ne semble indiquer qu’ils le seront dans un futur proche. Or, les terroristes se montrent plus actifs que bavards.

La coopération militaire entre les pays africains et leurs partenaires occidentaux nécessitera aussi une certaine révolution pour venir à bout du terrorisme. Beaucoup de puissances militaires, particulièrement la France, ont signé des accords de défense avec des nations africaines. Toutefois, l’application de ces deals pose toujours problème en ce sens qu’ils ne parviennent pas à répondre aux attentes des populations locales. L’accord de défense signé en 2014 entre le Mali et la France en est une illustration parfaite. Consciente qu’à travers l’accord, elle s’est engagée à préserver les intérêts sécuritaires du Mali, la France ignore superbement les forfaits de responsables de groupes séparatistes comme le Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA) dont les accointances avec les milieux terroristes sont avérées. En se comportant ainsi, les forces françaises contribuent à l’éclosion de potentiels terroristes.

Comme dans le septentrion malien, les militaires français sont stationnés dans plusieurs capitales africaines. Ceux-ci interviennent plus pour empêcher les coups d’Etat que pour bouter les terroristes hors des pays concernés. Une attitude incompréhensible qui a fait dire à beaucoup d’observateurs que les soldats français sont en Afrique pour défendre seulement les intérêts de leur pays.

Le terrorisme aura de beaux jours devant lui, sans une coopération judiciaire exemplaire. Les pays africains doivent adopter le même principe de fermeté judiciaire face aux terroristes. Ces derniers ne doivent plus être condamnés dans un pays et se retrouver libres dans un autre. Sanda Ould Boumama, un ancien porte-parole d’Ancar Eddine pendant l’occupation djihadiste a Tombouctou et Gao a été libéré le 3 août 2015 par la Mauritanie sans être jugé alors qu’il avait justifié et défendu aussi bien les lapidations que les destructions de mausolées à Tombouctou.

Quelques mois avant la libération d’Ould Boumama, le terroriste Mohamed Ali Ag Wadoussene avait été libéré, en compagnie de présumés terroristes et en échange de l’otage français Serge Lazarevic. Un mauvais choix politique puisque l’homme avait repris de service parmi les siens au Nord avant d’être tué en juillet 2015 lors d’une opération de la force française Barkhane dans les massifs du Tegharghar. Comme le dit le proverbe, « qui a bu boira ». Par conséquent, les présumés terroristes ne doivent pas bénéficier de clémence judiciaire.

Ogopémo Ouologuem

(correspondant aux USA)

20 Mars 2016

 

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