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  Les Echos
Général Moussa Traoré : La grande imposture

Il y a une tentative de réécriture de l’histoire récente du Mali. Sous les yeux de tout le monde. Sans réaction.

Ceux qui sont en train de vouloir fourguer une nouvelle version du « Mali sous GMT » ne peuvent pas être critiques ou prendre une distance avec la période. Ils en ont été les principaux acteurs.

Le général Moussa Traoré alias GMT que l’on fait passer aujourd’hui pour un « waliyu » (c’est-à-dire un ami de Dieu) n’a réellement jamais été un enfant de chœur. Son règne a été un désastre pour beaucoup d’entre nous. Au-delà du fait que des milliers d’intellectuels maliens avaient dû s’exiler, ceux qui n’avaient pas pu le faire avaient fini dans les mines de sel de Taoudéni.

Les prisons étaient remplies de gens qui n’avaient fait qu’exprimer leur opinion ou qui n’avaient pas jugé bon militer dans le parti-Etat, l’Union démocratique du peuple malien (UDPM).

Un candidat au baccalauréat ne franchissait le seuil de la salle d’examen que s’il présentait sa carte de membre de la Jeunesse du parti, l’Union nationale des jeunes du Mali (UNJM). Au fronton du quotidien national, « L’Essor », on pouvait lire : « Organe du parti »…

En somme GMT avait hypothéqué, compromis l’avenir de milliers de jeunes Maliens. Sous son règne, il n’y avait aucune perspective. Les familles étaient brisées, les chefs de famille étaient dépouillés de leur autorité à cause de la maigreur des salaires, mais aussi et surtout à cause de leur irrégularité ; les militaires vivaient dans les pires conditions.

Arrivé au pouvoir le 19 novembre 1968 à la faveur d’un coup d’Etat contre le père de l’indépendance nationale, Modibo Kéita, huit ans après l’accession du Mali à la souveraineté, GMT et ses camarades plongeront le Mali dans une dizaine d’années d’instabilité, le temps qu’ils finissent de s’entretuer et que sa tendance émerge.

Pendant ce temps, que de gâchis ! Que de vies innocentes prises par eux ! Le fait du prince était patent. Il fallait s’en remettre à Dieu, si l’on était victime du Comité militaire de libération nationale (CMLN) et, par la suite, le parti unique. Modibo Kéita, comme beaucoup d’autres, est mort en prison. Les milliers de fonctionnaires qui avaient osé participer à ses funérailles furent sanctionnés. Ancien président de la République, il a été présenté comme « instituteur à la retraite » dans le communiqué annonçant son décès.

Grand Matou Tueur

Vingt-trois ans durant, le Mali vivra donc sous la dictature féroce de Moussa Traoré. Tous les acquis de la Première République, notamment les sociétés et entreprises d’Etat, seront été liquidées. Tout comme la monnaie nationale, jetée à la poubelle au profit du F CFA en 1984.

Le Programme d’ajustement structurel (Pas), qui était devenue la boussole, finira par envoyer des milliers de travailleurs dans la rue et marquera surtout le déclin de l’éducation nationale à travers l’incitation au départ volontaire à la retraite anticipée de beaucoup de maîtres qualifiés qui avaient la vocation d’enseigner. Le pouvoir aux mains d’une minorité, la majorité était privée de tout. Les Maliens ont connu du tout en matière d’atrocités. Moussa Traoré en était le responsable. Il régnait d’une main de fer.

En plus de l’assassinat de ses compagnons d’arme comme le capitaine Yoro Diakité, les lieutenants colonels Kissima Doukara et Tiécoro Bagayoko, etc., point de départ réel de la dislocation de l’armée nationale, il portera pour l’éternité la responsabilité de la mort d’Abdoul Karim Camara dit Cabral, leader de l’Union nationale des élèves et étudiants du Mali (UNEEM) et d’Ibrahim Tiocary, entre autres, fers de lance de la jeunesse contre la pensée unique.

Que ceux qui s’avisent de réécrire l’histoire du Mali s’en souviennent. En 1991, alors que le peuple ne demandait que l’ouverture démocratique, GMT lui promettait la couronne de feu. Il avait promis l’enfer. Il avait tenu parole. Les morts se comptaient par centaines : carré des martyrs au cimetière de Niaréla, pont de Badalabougou, aujourd’hui baptisé pont des Martyrs, Industrie malienne du cycle et du cyclomoteur (Imacy), Sahel Vert… Tous tombés sous les balles de la soldatesque GMT.

Au nom de la réconciliation nationale, les Maliens ont pardonné. GMT a été remis dans les privilèges d’un ancien chef d’Etat, il assiste tranquillement aux cérémonies sociales. Les Maliens n’ont pas eu à redire. C’est certainement cette apathie qui a fait croire à ses partisans fieffés qu’ils peuvent tout se permettre, jusqu’à réécrire notre histoire récente.

La population malienne se renouvelant rapidement, il y a aujourd’hui des millions de jeunes Maliens qui ne savent rien de cette période, qui ont même de la peine à imaginer que cela a été dans notre pays. C’est pourquoi les démocrates ne doivent pas se taire devant l’imposture, la falsification de notre histoire récente.

Alexis Kalambry

21 Mars 2016

 

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