Le Mali
Institutions
Coopération
Education
Art & Culture
Tourisme
Presse
Urbanisme
Horoscope
Météo
Formation
Editorial
Liens



 
  Dossiers
Kidal : Le film des événements

Venus pour consolider le retour de l’administration et les actions de la reconstruction, le Premier ministre et sa délégation ont été plongés dans des scènes de guerre dans la capitale des Ifoghas.

Samedi 17 mai. Il est 12h26 quand l’hélicoptère transportant le Premier ministre Moussa Mara et 7 membres du gouvernement atterrit dans le périmètre de la base de la MINUSMA. Un espace y est aménagé pour l’atterrissage des hélicoptères depuis l’installation des casques bleus. Le gouverneur et son staff sont à l’accueil. L’organisation du voyage est assurée par la MINUSMA qui conduit la délégation sous une de ses tentes où le chef du gouvernement décline son agenda au gouverneur Adama Kamissoko. « Nous sommes venus échanger avec les agents de l’administration et les forces armées et de sécurité.

Donc la rencontre se tiendra au gouvernorat et au camp de l’armée malienne », annonce-t-il. Comment rallier le gouvernorat et le camp de l’armée malienne ? Là était la question. Dans un premier temps, la MINUSMA n’était pas disposée à trouver un véhicule blindé pour transporter Moussa Mara qui, sans hésiter, s’est dit prêt à prendre place à bord du véhicule du gouverneur. C’est alors que le contingent onusien a mis un véhicule blindé à la disposition du Premier ministre.

Le convoi devait quitter le camp de la MINUSMA, situé à quelques 2 kilomètres du centre-ville, pour rallier le gouvernorat qui se trouve de l’autre côté de la ville. Le convoi n’a pas, comme d’habitude, traversé la cité. Cette fois-ci, nous avons contourné la ville pour parvenir au Camp I occupé par l’armée malienne.

Notre arrivée sans encombres au camp fit pousser un grand ouf de soulagement à l’escorte militaire qui s’attendait à tout. « Si le Premier ministre n’était pas venu, notre effort de maintien d’ordre aurait été vain. Cela fait trois jours que nous tentons de contenir les manifestants à l’aérodrome. Nous avons même eu la chance de récupérer 4 armes à feu aux mains des manifestants », confie un policier visiblement épuisé. « Nous étions venus pour le maintien d’ordre et nous nous sommes retrouvés dans cette situation de guerre », ajoute-t-il.

Après la rencontre avec les militaires au camp, la délégation devait se rendre au gouvernorat. Pourtant le danger était palpable. Tout le long de la rencontre entre Moussa Mara et les militaires, l’on pouvait en effet entendre les tirs nourris entre les soldats de l’armée en poste au gouvernorat et les groupes armés. Des coups de feu provenaient aussi du côté la station régionale de l’ORTM, située juste derrière le bureau régional de l’AMAP, sur la route de Tessalit. Au cours de ces combats, un élément de la Garde nationale est tombé les armes à la main tandis qu’un autre était blessé.

L’information fut donnée au chef du gouvernement en pleine rencontre avec les militaires. Mais il décida de respecter son programme et de ne pas écourter sa visite. Le défi de se rendre au gouvernorat devait donc être relevé. Et il le fut. Le chef d’état-major des forces armées, le général Mahamane Touré, coordonna l’opération avec l’assistance du général Elhadj Ag Gamou.

Quant au ministre de l’Intérieur et de la Sécurité, le général Sada Samaké, vêtu d’un boubou gris, turban blanc au cou, il allait et venait entre la salle de réunion où se trouvait les autres ministres et les soldats qui préparaient leurs armes dans la cour dans la perspective d’affronter les assaillants des alentours du gouvernorat. Le général Samaké aidait les soldats à placer les cartouches dans les chargeurs, n’hésitant pas à les interpeller vivement. Il a fallu que le colonel major Abdrahmane Baby le persuade de revenir auprès des autres ministres.

Tirs nourris.

Deux pick-up de l’armée furent les premiers à démarrer suivis d’un BDRM aux couleurs de la Garde nationale. D’autres éléments ont suivi le blindé, sous les yeux de leurs camarades restés en standby. Ces précurseurs ouvraient la voie à la délégation qui emprunta la route du gouvernorat où devait se tenir une rencontre avec les préfets et sous-préfets de la région de Kidal. Aucun incident ne survint en cours de route. Mais plus on s’approchait du gouvernorat, plus les tirs nourris entre l’armée et les groupes rebelles semblaient gagner en intensité.

Le convoi a finalement pu pénétrer dans la cour du gouvernorat et s’immobiliser devant la résidence du chef de l’exécutif régional. Des soldats tiennent des postes de contrôle dans le bâtiment. Les officiels pressent le pas pour gagner la salle de réunion. Pendant toute la rencontre, le crépitement des armes automatiques résonne. Le sol tremble sous les pieds. Les rafales claquent sans discontinuer.

Dans ce contexte irréel, la réunion se tient calmement. Le Premier ministre délivre d’un ton posé son message et tente de se montrer le plus persuasif possible en dépit de la mitraillade. Et il semble être entendu même si tous ont conscience que ce sera difficile.

La rencontre au gouvernorat prend fin. Il faut retourner à la base de la MINUSMA pour reprendre l’hélicoptère pour Gao. Il est 16h45. Le décollage était prévu pour 16h30. Le convoi contourne encore la ville pour rallier le camp des casques bleus. Entre-temps, la ville est enveloppée dans un vent de sable. C’est sur le tarmac que la délégation apprend que l’appareil ne peut décoller à cause du mauvais temps. « Pourquoi ? », tonne le ministre Sada Samaké avec un air à la fois irrité et étonné.

Le pilote, à l’accent chantant, explique que la décision est venue de Bamako et que l’aéroport de Gao ferme à 16h30. « Comment ça ? Vous dites que la décision est venue de Bamako. Vous ne savez pas que nous représentons Bamako ici. C’est tout Bamako qui est à Kidal maintenant », réplique Sada Samaké. Moussa Mara intervient pour calmer les esprits. Pendant ce temps, les militaires français se tiennent près de leurs hélicoptères qui servent d’escorte à la délégation.

« Si le temps est mauvais, retournons passer la nuit au gouvernorat », tranche le Premier ministre. Le convoi reprend la route du gouvernorat. Tout se passe bien jusqu’à quelques centaines de mètres de la destination.

Les trois journalistes du convoi ont été repartis entre les véhicules. Celui de L’Essor s’est retrouvé dans un pick-up de la police, à côté du chauffeur qui est un gendarme. La causerie s’engage. Mais elle ne dure pas longtemps. Deux soldats apparaissent. L’un blessé se fait aider par le second. D’autres surgissent, à pied. Nous stoppons pour savoir ce qui se passe.

Nous apprenons ainsi que l’ennemi a pu pénétrer au domicile du gouverneur où se trouvaient tous les administrateurs civils et le personnel du gouvernorat. La situation confuse au gouvernorat interdisait d’avancer. Pendant qu’une discussion s’engageait sur la conduite à tenir, les tirs s’intensifièrent. Le convoi dut rebrousser chemin pour rejoindre le camp de l’armée, à l’entrée de la ville, sur la route de Gao. Là, l’occupation du gouvernorat par des groupes armés fut confirmée.

Prise d’otages.

« L’attaque du gouvernorat constitue une déclaration de guerre ! », lâche le Premier ministre d’un ton ferme. Les téléphones des ministres ne cessent de sonner. Il est 17 heures. La tempête de sable ne faiblit pas. Plus tard, vers 19 heures, un gendarme est venu annoncer au gouverneur Kamissoko que les assaillants ont fait une trentaine de prisonniers parmi les personnes présentes au gouvernorat. Ce n’est qu’aux environs de 21 heures que les engins blindés de la MINUSMA avec à bord des soldats tchadiens, viennent prendre position à proximité du camp de l’armée.

Parmi les otages, figurent trois agents de l’ORTM : le directeur régional, Tiémoko Sagara, le chef des programmes, Fousseyni Tounkara, et le cameraman/technicien Mamoutou Ballo. Il y a aussi des préfets et sous-préfets, des directeurs régionaux de la jeunesse et des sports, de la culture, de l’environnement, de la santé, du plan et des statistiques, le médecin du PIDRK, le planton de l’AMAP, etc.

Des chauffeurs présents, font aussi partie des otages, ainsi que des femmes. Huit des otages ont été tués dont 6 administrateurs civils (lire …). L’on ignore l’identité des deux autres victimes. Les assassins, dans leur cruauté, ont même mis sur Internet les images macabres des corps sans vie de nos compatriotes.

Un soldat en service au check-point de l’armée nous confie : « nous n’avons pas pu résister à la dernière offensive des rebelles. Ils sont venus en grand nombre ». Un militaire français qui faisait la navette entre le camp de l’armée et le côté nord du camp où se trouvait une vingtaine d’éléments de l’opération Serval croit savoir que les assaillants étaient à bord de 70 véhicules. Le chef du gouvernement révèle que « des groupes terroristes ont pris part » à l’assaut contre le gouvernorat. « Selon les renseignements crédibles que nous avons reçus, certains sont venus à moto », précise-t-il.

Tôt le lendemain matin, dimanche, la délégation quitte Kidal sans nouvelles des otages retenus par les terroristes. Tous les membres de la délégation conservent sans doute en mémoire les visages des ces compatriotes, heureux et réconfortés de rencontrer un chef du gouvernement venu sous les tirs nourris leur exprimer la solidarité de l’ensemble de la nation. Leur porte-parole avait eu le temps d’énumérer les difficultés qu’ils vivent au quotidien dans la capitale de la 8è Région administrative du Mali, que les groupes armés tentent d’ériger en sanctuaire, en zone grise.

Envoyé spécial

A. DIARRA


Kidal : Assassinés par les terroristes

Les fonctionnaires de l’Etat froidement assassinés dans l’attaque du gouvernorat de Kidal, samedi dernier, par des éléments du MNLA et leurs complices terroristes, ont été identifiés par le ministère de l’Intérieur et de la Sécurité. Il s’agit du préfet de Tin-Essako, le commandant Mory Diarra, du préfet de Kidal, Amadou Belco Ba, du préfet adjoint de Kidal, Agaly Ad Inamoud Yattara, du préfet adjoint de Tessalit, Sékou Sissouma, du sous-préfet de Tin-Zawaten, le lieutenant Paul Marie Sidibé, et du sous-préfet de Boureissa, le capitaine Mahamane B. Touré. Figurent aussi parmi les victimes civiles, deux techniciens (dont nous n’avons malheureusement pas les noms) venus installer les ordinateurs du gouvernorat.

Selon le directeur de l’administration du territoire, Moriba Sinagnoko, toutes ces victimes civiles ont été enterrées dimanche à Kidal en présence du gouverneur de la région, le colonel Adama Kamissoko. « Le gouverneur est à Kidal sous la protection des forces armées maliennes », a tenu à préciser le directeur de l’administration du territoire pour couper court aux rumeurs selon lesquelles le colonel Adama Kamissoko avait quitté Kidal avec le Premier ministre.

C’est hier que les familles des victimes ont été officiellement informées par les autorités. Une délégation constituée par le ministère de l’Intérieur et de la Sécurité s’est rendue dans chacune des familles des disparus pour présenter les condoléances de la nation et les assurer de la compassion de tous.

Le directeur de l’administration du territoire a assuré que toutes les dispositions seront prises par l’Etat pour obtenir la libération des trente personnes encore retenues en otages au gouvernorat de Kidal parmi lesquelles se trouvent toujours des fonctionnaires de l’Etat (préfets, préfets adjoints, sous préfets, directeurs de service, journalistes). « La priorité aujourd’hui, c’est la libération des otages et après on pensera au remplacement des fonctionnaires de l’Etat qui ont trouvé la mort dans cette agression », a indiqué Moriba Sinagnoko.

Selon le directeur de l’administration du territoire, ce qui vient de se passer à Kidal ne doit aucunement décourager les administrateurs civils dans leur mission de servir l’Etat à tous les niveaux. « Notre devoir, c’est de servir l’Etat parce que nous sommes les représentants de l’Etat et nous allons faire en sorte que l’Etat soit toujours représenté aux niveaux régional et local. Dans l’exécution de notre mission, nous avons été victimes des rebellions, mais cela ne doit pas nous décourager. Au contraire, nous allons remplir notre mission avec courage et abnégation », a-t-il assuré.

M. KEITA

Essor du 20 Mai 2014

 

Dans la même rubrique :


© 1999-2016 - Afribone Mali SA - Tous droits réservés