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Gao : chassés des villes, les jihadistes harcèlent l’armée

Notre journaliste maison, Seydou Coulibaly, a revêtu ses habits de reporter spécial pour se rendre dans les parties libérées dans le nord de notre pays. Nous suivrons son périple d’une dizaine de jours à travers un carnet de voyage qu’il livrera quotidiennement. Première escale, Gao.

Arrivé la veille, je pose mes valises chez mon correspondant. Un homme assez aimable pour m’offrir le gîte et me guider à travers sa ville natale.
Levés tôt, nous voilà déjà arrivés auprès de notre premier interlocuteur. Il est huit heures.

Le 26 janvier 2013, l’aviation française menait ses premières frappes sur les bases djihadistes. Cette opération marquait alors le début du processus de libération de cette ville tenue pendant neuf mois par le mouvement pour l’unicité et le jihad en Afrique de l’ouest (Mujao). Deux mois après, la cité des Askia est encore bien loin de renouer avec sa légendaire sérénité.

A la différence des deux autres capitales régionales du nord du Mali (Tombouctou et Kidal) qui vivent essentiellement du tourisme et de l’artisanat local, Gao se trouve être un centre commercial. Mais avec l’histoire récente qu’a connue cette partie de notre pays, l’activité économique de Gao est en panne. "Nous vivons dans des conditions très difficiles. On a l’impression que l’activité économique s’est arrêtée", indique Ali Issa Dicko, le boutiquier que nous sommes venus rencontrer. Il nous reçoit devant son établissement de moyenne ampleur. Et durant le quart d’heure qu’à duré notre échange, seule une petite fille est venue acheter 100 FCFA de sucre.

Les arabes de Gao, gros commerçants et principaux importateurs, ont quitté la ville depuis belle lurette et le processus d’approvisionnement reste fortement affecté par la fermeture des frontières avec des pays comme l’Algérie et la Mauritanie qui en ont toujours été les principaux fournisseurs.

Ousmane Ag Ibrahima, chef de garage automobiles, se montre pessimiste : "Nous ne savons pas comment tout cela va finir. Nous faisons souvent des semaines sans toucher 5000 F", précise-t-il, installé sous le hangar en paille dressé dans la cour de son garage. A quelques pas, trois jeunes gens s’affèrent autour d’un thé. Ce sont ses apprentis mécaniciens. Il est pourtant plus de dix heures. Aucun client. Aucun véhicule à réparer. Ousmane et ses employés tuent le temps en buvant du thé.

Sujette à toutes sortes de privation, la population appelle ardemment au redéploiement de l’administration. "Le retour de l’administration dans la région encouragera les ONG ainsi que les operateurs économiques, présents au sud du pays, à venir de nouveau s’installer ici", assure Ali Issa Dicko. "Nous pouvons dire que la sécurité s’est beaucoup améliorée ces dernières semaines", souligne El Hadj Mahamane Traore, chargé à la communication du mouvement de résistance « les jeunes patrouilleurs de Gao » qui estime que la cité des Askia "était devenue un véritable nid de terroristes". Cette formation populaire et plusieurs autres du même type, après avoir opposé une résistance pacifique aux groupes armés terroristes et rebelles pendant l’occupation, apportent une aide précieuse aux armées malienne, africaine et française luttant contre les tentatives d’infiltration des jihadistes.

Depuis fin janvier, Gao a essuyé au moins cinq attaques de la part des islamistes qui ne veulent pas s’avouer vaincus.
En marge de ces violentes altercations, se poursuit cependant le processus judiciaire conduit par la prévôté (détachement de la gendarmerie française hors de son territoire auprès des champs d’opérations militaires). A titre illustratif, entre les 6 et 28 mars 2013, cette brigade a transféré aux autorités judiciaires maliennes, les dossiers de dix-neuf personnes qui figuraient parmi les centaines d’individus interpellés pour "vérification d’identité" ou pour "enquête".

Il est vingt-deux heures et les rues de Gao sont presque désertes. "Les gens se terrent chez eux parce qu’ils savent bien que la ville sera plongée dans l’obscurité pour le reste de la nuit", confesse un menuisier métallique.
En effet, la ville est alimentée en électricité entre 18 et 23 heures. Au-delà, profitant du délestage, les jihadistes retranchés dans la ville et dans les villages environnants, sortent alors de leurs cachettes pour se livrer à des actions de harcèlement à l’encontre des forces armées présentes à Gao. La dernière tentative d’infiltration en date s’est produite dans la nuit du samedi 23 au dimanche 24 mars 2013. Elle s’est soldée par de violents combats qui ont coûté la vie à sept personnes dont un caporal de l’armée malienne et deux citoyens de Gao.

Ces assaillants, estimés à une dizaine de personnes "qui opèrent en sous groupes de quatre individus", selon un officier, parviennent à perturber la quiétude de la ville.

Cependant "La vie renait petit à petit" rassure le capitaine Daouda Sidiky Diarra. Ce qui n’est pas faux. Certes, les gens manquent de beaucoup de choses mais ils gardent espoir, pensant que le retour de l’administration sera le signe d’une vie moins pénible.

Seydou Coulibaly | 29 mars 2013

Envoyé spécial à Gao

AFRIBONE

 

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