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  Les Echos
Konna : le tombeau des envahisseurs !

Quelle que soit l’issue d’une guerre, elle est essentiellement et uniquement destructrice dans l’espace où elle se déroule : annihilant en quelques minutes l’effort de dizaines, voire de centaines sinon de milliers d’années de réalisations, d’accumulations de savoirs. Pour la petite commune de Konna que d’années de travail, d’économie, de démarche et de résultats effacés en moins de 24 h.

Le minicar, japonais moyen de transport des forains des foires hebdomadaires de la zone ralentit et s’aligne derrière la longue file de véhicules de tous genres, garés sur le bas-côté pour le deuxième contrôle d’identité et des bagages au check point-militaire et de gendarmerie après celui de Thy à la sortie de Sévaré.

Nous sommes à Konna, à 55 km de la ville de Yambo, chef-lieu de la commune rurale de 28 villages dont il porte le nom Konna où se déroula la plus grande bataille de la guerre livrée au 21e siècle à un Etat souverain, par une bande internationale de narcotrafiquants, de pillards, violeurs sans foi ni loi, armés et financés par des milieux aryens occidentaux et de racistes émirs et généraux arabes.

Il nous importe de savoir au-delà des écrans de fumée « désinformationnelle » de la presse françafricaine, comment ce bourg a réellement vécu cette subite guerre qui s’est abattue sur lui comme foudre de saison sèche ? Comment les villageois vivent l’après-guerre ? Quelles leçons et quelles perspectives en tirent-ils pour l’avenir ?

Ce jeudi, jour de la foire de Konna, est idéal pour nous offrir une multitude de sources variées. Cependant, cela ne va pas de soi. Beaucoup de portes et de bouches se ferment dès nos premières questions. « Je n’en sais rien, je n’étais pas là. Je n’ai rien vu ni entendu, je me suis enfermé dans ma maison. Non ! Non ! Non ! Continuez votre route, je n’ai rien à dire ».

Il faudra la rencontre d’un groupe de jeunes commerçants pour comprendre cette fuite de certains habitants de Konna devant l’étranger.

Abderrahmane Diarra, jeune diplômé, vendeur, explique que les gens restent effrayés et méfiants après tout ce qu’ils ont vu et vécu à Konna. « On se méfie de tout, surtout de l’étranger. Pas plus tard qu’hier, on arrêté au marché un de ces jihadistes muni d’un grand sac lourd, qui se faisait passer pour un fou. A l’arrivée des militaires appelés, son discours en français devint plus cohérent et il est apparu clairement qu’il n’était pas du pays, maîtrisant mal les langues parlées à Konna. La compagnie de telle personne peut vous amener des ennuis vu qu’il y a eu des cas de collaboration avec l’ennemi ou supposé comme tels. Sans compter tous ces cas de petits malfrats de la région qui se font passer pour tel ou tel fonctionnaires de l’Etat, d’ONG, d’associations et pourquoi pas journalistes pour profiter de la situation de détresse et de stress de gens éprouvés ».

Hamadou Sangaré, compagnon de vente d’Adama Dégoga, précise aussi qu’avec ces histoires d’attentat-suicide et de pose de bombes, on se méfie de tout allogène inconnu au bataillon. Adama Dégoga, cet autre jeune commerçant, souligne que les bombardements ont anéanti massivement le gros des troupes ennemis. Mais dans la panique plusieurs rescapés se sont enfuis dans la brousse.

Après la pacification avant que la coalition franco-malienne ne revienne occuper définitivement les lieux, ces soi-disant jihadistes rejetés d’Allah, affamés et assoiffés revenaient clandestinement dans le village à la recherche de nourritures et d’eau. Konna étant cosmopolite comme la plupart des villes du delta installées sur la grande route, on craint que ces meurtriers ne se déguisent en n’importe quoi comme ils en ont l’art pour commettre des attentas et destructions de masse.

Peur sur la ville

Pour avoir des informations de première main, le groupe de jeunes commerçants nous conseille de rencontrer trois témoins oculaires de toutes les opérations de la bataille que sont Cheick Komina, animateur à la Radio Jigissiki, Bédé Diallo, chef pionnier infatigable, patriote mobilisé pour toutes les causes concernant Konna, Mohamed Touré, un jeune de Konna vivant à Bamako qui, en apprenant les informations sur l’avancée des hors-la-loi terroristes sur sa ville, prit la première occasion pour venir soutenir les siens.

Cheick Komina, dynamique homme de radio très écouté conseillait à la population, sur ses antennes, avant l’entrée des agresseurs, calme, sang-froid, organisation à la résistance. A la prise de la ville, il a été arrêté et forcé par les pseudo-jihadistes à leur servir de guide malgré lui. A la libération par la coalition franco-malienne, il a eu de nouveau des ennuis avec l’armée pour avoir été en contact avec l’ennemi. Heureusement que tout Konna l’a soutenu.

Nous ne verrons ni Cheik Komina ni Bédé en ce jour de foire si pourtant propice. Ce sont des hommes publics qui comme on les aime qui attirent et sont attirés par les foules, les rassemblements comme des marchés véhicule idéal d’informations, de rumeurs et de légendes.

Par contre, le secrétaire aux relations extérieures de « l’Association des ressortissants à Bamako de Konna en crise » de retour aussi dans sa Commune, se fait un plaisir de nous offrir une découverte à moto de Konna pulvérisée, martyrisée par les mitrailles, les obus, les cannons, les orgues de Staline, les chars, les bombes et roquettes de tous les calibres.

Les sites les plus touchés (le Padepêche, la sous-préfecture, le no man’s land derrière cet édifice et les maisons environnantes), lieux de position de l’armée malienne, puis des jihadistes et alors explosés par la furie de la foudre aérienne de l’Air force française nous exposent leurs boyaux telluriques retournés en plein air jusque dans les strates les plus intimes de leur formation géologique.

Un trou de plus de six mètres de diamètre et autant en profondeur où sourde une surprenante eau limpide d’une source irréelle par cette saison sèche près du port fluvial. Les trois hangars sur cinq, le château d’eau, les magasins, la chambre froide du Padepêche, ce très récent ensemble d’installations pour traiter et conditionner les fruits de la pêche de la région ne sont plus que des amas de gravats striés de feuilles-tôles déchirés comme papier poubelle, de pitoyables cornières calcinées, tordues ou brisées comme bois gras après un feu de brousse et de béton de soubassement éventré jusqu’à la sève de la roche mère.

La sous-préfecture et le champ de bataille attenant ressemblent à un paysage ravagé par un incendie de forêts océaniennes. De fossiles épars ça et là de carcasses métalliques cuites comme houille qui semblent avoir été dans un passé lointain des automitrailleuses 4×4, lévriers de guerre du désert.

Mohamed Touré, le jeune revenu de Bamako au secours de sa ville, semble avoir encore la gueule de bois d’hébétude, plus d’un mois après les faits. « Tapis derrière cette fenêtre de la maison du maire face au champ de bataille, j’ai vécu en direct 48 h durant cette bataille entre le détachement de l’armée malienne, isolé à Konna, et les vagues successives de jihadistes venant dans trois directions (à l’ouest par le coté de Korientzé, au centre par la route de Douentza et un troisième détachement ayant pris par l’est pour couper la retraite aux troupes maliennes de Konna et aussi pour prendre l’aéroport de Sévaré ».

Odeur pestilentielle

C’est ce groupe qui aurait été décimé par les gardes maliennes positionnées du côté de Bandiagara. Se camouflant au départ dans des cars de civils, dans des troupeaux peuls venant ou partant en pâturages, ils auraient tenté d’encercler le boutoir de Konna et de le réduire. Si au départ l’effet de surprise leur a été favorable, par la suite, les militaires maliens se battant comme des lions, sans renfort, donc sans eau, ni nourriture ont fait beaucoup de victimes dans les rangs des rebelles qui systématiquement ramassaient tous les corps des combattants clairs de peau arabes et tamasheq en priorité qu’ils posaient dans deux grosses bennes de Satom dont vous pouvez en voir un calciné par la frappe arrière aux environs de Boré.

Le jeudi vers 11 h l’avantage de la bataille semblait être favorable aux Maliens rompus de fatigue.ont tenté de se replier et affrontèrent encore plus de deux heures, de 13 h à 16 h, du jeudi 10 janvier alors ceux-là qui s’étaient glissés à leur arrière Il n’y a pas eu de débandades. A 4 h, l’armée malienne avait évacué Konna pour se repositionner sur les lignes-arrières de Souma, de Bambarawell, de Fatoma.

Les rebelles entrèrent le soir de jeudi à bord de leurs véhicules en hurlant par tout Allah Akbar ! Allah Akbar ! Ils prirent d’assaut tous les bâtiments administratifs, les meilleures maisons publiques ou privées et les sites d’installation de l’armée malienne. Mal leur en prit. Le lendemain les frappe aériennes françaises à partir de 10 h les surprirent mortellement et décimèrent le gros des troupes rebelle.

En ville, on déplora une dizaine de morts dont certaines par noyade dans la panique causée par le fracas de ces bombardements apocalyptiques pour cette population rurale. Mohamed certifie avoir dénombré au moins 47 corps de soldats maliens à Konna. Dans les jours qui suivirent les villages environnants de Konna ont obtenu du maire qu’ils enterrent les corps de jihadistes morts dans leurs champs, brousses et rizières pour en finir avec l’odeur pestilentielle de pourritures qui les intoxiquaient. 502 corps auraient été ainsi comptés et ensevelis.

Le maire et ses conseillers, qui avaient tenu dans la ville jusqu’au jeudi noir du 10 janvier, montrent les dégâts de 19 h d’occupation de la horde sauvage dans les locaux de la mairie. Armoires, coffres et tiroirs éventrés, fracturés, ordinateurs volés, archives et documents administratifs déchiré, brûlés, meubles détruite. Une vraie politique de la terre brûlée, de destruction systématique. Les bombardements « pas d’omelettes sans œufs cassés » ont achevé le reste. La toute première industrie de pêcherie créée et non encore ouverte vient de finir en fumée ; les écoles, la sous-préfecture sont toutes rasées.

Ces bandits hors-la-loi n’avaient rien de musulman. Leurs objectifs étaient purement matérialiste, de domination militaire, économique culturelle et raciales. Les Noirs qui les suivaient n’étaient que des supplétifs, au mieux manœuvres à leurs menus services, au pire des cas chaires à canon pour fatiguer nos troupes.

Le maire de Konna tire la leçon que quelque soit l’issue d’une guerre, elle est essentiellement et uniquement destructrice dans l’espace où elle se déroule : annihilant en quelques minutes l’effort de dizaines, voire de centaines sinon de milliers d’années de réalisations, d’accumulations de savoirs. Pour la petite commune de Konna que d’années de travail, d’économie, de démarche et de résultats effacés en moins de 24 h.

Le maire pense tout de même que la bonne étoile de Konna qui veut dire « Aide-moi » en bozo saura leur attirer de généreux philanthropes pour les permettre de passer ce cap difficile

Mandé Alpha Diarra

(depuis Konna)

Les Echos du 27 Février 2013

 

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