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Chronique d’Iba : ATT, aw yi men, Allah mi men ! (Nous t’avons entendu ! Dieu ne t’a pas entendu !)

Mes violents mots de tête ont repris. Ce n’est pas à cause de la montée de la chaleur, encore moins de ma charge de travail incommensurable. Non, depuis les frappes de l’Otan sur la Libye, je n’avais pas connu de telles migraines. ATT, qui dégaine avec ses mots sur RFI !

Et pourtant, j’avais décidé de lui coller la paix, le laisser préparer tranquillement ses valises, car l’après pouvoir – Dieu sait j’en sais quelque chose – est l’une des expériences les plus instructives sur la nature versatile de l’homme. Le laisser, car force est de reconnaître qu’il a tout de même maintenu une certaine croissance économique. La physionomie du pays, de Bamako du moins, ne cesse de changer. Non, ne le décourageons point ! Pas maintenant où l’on sifflote que le pays pourrait aller vers une transition.

Voilà, en plus de mes mots de tête, ce mot transition associé au pays du 26-Mars me donne des sueurs froides, la fièvre. Je suis étonné qu’une certaine classe politique soutienne l’idée. Je mesure, bien entendu, la gravité de la situation mais de là à ne pas organiser les élections serait un grave recul pour la démocratie malienne. Une vraie faillite du processus !

Faut-il laisser les éventuels gestionnaires de cette transition à nouveau confisquer notre démocratie acquise au prix du sang ? Vont-ils nous remettre le pouvoir ? Je dis « ils », car je ne sais pas quelle couleur cette transition prendrait, mais je sais qu’il reste à ATT quelques options pour nous sortir du trou noir. A mon avis, il faudrait mettre en place un nouveau gouvernement plus énergétique.

Ce nouvel exécutif aura deux missions : la paix et les élections ! De plus, j’estime que durant cette période de crise, nous devons resserrer les rangs, laisser le président aller au bout de son mandat, sauvant ainsi les institutions de la République. En ce qui me concerne, je refuse de vivre dans un autre Mali que celui légué par les Martyrs. Je suis un enfant de Mars-91. Je ne connais que la démocratie… et la liberté de m’en prendre au général-président, riresJ.

Mais pour ce faire, pour qu’il y ait une union sacrée derrière le président, il faudrait que lui-même évite de s’emporter, pèse et soigne ses propos pour ne pas donner matière à polémiquer. Comment le soutenir quand il prétend avoir remis des munitions et des armes aux généraux pour aller faire la guerre ? Je n’aurais pas aimé cette sortie à leur place, mais yako, je ne veux surtout pas en rajouter à la frustration. Je n’ai pas oublié la leçon du ministre de la Propagande demandant aux journalistes de se taire : oubliant que leur devoir était la quête de la vérité.

Cela dit, je voudrais bien savoir quelles armes ont été remises quand et où ? Car le président que je connais, à son bon compte, le médaillé olympique des inaugurations n’aurait pas raté l’occasion de montrer ces images de remise d’armes à la télé. Et puis, quelle idée d’envoyer des généraux à la guerre ! Ils sont trop à l’aise dans leurs 4×4. Wallaye, même-moi, je sais mieux tenir un fusil qu’eux ! Pardon, ça chauffe au nord, pas de blagues douteuses.

Oui ça chauffe, nos soldats reprennent le contrôle et libèrent les poches de résistances d’après les sources gouvernementales. Oui, il faut défendre l’intégrité du pays, sanctionner ceux qui s’en prennent aux populations civiles et aux symboles de l’Etat. Si nos soldats n’ont pas combattu, ce n’est pas par manque de courage ou de force physique mais ils disent manquer d’équipements militaires mais moi je dis que le Mali est une terre de paix, d’hospitalité. Nous cultivons le respect de l’autre, son honneur, sa dignité, son intégrité. Tous ces facteurs font que je vais très, très mal aujourd’hui. Nous aurions pu éviter ce conflit.

Il fallait trouver des solutions politiques à cette crise. Il fallait renforcer la décentralisation et aujourd’hui plus que jamais, il faut peut-être prêter une oreille sensible à ces populations du Nord qui disent ne pas bien se sentir ici. Ces dernières semaines, surtout après la chasse aux teints clairs, beaucoup de langues se sont déliées, beaucoup d’histoires, de meurtres de part et d’autre ont été commis.

C’est une réalité, posons le problème pour qu’enfin cessent ces crimes, ces velléités de division du pays, ces assassinats barbares contre l’armée du Mali. J’essaye de proposer des solutions, je n’en ai pas le monopole ni peut-être l’expertise, mais faut-il pour autant rester les bras croisés ? Le président du Mali a affirmé sur RFI que depuis la nuit des temps, du temps de ses parents, à son temps propre et qu’après lui, ses fils, ses petits-fils vont continuer ce combat. Allah mi mè ! Et dans ce cas là, je ne suis plus son fils.

En fin de mandat, que peut faire le président ? ATT ne pourra certainement pas résoudre ce problème. Que Dieu donne au Mali, en juin 2012 un président qui ramènera la paix dans les 33 000 villages du Mali. Celui là qui fera revenir les 130 000 déplacés. Aussi, je formule le vœu que le futur président de la République n’habite pas le palais de Koulouba, car pour ATT et certains de ses prédécesseurs, être haut perché coupe avec la réalité. Bon, en même temps, vu du sol, être avec le commun des mortels, n’est pas non plus source de vitalité, Titibougou en est la preuve… « An sera so, ligne rouge » !

De jour en jour, je sens le Mali glisser dans le piège des insurgés. Ils voulaient nous entraîner dans une guerre et la guerre propre demandée par ATT n’est juste pas possible. Il n’y a pas de guerre propre. Tout cet argent investi dans les armes, c’est moins d’investissements dans le secteur de la santé, de l’éducation. On aurait vraiment dû privilégier la solution politique, un dialogue avec les voisins très influents dans certains milieux touaregs. On aurait dû être plus ferme, ne pas accueillir les combattants libyens avec des vivres et de l’argent.

Les armes auraient dû rester à la frontière. La paix a un prix, c’est le courage et l’empathie. Cette guerre est tragique, derrière chaque militaire qui tombe, c’est une famille, des mères, des femmes, des enfants en deuil et en pleurs et d’après les études, 90 % des victimes lors des conflits de ces 20 dernières années sont des civils contre 5 % lors de la Première Guerre mondiale.

Birama Konaré

08 Mars 2012

P. S. : Pardon, si l’armée malienne a besoin de recruter des civils dans son département de communication, je suis sérieusement partant. Ce sera ma contribution à l’effort de paix.

 

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