Le Mali
Institutions
Coopération
Education
Art & Culture
Tourisme
Presse
Urbanisme
Horoscope
Météo
Formation
Editorial
Liens



 
  Situation du pays
Yeah Samaké, maire de Ouelessebougou, candidat à la présidentielle de 2012 : « J’ai une passion réelle pour servir le Mali »

Presqu’inconnu sur la scène politique nationale, le maire de la commune rurale de Ouelessebougou se veut « le candidat du changement » pour le Mali en 2012. Dans une interview, il nous dit pourquoi…

Afribone : Quel bilan pouvez-vous tirer de vos deux années de gestion de la municipalité de Ouélessebougou ?

Yeah Samaké : On n’est pas le meilleur juge de son bilan. Mais je ferai simplement état de ce que nous avons pu réaliser à la Mairie de Ouelessebougou. Je précise que ce n’est pas mon bilan mais celui d’une équipe communale que je dirige.

On a tendance à croire que c’est le maire qui fait tout. A Ouelessebougou, ce n’est plus une réalité. Bien sûr la loi donne au maire certains pouvoirs mais l’exercice de ces pouvoirs n’est pas nécessairement obligatoire. Il faut d’abord user du bon sens, surtout d’un leadership centré sur des principes d’intégrité, de partage et surtout de concertation. J’ai opté à travailler avec mes adjoints mais aussi étroitement et collégialité avec le conseil communal.

Ce qui fait que nous avons pu réaliser beaucoup de choses. La plus importance réalisation, pour nous, n’est pas une infrastructure mais le renforcement des capacités. Nous avons fait en sorte que la Mairie de Ouelessebougou soit structurée, que les employés sachent leur rapport entre eux mais aussi avec les élus.

Il y a aussi un système de rapportage où chaque employé écrit un rapport hebdomadaire d’activité. Une réunion hebdomadaire entre les élus et le personnel de la Mairie se tient également chaque lundi matin où nous prenons cette occasion pour rappeler aux uns et aux autres le rôle et les attributions de chaque poste à la Mairie. Cela pour que les gens puissent être formés dans le sens du devoir. Cela a permis d’instaurer un sens du service public à la Mairie de Ouelessebougou. Nous savons que nous sommes là pour servir les communautés.

Des infrastructures, nous en avons réalisé. Le plus important, c’est la confiance que le gouvernement du Mali a placé à Ouelessebougou en faisant de nombreux investissements aux coûts élevés dans la commune : l’investissement de l’Energie du Mali pour les plaques solaires, un lycée public en cours de construction, un centre de santé d’une valeur de six cents (600) millions de F Cfa également e n cours de construction. Toutes ces réalisations ont été effectuées, bien sûr, avec la collaboration de la Mairie.

Sur fonds communal, nous avons réalisé des projets comme la réparation et la maintenance de soixante douze forages qui ne fonctionnaient pas. La Mairie a payé la côte part de certains villages à hauteur de cinq (05) millions de F Cfa pour la construction d’écoles. Nous avons pu équiper également certaines écoles en tables bancs et fournitures scolaires. Nous avons investi dans la maintenance des pistes rurales, acheté plein de médicaments pour que le centre de santé communautaire soit opérationnel. La Mairie a en charge la gestion de deux cantines scolaires qui sont fonctionnelles depuis l’année dernière. Nous avons engagé des enseignants qui sont payés au compte propre de la Mairie.

Vous êtes à la fois maire et responsable d’une ONG. De plus, vous vivez en partie aux Etats-Unis. Pourquoi avez-vous jugé utile de faire acte de candidature à la présidentielle de 2012 ?

La candidature à la présidence de la République est ouverte à tous les maliens où qu’ils soient. La même question se pose pourquoi je suis maire ? Je suis venu à la Mairie de Ouelessebougou suite à un constat de manque de leadership, au constat de risque de faillite de cette municipalité. J’ai décidé de devenir maire pour combler un vide qui était là. Quand je venais, le taux de recouvrement des taxes avaient atteint le taux le plus bas, moins de dix pour cent (10%). Çà veut dire qu’il y avait une rupture entre la population et les administrateurs. J’ai réparé cette situation. Aujourd’hui nous sommes, Dieu merci, à soixante huit (68) pour cent de recouvrement. A la fin de cette année, nous souhaiterions obtenir un taux encore plus élevé.

Aujourd’hui, le constat est que le Mali est à un tournant générationnel. Il a besoin de leadership mais aussi de voir sa démocratie grandir. Naturellement, les gens s’attendent à des candidats qui viennent de Bamako, ou seulement des grands partis.

Ma candidature est unique. Certes, les gens diront que je n’ai pas une longue expérience politique, mais cela est un avantage pour moi. Ceux qui sont connus comme les leaders des partis politiques ou simplement des leaders n’ont pas totalement satisfait le peuple malien. Le peule demande un changement. Je ne vois pas un candidat qui est mieux indiqué pour apporter ce changement aux maliens que ma personne. C’est pourquoi, j’ai souhaité être candidat pour proposer une autre vision aux Maliens.

Vous avez été élu maire sous les couleurs de l’Urd et ce parti a déjà un candidat en la personne de Soumaïla Cissé. Sous le couvert de quel instrument politique, allez-vous vous portez candidat ?

Je salue le choix de l’URD et je félicite Soumaïla Cissé pour son investiture. Je pense que je ferais une meilleure contribution à mon pays en créant un parti politique avec des hommes et des femmes qui ont la même ambition et la même conviction que moi, que le Mali a besoin d’un changement. Nous avons décidé de créer un parti politique du nom de Parti pour l’Action Civique et Patriotique (PACP). Je serais candidat sous les couleurs de ce parti qui va naître bientôt.

Quelle sera votre stratégie d’occupation du terrain ?

Nous sommes en train de faire une campagne à la base pour sensibiliser les gens. Nous avons également des stratégies médiatiques. Nous sommes en train de nous installer partout dans le pays. Il y a des gens qui ont soif du changement. Ils nous contactent partout à travers le pays. Notre stratégie fondamentale consiste à avoir une conversation franche et honnête avec le peuple malien, à proposer du concret. Parmi les candidats, je suis de ceux qui ont contribué largement au développement du pays, ceux qui ont fait la preuve palpable que nous sommes là pour servir le pays au lieu de se servir.

Quels sont les exemples de ces preuves ?

Je viens de vous parler de la Mairie de Ouelessebougou où nous avons nettoyé la corruption à presque quatre vingt pour cent (80 %). J’ai construit une douzaine d’écoles. J’amène chaque année un grand nombre de partenaires à offrir des soins gratuits aux maliens. Ce sont des actes qui prouvent que je suis là pour servir le Mali. Je l’ai fait avant de demander leur vote. Très peu de candidats ont réalisé autant de choses. Aujourd’hui, ils sont en train de demander l’aide du peuple malien pour atteindre la magistrature suprême alors que ce sont des gens qui ont eu toutes les occasions du monde pour servir ce pays. Certains d’entre eux ont manqué cette occasion.

Quel projet de société proposerez-vous aux Maliens ?

Mon projet de société est basé sur le concret et il a quatre piliers : la sécurité alimentaire, l’éducation, la santé, la sécurité des citoyens. Le premier offre des opportunités d’irrigation, d’amélioration de la culture et de faire en sorte que chaque malien puisse s’offrir au moins trois repas par jour. En plus de cela, faire en sorte que le malien puisse générer des ressources à travers l’agriculture.

Quant à l’éducation, le Mali traverse une crise profonde. J’ai la bien heureuse opportunité de siéger au conseil supérieur de l’éducation. J’ai pu apprendre et connaître les problèmes de ce secteur. J’ai été pendant de longues années impliqué à la résolution de certains de ces problèmes.

Justement sur cette question scolaire, comment remettre l’école sur les rails ?

Le Mali a besoin de construire, au minimum, deux milles (2000) salles de classes chaque année pour pouvoir absorber le flot d’élèves et étudiants. Le problème fondamental, c’est celui du niveau. Nous allons nous investir pour répondre à toutes les recommandations du forum national sur l’éducation qui sont vraiment des recommandations pertinentes. D’ailleurs, j’ai pu réaliser dans la commune de Djalakoroba une école qui suit à la lettre presque toutes les recommandations du forum notamment l’approvisionnement de l’école en eau potable, en électricité, la clôture de l’école et la dotation en informatique. Mais chaque élève dispose aussi de tous les manuels dont ils peuvent avoir besoin. L’unique problème qui se pose se situe au niveau du nombre et la formation professionnelle des enseignants. Nous avons réappliqué la même chose à Beninko dans ma commune. C’est pour vous dire que nous sommes très versés dans ce domaine, nous prenons la résolution de la crise de l’éducation très au sérieux.

Quant à la santé, j’ai été très impliqué à travers des missions médicales que j’amène des Etats Unis chaque année et des rapports que nous avons avec le département de la santé.

Avant de passer sur l’éducation. Chaque année, j’aide un grand nombre de maliens à accéder à des bourses d’études aux Etats Unis, maintenant au Paraguay et en France. Ce sont des bourses gratuites que je cherche pour des jeunes maliens (au moins deux par an) pour qu’ils puissent faire des études dans des universités mais aussi des lycées. C’est purement à travers mes relations personnelles.

Vous êtes jeune et sans parcours politique vraiment remarquable, ne pensez-vous pas qu’il vous serait utile, pour un premier temps, de roder votre stratégie lors des élections législatives ?

Il n’y a vraiment pas de voie tracée pour être président de la République. Des gens sont devenus président sans passer par des postes électifs. J’ai eu la chance de travailler avec le bas peuple dans les collectivités pour comprendre leurs difficultés. Je pense être mieux que tout autre candidat politicien de carrière. Le malien sait juger. Le changement fait peur. Quand un jeune homme se lève et voudrait devenir président du Mali, les gens n’en ont pas l’habitude, surtout s’il s’agit d’une personne qui vient en dehors du grand cercle de la capitale. On fait tout pour le décourager. On dit voilà il n’a pas l’expérience requise. Ce que je dirais, c’est que nous devons être confortables au fait que tout malien par la constitution peut se présenter comme président de la République, s’il peut certainement contribuer au développement du pays. Voilà ce qui motive ma candidature.

Encore, je vous rassure que je viens avec une passion réelle pour servir ce pays. Et mon expérience dans le domaine du service public ne commence pas par la Mairie de Ouelessebougou. Comme vous l’avez si bien dit, j’ai servi pendant sept ans comme directeur exécutif d’une ONG américaine. Cela me donne quand même une expérience dans la gestion des ressources. Le plus important, c’est mon intégrité et mon sens élevé du service. J’ai quand même un diplôme en politique publique, c’est-à-dire comment formuler des politiques pouvant contribuer au développement du pays. De façon académique, j’ai la formation requise et j’ai l’expérience nécessaire pour le faire. Si les gens pensent que la façon de faire la politique pendant ces vingt dernières années est la bonne, je n’ai pas cette expérience.

Pensez-vous avoir une chance de remporter l’élection présidentielle en étant si peu connu sur la scène politique nationale ?

Bien sûr ! On ne va pas à une élection pour ne pas gagner. Le Mali a besoin de changement et les candidats que je vais affronter, ceux que nous connaissons pour le moment, ne sont pas les meilleurs candidats pour ce pays. On a besoin d’un nouveau départ, un président qui puisse se démarquer de toutes les corruptions que nous avons connues, un président qui puisse être confortable sur la scène internationale. Nous ne voulons pas de président qui va aller traiter avec des leaders qui ont l’âge de leurs enfants. Il faut des jeunes qui ont la maîtrise de la politique du monde entier. Je pense que je représente le candidat du futur. Et le Mali doit investir dans le futur et non dans le passé. La plupart des candidats que nous connaissons aujourd’hui et que les gens considèrent comme des candidats d’expériences sont des candidats du passé. Ils ont certainement contribué au passé du Mali mais il est temps qu’on aille de l’avant.

Avez-vous une idole politique, que ce soit au plan national ou international ?

Mes idoles sont les politiciens qui incarnent les idéaux du peuple. Nationalement, j’ai beaucoup d’admiration pour le président actuel de la République du Mali. Je ne dirai pas qu’il est mon idole, nullement. Mais je lui respecte pour ce qu’il a pu accomplir au Mali. Le consensus qu’il a pu établir autour de lui est incroyable. Je ne crois pas qu’il serait possible pour un autre politicien malien de répéter les prouesses du général ATT.

J’admire beaucoup Nelson Mandela parce que c’est un homme qui s’est investi pour le peuple sud africain et même pour l’Afrique. On ne peut pas ne pas apprécier Barak Obama et la façon dont il est venu enlever à l’Amérique ses préjugés. En tant que jeune et noir, celui-là n’était pas arrivé au terme de son premier mandat de sénateur. Lui, c’est un exemple. Je souhaiterais que le Mali soit à l’image de ces pays qui ont opté pour le changement radical.

Quel jugement faites-vous de la situation économique et sociale actuelle du pays ?

Quand les gens ne parviennent pas à manger à leur faim, quand les gens ne peuvent pas aller à l’hôpital le plus proche, quand les femmes enceintes doivent s’asseoir sur un vélo et donner naissance à leur bébé entre leur domicile et le centre de santé, je pense que la situation est très grave. Quand des enfants doivent marcher des kilomètres et des kilomètres pour aller à l’école la plus proche, je pense que le pays souffre. Le pays souffre, pas parce que nous manquons de ressources car le Mali n’est pas un pays pauvre mais un pays appauvri par l’action de ses leaders. Une gestion efficiente des ressources permettra d’éviter aux Maliens les souffrances que nous vivons actuellement. Il faut un élan économique et seul un renouveau pourrait offrir cette opportunité au peuple malien. De façon macroéconomique, le Mali commence à connaître un essor. Mais je crois qu’il faut traduire cela en un succès microéconomique où chaque famille pourrait sentir l’effet de la croissance.

Le président actuel vient juste de livrer son plan de bataille pour déloger l’organisation terroriste Aqmi. Jugez-vous cette stratégie applicable ?

C’est une politique que j’approuve. Le PSPSDN [Ndlr : Programme Spécial pour la Paix, la Sécurité et le Développement au Nord] est un programme bien réfléchi. Une bonne application de ce programme permettra d’éradiquer le problème d’insécurité au septentrion du Mali. Mais le simple fait qu’il soit un programme bien établi ne garantit pas son succès. Les hommes et les femmes chargés de sa mise en œuvre doivent assurer le succès escompté. Un pays ne peut pas se développer tant qu’il y a de l’insécurité. Il faut rassurer les investisseurs et les partenaires que notre pays est un pays d’hospitalité et bien sécurisé.

Quelle serait votre propre politique à ce sujet ?

Je crois que le PSDSN inclut le volet sécurité de mon programme. On ne peut pas assurer une paix durable au nord sans inclure la population à la base, surtout les autorités locales. Il faut renforcer les capacités des élus locaux et transférer les pouvoirs de l’Etat aux collectivités locales pour que non seulement la paix puisse s’installer mais aussi pour avoir un élan de développement plus grand sur l’ensemble du territoire national.

Et concernant le conflit qui oppose les partis politiques (opposition et majorité) au sujet de la constitution de la CENI. Quel est votre sentiment ?

C’est un problème politique. Mais avant la formation de mon entité, je ne pense pas que cela soit une lutte qui m’appartienne. Mais en tant qu’acteur politique, je trouve que notre jeune démocratie souffre de quelques imperfections. Je pense que la classe politique arrivera à un consensus.

Approuvez-vous la réforme de la constitution que le président de la République a engagé ? Pourquoi ?

Non ! Non ! Ce serait un non retentissant ! Ce n’est pas que je n’approuve pas les réformes. Je préfère des réformes au statu quo. Mais le timing n’est pas approprié. On ne se précipite pas pour changer une constitution. Il faut avoir confiance en la continuité de l’Etat.

Compte tenu du risque que pose la réussite des élections prochaines, je ne crois pas qu’il faut créer des conditions qui puissent déranger des élections libres et transparentes. Ce n’est pas opportun. Après cette administration, le Mali existera. Qu’on laisse le temps aux gens de mieux comprendre les réformes proposées, si vraiment l’intention est de servir le peuple. On ne peut pas imposer le changement d’une constitution au peuple. La constitution est un document sacré et son changement doit être précédé d’un débat sain. Il n’y a pas eu de grande information et de sensibilisation autour de ce projet. Je pense que le projet est bien précipité.

Votre mot de la fin ?

Le Mali traverse une période critique. Les élections prochaines sont déterminantes pour départir le Mali des vieilles habitudes politiques qui n’ont pas fait avancer le pays. Si nous voulons nous éloigner de la corruption, je crois qu’il est temps de juger les candidats par leur valeur intrinsèque et non par leur âge, leur religion, leur ethnie, etc.

En cela je promets, comme je l’ai promis à la population de Ouelessebougou, que je ne vais pas personnellement pas abuser des deniers publics. Il y va de même pour mon gouvernement. Nous allons nous battre pour que les maliens comprennent l’impact négative de la corruption sur les communautés.

Propos recueillis par

Seydou Coulibaly

07 Octobre 2011.

 

Dans la même rubrique :


© 1999-2014 - Afribone Mali SA - Tous droits réservés