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Mahamoud Dicko, président du HCI du Mali : « Il n’y a aucun respect de l’islam dans ce pays »

Dans le cadre de la relecture du code de la famille par l’Assemblée Nationale, nous avons rencontré le président du Haut Conseil Islamique du Mali (HCIM), Mahamoud Dicko. Dans une interview exclusive que nous lui avons presque arraché, il nous livre ses impressions sur les préoccupations des musulmans du Mali par rapport à l’adoption du nouveau code des personnes et de la famille. Mais aussi, il interpelle nos autorités à donner une valeur juridique à l’acte de mariage délivré au niveau des mosquées par les imams.

Quotidien de Bamako : Quelle est aujourd’hui l’évolution du dossier sur le code des personnes et de la famille ?

Mahamoud Dicko : Lors du premier meeting au stade du 26 mars, on n’a pas informé les gens sur l’évolution du dossier du code des personnes et de la famille. C’est pourquoi nous avons organisé le meeting du 04 avril dernier. En réalité c’est un code qui est arrivé jusqu’à l’Assemblée Nationale et a été voté et qu’il ne reste qu’à promulguer. Maintenant, s’il y a eu un problème, il faut revenir sur la lettre qui l’a accompagné pour le retourner à l’Assemblée. Nous ignorons le contenu de cette lettre. On ne sait pas s’il s’agit de la relecture de tout le code ou simplement de quelques articles et même comment ça été renvoyé à l’assemblée.

Mais ce qui est sur, si on nous convoquait dans un cadre formel, avec nos arguments, on pourra discuter pour avoir une solution.

Depuis le premier meeting qui s’est passé au 26 mars, vous avez donné l’ordre aux imams de délivrer les actes de mariage religieux dans nos mosquées. Où en sommes-nous avec cela ?

Mahamoud Dicko : Les imams ont une association, bien qu’ils soient membres très influents et très importants du haut conseil islamique, ils sont quand même autonomes. Par rapport à ces actes de mariage qu’ils délivrent, ce qu’il faut savoir c’est que nous on n’a pas la capacité ou la compétence de leur dire de ne pas le faire puisque nous attendons qu’ils soient légalisés.

Même, s’il est dit que juridiquement, cet acte n’a aucune valeur, c’est en réalité les femmes qui restent encore victimes de cette situation. Il faut vraiment donner une valeur juridique à ce mariage qui est une réalité incontournable dans notre pays.

Ce serait même une avancée si on pouvait le faire. Et certains pensent qu’en le faisant, c’est ouvrir un prêche pour les musulmans ou pour les islamistes,je crois que cela est une vision ironique et nous pensons que ce n’est pas la bonne lecture de la situation. Il faut voir la réalité en face. Aujourd’hui, 80% ou 60% des mariages qui se font dans notre pays sont célébrés à la mosquée, sans passer par la mairie. Même ceux qui vont à la mairie, finiront aussi par aller à la mosquée.

Donc, la réalité du mariage chez nous, c’est le mariage religieux. Mais si vraiment, on refuse de donner un effet juridique à cet acte, c’est qu’on ne veut pas voir la réalité en face. Nous sommes entrain de chercher aujourd’hui comment trouver un mécanisme acceptable pour rendre fonctionnel cet acte.

En ce qui concerne les prêches qui se font d’une manière désordonnée, est-ce que le haut conseil islamique du Mali a pris des sanctions par rapport à cette situation ?

Mahamoud Dicko : Pour le moment, on n’a pas encore pris des sanctions contre les prêcheurs ou les gens qui dérapent dans leurs prêches. Mais, nous pensons qu’avant de prendre des sanctions, il faut au préalable commencer par former les prêcheurs. Nous sommes entrain de voir comment organiser des ateliers ou des journées de formation pour les prêcheurs afin de leur faire une mise à niveau. Aujourd’hui, il faut reconnaitre que les prêches se font dans un cadre désordonné, chacun prêche comme il veut.

Il y a beaucoup de radios qui ne sont pas sous contrôle. Présentement, il est difficile pour nous de prendre des mesures de sanctions contre les gens tant qu’on ne prend pas des mesures, un cadre juridique dans lequel les prêches devront se faire. Ceci est un travail du Haut Conseil Islamique et même du Ministère de la communication et des nouvelles technologies pour canaliser les prêches afin d’éviter les dérapages.

Lors du meeting du 04 avril, au Palais de la Culture, vous avez fait le lancement des cartes solidarité. Avez-vous pensé à donner le numéro d’un compte dans lequel les bonnes volontés pourront faire un geste sans passer par le bureau ?

Mahamoud Dicko : Nous avons attendu ce meeting pour faire le lancement populaire au niveau de notre base qui la couche la plus nombreuse et intéressée. Pour la suite, nous comptons à travers une émission sur la télévision nationale, expliquer les objectifs de ces cartes de solidarité et donner le numéro de compte. Nous trouvons que c’est une bonne idée, et aujourd’hui, nous sommes sur cette lancée.

Par rapport toujours au code, vous aviez élaboré un document contenant vos recommandations. Qu’allez- vous en faire ?

Mahamoud Dicko : Nous avons reçu une formation à l’école islamique, ce qui fait que nous avons une vision islamique des choses, mais n’empêche que tenons compte du fait que nous sommes dans un pays laïc. Aussi, il faut savoir que nous sommes dans un contexte international où beaucoup de choses existent et dont il faut tenir compte pour voir avec quelle souplesse il faut agir pour ne pas créer des frustrations dans le pays.

Nous estimons que ce code concerne d’abord nos familles à nous maliens, mais nous avons nos spécificités, notre identité qu’il faut aussi préserver. Cependant, il y a des choses dans cette affaire de code que nous devrions voir ensemble. Nous n’avons pas refusé ce code et d’ailleurs notre intention n’a jamais été de refuser un code au Mali.

Mais tout simplement est-il qu’il y ya des dispositions qui jurent avec nos valeurs sociétales et religieuses.

Nous voulons qu’ensemble, on étudie ce code parce que ces valeurs ne sont pas seulement les nôtres en tant que religieux, mais des valeurs qui appartiennent à tout le peuple malien.

En Suisse par exemple, ce sont les citoyens qui se sont levés pour protester contre la présence des minarets sur les mosquées car en déphasage avec leur culture. Ils se sont levés et par referendum, les minarets ont été interdits.

Alors, pourquoi donner ce droit à ces derniers alors que chez nous ici, on nous le refuse.

Tout récemment aussi en Belgique, l’Assemblée a décidé l’interdiction du port des foulards et des voiles par les femmes en pleines rues. Cela jure avec nos valeurs sociétales. Malgré tout, l’Assemblée Belge a voté dans ce sens. Pourquoi chez eux, ce qui ne va pas avec leurs cultures, ils peuvent l’interdire et ici, on nous refuse de le faire.

Qu’est ce que vous comptez faire pour les musulmans afin qu’ils ne soient pas marginalisés comme vous le dites ?

Mahamoud Dicko : Ce qui est certain, je le dis et je le maintiens, les gens veulent que nous soyons une majorité qui ne compte pas, et cela est désormais hors de question. Cette majorité, il faut compter avec elle. Nous sommes un pays musulman avec 98% de la population. A cet effet, nous pensons réellement, qu’on doit tenir compte de cette situation dans tout ce qu’on fait dans notre pays. Mais ne pas tenir compte de cela, n’est pas raisonnable et non plus de l’équité.

Nous tenons beaucoup à la cohabitation et à la paix dans notre pays, mais nous voulons vraiment que les musulmans soient une majorité acceptée et c’est ce qui n’est pas le cas dans notre pays. En réalité quand vous regardez ce qui se passe dans notre pays, dans notre législation on se rend à l’évidence qu’on ne tient pas compte de notre situation majoritaire. Il n’y a aucun respect de l’islam dans ce pays. C’est vrai, c’est difficile à dire. Moi je l’ai dit, même le grand imam de Bamako, quant il va à l’aéroport, aucune disposition n’est prise pour qu’on l’accueil au salon d’honneur.

Il doit se mettre en rang comme tout le monde parce qu’on ne le considère pas comme une personnalité de l’État. Un député, tel qu’il soit, on lui donne un macaron et quant il va à l’aéroport on l’accueil au salon d’honneur, il a un passeport diplomatique mais quand le grand imam de Bamako va à l’aéroport, il doit se mettre en rang.

Malgré que nous sommes dans un pays qui compte 98% de musulmans. Cela n’est pas normal. Nous avons demandé seulement à ce qu’on nous aide à faire fonctionner le haut conseil islamique. Ce n’est pas nous qui avons demandé à créer le haut conseil, c’est l’État malien qui la demandé et c’est encore l’ État qui l’a créé par un arrêté ministériel.

Il y a tellement de choses à dire dans cette affaire de code de la famille. Tout compte fait, nous avons montré notre bonne volonté, mais l’Assemblée nous a invité un moment, mais quel genre d’invitation ? C’est même de l’insulte, c’est un mépris même pour nous. Mais, je n’ai pas voulu dire cela lors du meeting pour ne pas créer une situation de révolte. Beaucoup de gens on entendu parler de cette situation à un moment, mais ils n’ont pas su de quoi il s’agissait.

L’Assemblée se permet de passer un coup de téléphone à un de nos membres pour demander à ce qu’on vienne un tel jour avec 20 personnes, sans explication. Toute chose qui ne nous a pas plu car on ne savait même pas de quoi il s’agissait et ce n’était pas une façon polie de convoquer les gens.

Ensuite, ils ont fait une correspondance à la hâte pour nous l’envoyer dans l’après midi à 17h en nous nous demandant de venir le lendemain à 11h à l’hémicycle. Quand la correspondance est arrivée on s’est précipité pour faire une réunion le matin. Moi, j’étais absent, mais le bureau s’est réuni et a décidé de répondre à l’appel de l’Assemblée.

Vous êtes au courant que le code est actuellement sur la table de l’Assemblée Nationale.

Mahamoud Dicko : Nous sommes informés et nous osons croire qu’ils ne vont pas franchir l’infranchissable. Vraiment, nous pensons que ce sont des hommes de bon sens et qu’ils veulent préserver la paix et la quiétude dans ce pays et tiendront compte de beaucoup de choses. Cela suffit comme message et je crois qu’ils vont nous comprendre.

Au cas où on ne vous associe pas aux travaux à l’AN et que le code soit encore voté à nouveau, que comptez-vous faire au niveau du HCIM ?

Mahamoud Dicko : Il serait impensable que dans un pays où les gens sont responsables, que la majorité se lève pour demander à ce que le code soit renvoyé et qu’après cela on revienne encore pour voter ce même code sans nous consulter. Ce sera de l’insulte pour le peuple malien et nous pensons qu’ils ne vont pas commettre cette erreur puisqu’ils sont responsables.

Quel est appel avez-vous à lancer aux autorités maliennes ?

Mahamoud Dicko : L’appel que j’ai à lancer à l’endroit de tout le monde est que les gens sachent que nous sommes des frères et non des ennemies les uns contre les autres.

L’assemblée nationale est là pour nous et nous devons chacun faire un effort pour préserver la paix et la quiétude dans notre pays.

Et pour préserver cela, il faut qu’on se respecte mutuellement. On est plus à une époque où on impose des lois aux citoyens, la dictature c’est terminée maintenant c’est la démocratie. Ce qui veut dire qu’il faut informer les gens, les sensibiliser dans ces genres de situations.

La démocratie veut aussi dire l’adhésion de la grande majorité, Mais si cette majorité n’adhère pas à l’action gouvernementale, à l’action des députés, cela ne veut dire que quelque part, ça ne va pas et que les citoyens ne se reconnaissent pas en eux. Ce qui veut dire que leur travail n’est pas logique dans un cadre démocratique. Mais, je crois que nos élus et nos autorités nous comprennent et il faut qu’ils sachent que nous pouvons trouver un terrain d’entente sur toutes les questions.

Entretien réalisé par Boubèye Maïga

Le Quotidien de Bamako du 23 Avril 2010.

 

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